Au siège de l'Unesco, le pape était attendu sur les défis de l'IA. S'exprimant en français et en anglais, il a estimé que les nouvelles technologies devaient "rester au service de la personne humaine", plutôt que de devenir "un instrument supplémentaire de domination et d'injustice".
Après une première étape à l'Élysée, où le souverain pontife a notamment mis en garde contre le risque de perdre "notre humanité au milieu du "paradis de machines", Léon XIV s'est rendu à l'Unesco pour son deuxième discours de la journée. Une visite qui marque le retour d'un pape au siège parisien de l'organisation, pour la première fois depuis la visite de Jean-Paul II, en 1980.
Le chef des 1,4 milliard de catholiques a déclaré que l'intelligence artificielle risquait d'"appauvrir les idées et les relations" humaines à travers un "processus de déshumanisation", tout en critiquant l'importance accordée dans les sociétés modernes au "critère de l'efficacité" et la "mise au rebut" de "ceux qui ne sont plus productifs".
Dans son discours, le pape a également insisté sur la nécessité de garantir des protections suffisantes aux enfants face aux nouvelles technologies, affirmant que la "vulnérabilité" des jeunes ne devait "jamais devenir une occasion d'exploitation".
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"Un processus de déshumanisation"
Le pape a critiqué les dérives liées à l'intelligence artificielle, faisant écho à l'adresse qu'il a prononcée l'Élysée.
"Nos idées et nos relations risquent d'être appauvries par un processus de déshumanisation", a-t-il affirmé, tout en fustigeant la course constante à la productivité dans la société moderne.
Au fil des siècles, de nombreuses tâches autrefois accomplies par les êtres humains ont été confiées aux machines, dont les capacités et les applications n'ont cessé de s'étendre. Plus récemment, certains systèmes artificiels ont même reçu le nom de notre faculté humaine de penser : l'intelligence. Dans le même temps, cependant, nos idées et nos relations risquent de s'appauvrir sous l'effet d'un processus de déshumanisation. Le paradoxe est de plus en plus manifeste : tandis que l'on attribue une "intelligence" aux systèmes informatiques, nous peinons à reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, dont la vie est jugée à l'aune de l'efficacité et qui, lorsqu'elles sont considérées comme n'étant plus productives, sont rejetées et mises au rebut.
Le souverain pontife a également exhorté la communauté internationale à protéger "les enfants et les jeunes" face aux nouvelles technologies numériques. "À l'ère du numérique, leur vulnérabilité ne doit jamais devenir une occasion d'exploitation. Puissent ces technologies contribuer à leur épanouissement, à leur éducation et à leurs relations, tout en préservant leur liberté de penser et de discerner, et en restant toujours au service de la dignité de la personne humaine", a-t-il souligné.
Sa prise de parole s'inscrit dans la réflexion développée dans sa première encyclique, "Magnifica Humanitas", publiée le 25 mai dernier. Le pape y appelait notamment à "désarmer" l'intelligence artificielle pour "l'empêcher de dominer l'humain", tout en alertant sur la pression exercée sur les ressources naturelles par des systèmes d'IA très gourmands en énergie et en eau.

AP Photo/Gregorio Borgia
IA : les temps forts des discours prononcés à l'Élysée
Léon XIV, qui a fait de l'IA un thème majeur du début de son pontificat, a appelé devant le président français à développer un "discernement éthique" afin que les technologies de rupture demeurent au service de la personne humaine et de sa "dignité sacrée".
Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du "paradis de machines" qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique, capable de voir ce qui est moralement bon.
Emmanuel Macron a, de son côté, plaidé pour l'instauration d'une "organisation internationale réconciliant progrès technologique, justice et humanisme", alors que l'IA "bouleverse déjà le travail, la création, la recherche, l'éducation, l'information, le lien social".
L'intelligence artificielle doit être un serviteur et non un maître. La révolution numérique doit entraîner et non enchaîner. La responsabilité nous revient donc de ne pas permettre que les modèles les plus performants ne se retrouvent entre quelques mains qui auraient à décider pour toute l'humanité, ni que ces avancées les plus exponentielles ne nous conduisent à perdre le contrôle.

