Les sauveteurs progressent dans la boue alors que plane la menace de nouvelles crues; les secours ont déjà retrouvé 586 corps, certains emportés jusqu'en Inde.
Le nombre de personnes portées disparues au Népal et en Chine a dépassé 2 400 vendredi, soulignant l’ampleur de la catastrophe survenue quelques jours après qu’un mur d’eau et de débris, semblable à un tsunami, a balayé des villages et fait des centaines de morts.
Le Quai d'Orsay a confirmé que quatre Français sont portés disparus après les crues meurtrières au Népal et au Tibet. Les personnes disparues sont trois femmes de 35, 38 et 47 ans et d'un homme de 46 ans. Trois d'entre eux rentraient d'un pèlerinage et se trouvaient à un poste-frontière dévasté par les crues.
Les secouristes se frayaient un chemin dans la boue alors que la menace de nouvelles crues planait, les équipes d’urgence ayant déjà retrouvé 586 corps et certains des morts ayant été emportés en aval jusqu’en Inde.
Ces nouveaux chiffres ont été publiés lorsque l’autorité népalaise de gestion des catastrophes a ajouté 933 employés du secteur hydroélectrique à une liste de personnes disparues qui incluait déjà des randonneurs et des pèlerins se rendant au mont Kailash, montagne sacrée du Tibet.
Les proches ont envahi les hôpitaux de la capitale népalaise dans une quête douloureuse pour retrouver leurs êtres chers, les murs étant couverts d’affiches avec les photos et les noms des disparus.
"Aujourd’hui, c’est le troisième jour et nous ne savons rien. Nous espérons qu’il est en lieu sûr", a confié à l’agence AFP Samjhana Thing, 27 ans, à propos de son frère. "Nous avons tout perdu. Il est tout pour nous."
Le service géologique des États-Unis (US Geological Survey) a indiqué que la catastrophe, la plus meurtrière au Népal depuis le séisme de 2015, avait été provoquée par l’effondrement d’un glacier qui a déclenché un immense flot de débris glacés.
Ce déferlement de glace et de boue a également entraîné la formation de vastes lacs, dont l’un constitue désormais une menace directe pour les équipes d’urgence qui fouillent la région à la recherche de survivants.
La police népalaise a exhorté tous les secouristes à "se mettre immédiatement à l’abri", indiquant avoir reçu des informations selon lesquelles "un barrage d’eau a de nouveau cédé du côté tibétain".
Au Tibet, la Chine a été contrainte de suspendre son opération de secours dans la zone la plus touchée de Gyirong en raison du risque de nouvelles inondations vendredi, avant d’annoncer que la menace s’était atténuée.
La chaîne publique CCTV a rapporté qu’un lac formé par d’immenses amas de débris avait commencé à déborder en direction de la zone où se rendaient les équipes de secours, avant de préciser que le niveau de l’eau dans le bassin avait ensuite baissé.
Les opérations de secours se poursuivent donc "de manière ordonnée", a-t-elle ajouté.
Le président chinois Xi Jinping, qui a dirigé une réunion consacrée aux opérations de secours, a proposé l’aide de Pékin aux équipes d’urgence népalaises.
Emportés par les flots
Les équipes d’urgence s’efforçaient de retrouver des survivants dans les zones touchées, où l’ampleur des dégâts entraînait une pénurie de nourriture et d’eau.
L’armée népalaise a localisé des personnes piégées dans le tunnel du projet hydroélectrique Trishuli 3A et tentait de trouver une voie d’accès pour les extraire.
"Deux hélicoptères ont été dépêchés, mais c’est difficile car il est compliqué ne serait-ce que de repérer les entrées du tunnel", a déclaré à l’AFP le porte-parole de l’armée, Raja Ram Basnet.
Quelque 350 employés et habitants ont été mis en sécurité sur le site, a-t-il ajouté, mais des efforts se poursuivent pour secourir plus de 100 personnes toujours coincées dans la même zone.
Les travailleurs secourus sur d’autres chantiers de barrages le long de la vallée de la Trishuli ont décrit une catastrophe survenue avec une effrayante rapidité.
Buddha Tamang a raconté à l’AFP qu’il n’avait survécu que parce qu’il se trouvait dans un tunnel du barrage où il travaillait au moment où la crue a frappé.
"Les cadres qui travaillaient de l’autre côté, ils ont tous été emportés", a déclaré Tamang, qui a été héliporté jeudi après être resté isolé plus de 24 heures.
L’aide arrive au compte-gouttes
Une partie de l’aide a commencé à parvenir vendredi aux survivants au Népal, alors que l’ampleur des destructions continuait de se révéler et que les rescapés cherchaient refuge dans des centres de secours improvisés de l’armée.
Les enfants séparés de leurs familles sont pris en charge, tandis que des efforts sont déployés pour les réunir avec leurs proches.
L’agence des Nations unies pour l’enfance UNICEF indique qu’au moins 17 000 enfants ont un besoin urgent (source en anglais) d’aide humanitaire, tandis que 18 écoles ont été détruites et 20 autres endommagées.
La Croix-Rouge internationale estime qu’au moins 93 000 personnes ont été touchées et sont dans un "grand besoin".
Vendredi également, l’Union européenne a promis 2 millions d’euros d’aide au Népal, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, écrivant sur X que "l’aide humanitaire immédiate" permettra de "fournir une assistance vitale aux familles et aux communautés les plus durement touchées".