Hongrie : le nouveau gouvernement Tisza qualifie la Russie de menace pour la sécurité, Moscou avertit que les livraisons de pétrole et de gaz sont en jeu.
Un député de la Douma d’État russe a menacé la Hongrie d’un blocus énergétique, en réaction à une nouvelle doctrine de politique étrangère adoptée à Budapest, qui présente la Russie comme une menace pour la sécurité.
Le Parti Tisza de Péter Magyar a battu le gouvernement nationaliste de Viktor Orbán en avril. Depuis, Magyar promet une remise à plat de la politique étrangère, en cherchant à resserrer les liens avec l’UE et l’OTAN tout en s’éloignant de la relation privilégiée que son prédécesseur avait nouée avec le Kremlin.
Dans un document publié mercredi présentant la position de la Hongrie en amont de la 81e Assemblée générale de l’ONU, le gouvernement affirme que le pays condamne l’agression militaire russe et soutient pleinement la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, tout en appelant à des négociations en vue d’une paix durable et de garanties de sécurité.
"Le comportement de la Russie représente une menace pour la Hongrie, l’Europe et l’ordre mondial et met également en danger la minorité hongroise vivant en Transcarpatie", peut-on lire dans le document.
Moscou n’a pas officiellement réagi au document. Andrei Kolesnik, membre de la commission de la Défense de la Douma d’État , a toutefois averti que la Russie pourrait suspendre ses livraisons de pétrole et de gaz à la Hongrie, après que Budapest a qualifié Moscou de menace.
"On lui [Magyar] a donné pour consigne d’adopter une attitude hostile envers la Russie. Ils essaient de tirer un certain avantage. Je pense que, après de telles déclarations, les livraisons de pétrole et d’énergie de la Russie vers la Hongrie sont désormais incertaines", a déclaré Kolesnik au journal russe Gazeta.ru.
Il a ajouté que la Hongrie avait cédé aux pressions de l’Union européenne pour mener des politiques antirusses.
Kolesnik, qui n’a pas cité Magyar nommément, est membre du parti au pouvoir de Vladimir Poutine, Russie unie, et relaie fréquemment la rhétorique du Kremlin.
La Hongrie fait partie des derniers États membres de l’UE à importer encore de gros volumes de pétrole et de gaz naturel russes via un réseau d’oléoducs et de gazoducs datant de l’époque soviétique. Avec la Slovaquie, Budapest a bénéficié en 2022 d’une exemption aux sanctions européennes interdisant les importations de pétrole russe par pipeline.
Orbán a longtemps été considéré comme le partenaire le plus proche de Vladimir Poutine au sein de l’Union européenne, bloquant à plusieurs reprises des déclarations et des sanctions de l’UE contre la Russie. Il soutenait que la Russie ne représentait aucune menace pour la Hongrie, compte tenu de la supériorité militaire de l’OTAN, dont la Hongrie est elle-même membre.
L’an dernier, les services secrets russes ont critiqué Magyar dans une rare déclaration écrite, le présentant comme un instrument de l’UE et reprenant des éléments de langage du parti Fidesz d’Orbán.
Depuis le changement de gouvernement à Budapest, le ministère russe des Affaires étrangères affirme toutefois être prêt à entretenir des relations pragmatiques avec la nouvelle équipe au pouvoir en Hongrie.