Benoit Tessier/Pool Photo via AP
Léon XIV termine sa journée en priant avec les jeunes
Après la liesse dans les rues parisiennes et la ferveur à Notre-Dame lors des vêpres, le pape Léon XIV va achever sa première journée marathon en France par une veillée de prière avec des jeunes au Stade de France, à Saint-Denis.
Samedi, des centaines de milliers de fidèles sont attendus pour une messe en plein air place de la Concorde et le long des Champs-Élysées. Les autorités françaises estiment qu'environ 600 000 personnes pourraient participer à l'événement et se rassembler dans les environs.
Après Paris, le pape se rendra au sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, où il rencontrera également sept victimes d'abus sexuels, agressés pendant leur enfance ou à l'âge adulte.
Lundi, le pape doit s'adresser aux dirigeants de l'Union européenne à Metz, au Centre des congrès Robert Schuman, lors d'un discours intitulé "Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité".

AP Photo/Thomas Padilla
Une journée de blocages et "une vraie ferveur"
Silivelio, restaurateur de 34 ans, s'est retrouvé dans Paris Centre. Il raconte sa journée papale à Euronews :
"Paris était bloquée, par contre, ça se voyait qu'il y avait une vraie ferveur. Malheureusement, il n'y avait pas assez d'indications sur les différents GPS et on s'est retrouvés plein de fois bloqués devant des sortes de "gates", où l'on nous disait que ce n'était pas par là qu'il fallait passer et qu'il fallait faire demi-tour".
"Tu te pointes à une des entrées du jardin du Luxembourg, on te dit de remonter jusqu'à Montparnasse. À Montparnasse, on te dit : "Pas du tout, il faut aller encore plus haut, jusqu'aux Invalides." Tu arrives aux Invalides, c’était encore bloqué. Les policiers étaient tout aussi paumés que nous, parce que beaucoup n'étaient pas de Paris", raconte-t-il.
"Mais dès l'instant où le pape est passé, c’était relativement bref : 20 minutes plus tard, ils ont commencé à enlever les premiers cordons de sécurité."
"La plus terrible des "œuvres humaines" est la guerre"
Par notre correspondante Estelle Nillson-Julien :
Le pape a également abordé la question de la guerre, faisant référence à la devise de l'Unesco : "Puisque les guerres prennent naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix".
Ses propos interviennent alors que le monde est confronté à plusieurs conflits en cours, notamment au Moyen-Orient et à la poursuite de l'invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans ce contexte, le pape a déclaré que "l'humanité avait pris conscience que le progrès scientifique, lorsqu'il est dissocié de la sagesse, peut se transformer en arme de destruction".
Il s'est également penché sur le rôle des institutions internationales, affirmant qu'elles étaient considérées "avec des sentiments contrastés" : d'un côté, comme des instances chargées de relever des défis "qu'aucun État ne peut affronter seul", mais aussi comme des institutions confrontées à "une crise d’efficacité, surtout lorsque le dialogue est perçu comme un frein à l'action".
La confiance que les différences ne constituent pas nécessairement une menace ; confiance que le dialogue sincère peut engendrer un bien plus grand que celui que chacun pourrait obtenir seul.
Ces propos interviennent alors que la coopération internationale est confrontée à des tensions politiques croissantes. En juillet 2025, l'administration Trump avait annoncé sa décision de se retirer de l'Unesco, qualifiant l'organisation de "woke", de culturellement clivante et "en décalage" avec les politiques soutenues par les Américains. Ce retrait doit prendre effet en décembre 2026.
Léon XIV salue la "splendeur" de Notre-Dame
Premier pape à se rendre à la cathédrale Notre-Dame depuis sa réouverture, Léon XIV a salué la "splendeur" de l'édifice, restauré après l'incendie ravageur de 2019.
Plus tôt vendredi, Léon XIV avait mis en avant "le savoir-faire français", selon lui, "synonyme d’excellence dans de nombreux domaines".
Il s'est notamment illustré de manière remarquable dans le vaste chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, auquel nombre d'institutions, tant privées que publiques, ont dès le début participé.
Le pape a exprimé sa reconnaissance à "tous les artisans et corps de métiers qui s'y sont investis".
La récente réouverture de la cathédrale à la célébration du culte divin, comme aux visiteurs du monde entier, n'est pas seulement le couronnement d'une prouesse technique, mais le symbole d'une espérance retrouvée.

AP Photo/Thibault Camus
Vatican : environ 300 000 personnes le long du parcours du pape à Paris
Environ 300 000 personnes se sont pressées vendredi après-midi dans le centre de Paris pour voir le pape Léon XIV, a indiqué le Vatican en citant une estimation des autorités françaises.

