La ville pyrénéenne s’apprête à partir de samedi à vivre deux jours de visite pontificale hors norme. En marge des célébrations, Léon XIV s'entretiendra avec des victimes d'abus sexuels.
Le pape Léon XIV se rendra samedi au sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes dans le cadre de son voyage apostolique de quatre jours en France.
Située dans les Pyrénées, près de la frontière espagnole, la petite ville de Lourdes attire chaque année des millions de pèlerins, notamment des fidèles malades ou en situation de handicap qui espèrent être guéris par la source de la grotte de Lourdes. Voici ce qu'il faut savoir sur la visite du pape à Lourdes, la ville et son sanctuaire.
Première visite pontificale à Lourdes depuis dix-huit ans
Léon XIV sera le premier souverain pontife à fouler le sol de la ville depuis Benoît XVI, venu pour la dernière fois en septembre 2008. Le pape allemand avait alors fait le déplacement dans les Hautes-Pyrénées à l'occasion du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous.
Quatre ans auparavant, Jean-Paul II s'était lui aussi rendu à Lourdes pour ce qui allait être son dernier voyage en France, après une première visite dans la ville en 1983.
Devenue l'un des principaux lieux de pèlerinage catholique au monde, Lourdes doit sa popularité à Bernadette Soubirous. Jeune fille issue d’un milieu modeste, elle déclare avoir été témoin de 18 apparitions d’une dame vêtue de blanc dans la grotte de Massabielle, près de Lourdes, entre février et juillet 1858.
Les croyants racontent que, lors de sa neuvième apparition, Bernadette entend dire : "Va boire à la source et lave-toi là-bas." L’Église catholique reconnait en 1862 ces apparitions étaient celles de la Vierge Marie et y bâtit plus tard un sanctuaire. Dès lors, des millions de pèlerins venus du monde entier affluent vers la grotte de Massabielle.
Trois millions de visiteurs par an
Aujourd'hui, Lourdes attire environ trois millions de pèlerins par an, dont environ 60 000 pèlerins malades ou en situation de handicap. D'après la mairie, il s’agit du quatrième lieu de pèlerinage catholique le plus visité au monde, après le Vatican, la basilique Notre-Dame de Guadalupe à Mexico et la basilique Notre-Dame d’Aparecida au Brésil.
Lourdes en elle-même est très largement tournée vers l'accueil des pèlerins. Alors qu'elle ne compte que 13 000 habitants, avec près de 10 000 chambres d’hôtel et environ 21 200 lits, la ville dispose de la deuxième plus grande capacité hôtelière de France, après Paris.
Trouver un toit abordable pendant la visite du pape Léon n'est toutefois pas une mince affaire. Cet évènement attire des centaines de milliers de visiteurs, ce qui a fait monter en flèche les prix de l'hébergement. Certains hôteliers pratiquent d'ores et déjà des tarifs extrêmement élevés, atteignant parfois plus de 2 000 euros la nuit.
Selon les dernières estimations présentées par les autorités, près de 200 000 personnes devaient converger vers Lourdes au cours des deux jours de visite du pape, dont environ 150 000 inscrites pour participer aux célébrations au sanctuaire.
Cette visite de Léon XIV intervient alors que le nombre de baptêmes, le premier sacrement catholique qui marque l'entrée dans l'Église, augmente fortement en France.
Depuis cinq ans, le nombre d'adultes baptisés a augmenté de 28 %, et de 10 % chez les adolescents, avec 21 386 baptêmes au total en 2026. Ce chiffre a plus que triplé en dix ans.
Léon XIV rencontrera des victimes d'abus sexuels
Après avoir passé deux jours à Paris, Léon XIV atterrira samedi soir à l'aéroport de Tarbes. Il débutera sa visite par une messe à la grotte de Massabielle.
Outre une rencontre épiscopale, la célébration de la messe dominicale, une rencontre avec le personnel du sanctuaire et des personnes malades, le pape échangera, en privé, avec sept personnes victimes d'abus sexuels, agressés lorsqu’ils étaient enfants ou adultes.
Parmi elles figurent notamment une victime de l’abbé Pierre, une autre de l’abbé Tartu, ancien chef d’une chorale d’enfants à Tours, une victime de l’ancien prêtre lyonnais Bernard Preynat, ainsi que Jean-Marie Delbos, ancien élève de Notre-Dame de Bétharram. Ce dernier entend notamment demander au pape la dissolution de la congrégation qui gérait l’établissement.
Lors de sa visite, Léon XIV ne pourra pas apercevoir les mosaïques réalisées par un ancien artiste jésuite accusé d’abus sur des femmes, qui ornent la façade de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire. Elles seront toutes recouvertes pendant la visite papale.
Un procès ecclésiastique est en cours contre le père Marko Ivan Rupnik, artiste slovène dont les mosaïques ornent plusieurs sites catholiques à travers le monde.
La visite de Léon intervient dans un contexte sensible pour l'Église catholique de France. En 2021, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église estimait à 216 000 le nombre de mineurs victimes de prêtres ou de religieux entre 1950 et 2020, et à 330 000 en incluant les laïcs travaillant dans des institutions liées à l'Église.
Cinq ans plus tard, le sujet reste loin d’être refermé et la parole de Léon XIV sur les violences sexuelles sera particulièrement attendue lors de son passage à Lourdes.