L'Institut géologique américain (USGS) attribue la catastrophe à l'effondrement d'un glacier, qui a déclenché un vaste flot de débris glacés.
Les équipes de secours avançaient jeudi dans la boue à la recherche de plus de 1 400 personnes portées disparues après des crues soudaines et des glissements de terrain qui ont touché la frontière entre le Népal et le Tibet, tandis que le bilan humain s’alourdissait encore à 392 morts et que des villages entiers ont été emportés.
Des experts ont mis en garde contre le risque de nouvelles inondations, au lendemain du mur d’eau glacée et de boue, semblable à un tsunami, qui a rayé des villes de la carte sous un torrent de boue, engloutissant des maisons, détruisant ponts et barrages et emportant des véhicules comme des jouets.
Nombre de disparus sont des touristes étrangers, parmi lesquels des randonneurs dans ce pays himalayen, ainsi que des dizaines de pèlerins hindous en route vers le mont Kailash, sommet sacré et enneigé du Tibet.
Le US Geological Survey (USGS) a indiqué (source en anglais) que la catastrophe avait été provoquée par l’effondrement d’un glacier, à l’origine d’un vaste flot de débris glacés.
Le changement climatique provoque la fonte des glaciers partout dans le monde, ce qui accroît les risques de crues de lacs glaciaires et d’effondrements de glaciers.
Les équipes de secours se pressaient pour sortir des survivants des zones sinistrées, tandis que des soldats népalais utilisaient des chiens renifleurs pour rechercher des corps ensevelis sous la terre étouffante.
"C’est un immense cimetière", a déclaré à l’agence de presse AFP Omkar Joshi, agent des douanes népalais de 35 ans, secouru au sommet d’une colline dans la ville frontalière de Timure.
"Il ne reste que du sable et des cailloux, imbibés de sang humain."
La police népalaise indique avoir retrouvé 389 corps.
Dans le pays, 910 autres personnes, dont 517 touristes étrangers, restaient sans contact. Pékin a indiqué que 100 citoyens chinois, non comptabilisés dans ce total, étaient eux aussi portés disparus au Népal.
Les Indiens constituent le plus gros contingent d’étrangers disparus, tandis que les États-Unis ont fait état de 90 de leurs ressortissants sans contact.
Parmi les autres étrangers dont on est sans nouvelles figurent des ressortissants d’Australie, de Grande-Bretagne, de Malaisie, des Pays-Bas, du Portugal, d’Afrique du Sud et de Corée du Sud, a précisé l’office du tourisme népalais.
En Chine, les médias d’État ont rapporté que la "catastrophe de coulée de boue" survenue au port de Gyirong, au Tibet, a fait trois morts, tandis que 558 personnes, dont 260 étrangers, sont portées disparues.
Le Premier ministre chinois Li Qiang s’est rendu sur place jeudi pour superviser les opérations de secours, ont indiqué les médias officiels.
Tsunami intérieur
Le Premier ministre Balendra Shah, qui avait appelé la nation à "rester unie" quelques heures après la catastrophe, a visité jeudi certaines des zones les plus touchées.
Shah a demandé aux autorités locales de "fournir une aide immédiate aux familles déplacées" et de rouvrir les routes bloquées, a indiqué son bureau dans un communiqué.
La soudaine déferlante de boue et de débris était "comme un tsunami intérieur", qui a parcouru près de 170 kilomètres vers le sud, jusqu’au Népal, a expliqué l’historienne de l’environnement Ruth Gamble, de l’université La Trobe en Australie.
Le leader spirituel bouddhiste, le dalaï-lama, qui vit en exil en Inde, a déclaré qu’il allait "prier pour tous ceux qui ont perdu la vie".
Les autorités chinoises au Tibet ont mobilisé près de 800 secouristes, ainsi que des chiens renifleurs et des vedettes rapides pour soutenir les opérations de sauvetage, a indiqué l’agence officielle Xinhua.
Les promesses d’aide et d’assistance ont commencé à affluer peu après que l’ampleur de la catastrophe a été connue.
Effondrement glaciaire
L’USGS a indiqué qu’un effondrement glaciaire avait provoqué une activité sismique et eu des conséquences "catastrophiques" en aval au Népal et au Tibet.
"Cet événement a d’abord été signalé comme un séisme de magnitude 4,4", a précisé l’organisme, mais l’analyse des enregistrements sismiques a montré qu’il s’agissait en réalité d’un "effondrement glaciaire et d’une coulée de débris".
La crainte de nouvelles crues potentielles demeure, l’eau étant retenue par d’immenses amas de débris qui obstruent la vallée.
"Un bouchon est toujours coincé en amont, sur le fleuve frontière entre le Népal et la Chine, et les autorités avertissent qu’une deuxième crue pourrait se produire", explique Qianggong Zhang, responsable des risques climatiques et environnementaux au Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD), basé à Katmandou.
La division de prévision des crues de Katmandou a publié jeudi un "avis spécial", mettant en garde contre la formation d’un lac en expansion derrière les débris laissés par le glissement de terrain et appelant à une extrême prudence.
Des dizaines de fidèles hindous venus du monde entier figurent parmi les centaines de disparus à la frontière, a indiqué jeudi le leader spirituel indien Sadhguru.
Ils revenaient d’un pèlerinage au mont Kailash, situé côté chinois de la frontière, lorsqu’ils ont été surpris par les crues à un poste d’immigration.
"Tout le groupe se trouvait dans ce bâtiment", a raconté Sadhguru dans un message vidéo adressé à ses millions de fidèles, en larmes alors qu’il s’exprimait depuis le Tibet, tandis que les cris de détresse d’autres pèlerins se faisaient entendre en arrière-plan.
"C’est un événement terrible et hors du commun".