AP Photo/Aurelien Morissard
Le pape est arrivé à Notre-Dame
Acclamé par des milliers de personnes, Léon XIV est arrivé à la cathédrale Notre-Dame de Paris pour y célébrer les vêpres.

AP Photo
Le pape déambule en papamobile vers Notre-Dame de Paris dans la liesse
Léon XIV a débuté vendredi après-midi un parcours en papamobile au cœur de la capitale, en direction de la cathédrale Notre-Dame, saluant au passage une foule de fidèles.
Les autorités attendaient 250 000 personnes le long de ce parcours de 2,5 km entre Montparnasse et la place Saint-Michel, située à deux pas de Notre-Dame.
Le chef de l'Église doit ensuite célébrer des vêpres devant le clergé et des séminaristes dans l'édifice emblématique du catholicisme français, devenant le premier pape à y pénétrer depuis sa reconstruction après l'incendie qui l'a ravagé en 2019.


AP Photo/Aurelien Morissard



AP Photo/Teresa Suarez
Le pape commence son discours en français
Construire ensemble un monde juste est, en effet, le fondement même de la coopération internationale. Nos expériences, nos aptitudes et nos compétences visent à édifier un espace accueillant pour tous et fécond pour chacun, afin que tous les peuples puissent grandir dans la paix.

Remo Casilli, Pool Photo via AP
Le directeur de l'Unesco prône la régulation de l'IA
Lors de son discours, le directeur général de l'Unesco, Khaled El-Enany, a salué un moment "unique", soulignant qu'il s'agissait de la première visite d'un pape au siège de l'organisation depuis 1980.
Faisant écho au discours du pape à l'Élysée, il a également souligné l'importance de réguler le secteur de l'intelligence artificielle, estimant que l'IA ne pouvait devenir une force de progrès que si elle était ''gouvernée''.
L'accueil du pape Léon XIV à l'Unesco
Euronews
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Le pape est arrivé à l'Unesco
Le souverain pontife parcourt actuellement le siège de l'organisation avec la direction de l'Unesco.
Léon XIV vient d'arroser l'olivier massif du Square de la Tolérance, au siège de l'Unesco, dans un geste censé symboliser son engagement en faveur de la paix, nous rapporte notre correspondante, Estelle Nilsson-Julien.
Conçu par l’artiste Dani Karavan, nommé Artiste de l'Unesco pour la paix, cet espace a été inauguré en mai 1996. Il devait symboliser l'aube du processus de paix israélo-palestinien et a été dédié à la mémoire d'Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien assassiné en 1995.

Remo Casilli/ Pool Photo via AP
Un pape offensif sur la laïcité
S'exprimant à l'Élysée, Léon XIV a insisté sur le fait qu'"une juste laïcité ne consiste (...) pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun".
À quelques jours de la visite apostolique, l'organisation d'une journée de classe "obligatoire" consacrée au souverain pontife dans les établissements scolaires catholiques n'a pas manqué de faire réagir. Euronews revient sur cette polémique :
Visite de Léon XIV : la journée "obligatoire" consacrée au pape dans les écoles catholiques fait polémique
Le Secrétariat général de l’enseignement catholique appelle les établissements catholiques privés sous contrat à banaliser le 25 septembre, jour de l’arrivée d…
Macron : "Face aux défis de notre temps, nous porterons ensemble un message de paix, de fraternité et d'espérance"
Euronews attend le discours du pape à l'Unesco

Estelle Nilsson-Julien/Euronews
La Grande Mosquée de Paris souhaite la bienvenue au pape
La Grande Mosquée de Paris salue la visite du pape Léon XIV "comme une invitation à œuvrer ensemble à la fraternité et à la paix".
Dans un communiqué, l'institution, dont le recteur était présent à l'Élysée, souligne que "la portée de cette visite, qui constitue un événement majeur pour les catholiques de France, dépasse les frontières d’une seule communauté de foi".
Les différentes étapes de son voyage, à Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz, témoignent d’une volonté d’aller à la rencontre des femmes et des hommes dans la diversité de leurs conditions et de leurs convictions. La Grande Mosquée de Paris se réjouit tout particulièrement de la place qui sera accordée au dialogue interreligieux lors de ce séjour.
À l’Élysée, le recteur @ChemsHafiz a l’honneur de participer à l’accueil du pape Léon XIV en France. Un voyage que la Grande Mosquée de Paris salue avec un pro…
Léon XIV quitte l'Élysée après son discours

AP Photo/Teresa Suarez, Pool