Dans son discours, le Premier ministre a promis de premières décisions d'ici à la fin du mois pour répondre aux revendications des lycéens. Il a également annoncé la libération de 10 millions de barils de gazole, une mesure qui doit faire baisser de 12 à 18 centimes le prix du litre à la pompe.
Sébastien Lecornu a pris la parole ce mercredi depuis l'Hôtel Matignon, au lendemain de l'"acte III" de la mobilisation des lycéens et d'une réunion de crise à l'Élysee.
"La parole lycéenne est précieuse et doit être entendue" avait il écrit sur X plus tôt dans la journée. Le Premier ministre français s'est donc d'abord s'adressé à ces derniers.
Dans son allocution de 14 minutes, le chef du gouvernement a surtout misé sur le dialogue, sans annoncer de nouvelle mesure majeure. Le Premier ministre a réaffirmé sa volonté d’entendre les revendications des élèves et de transformer leurs propositions en "plan d’action concret ".
Il a confirmé le lancement de cinq "chantiers", portant notamment sur le remplacement des enseignants absents, les conditions matérielles dans les établissements, l’organisation du temps scolaire et des changements concernant Parcoursup – plateforme officielle pour la préinscription en première année de l'enseignement supérieur en France – jugée opaque et inégalitaire.
La consultation en ligne lancée auprès des lycéens se poursuivra jusqu’au 23 octobre et doit permettre de dégager des premières réponses sur leurs conditions d’études.
Les premières décisions du gouvernement en réponse aux revendications des lycéens seront présentées "à la fin du mois d’octobre", a-t-il annoncé.
Le chef du gouvernement a revendiqué par ailleurs plus de 40 000 contributions anonymes sur Agora, une application lancée pour recueillir les doléances des jeunes.
Une réponse qui intervient alors que plusieurs syndicats de l’Éducation appellent à une nouvelle journée de grève et de manifestations jeudi. L'intersyndicale de l'Éducation (FSU, Unsa, FO, CFDT, CGT et Sud) et affirme ce soir que le gouvernement n'a toujours pas répondu aux attentes des lycéens.
Sebastien Lecornu a enfin confirmé une hausse du budget du ministère de l'Éducation nationale d'un montant de 1,2 milliards d'euros, à 64 milliards d’euros, hors pensions.
"Avec une augmentation de 1,2 milliard du budget du ministère de l’Éducation nationale pour l’année prochaine – il faudra faire des économies ailleurs", avait il néanmoins déclaré la semaine dernière.
"Les forces de l'ordre n'ont pas pour instruction d'affronter les lycéens"
Sébastien Lecornu a également tenu, au début de son discours, à défendre l’action des policiers et des gendarmes, alors que plusieurs interventions lors des blocages de lycées ont suscité des critiques.
Le Premier ministre a rappelé que leur mission était de protéger les personnes et les biens et de faire respecter l’ordre public, tout en distinguant les lycéens qui manifestent des éventuels auteurs de violences.
"Les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens", a-t-il assuré. Un message adressé aux forces de sécurité, auxquelles il a renouvelé son soutien, mais aussi aux élèves mobilisés : l’objectif affiché est de permettre l’expression de leurs revendications tout en intervenant lorsque des dégradations ou des violences sont commises.
Carburants : l’annonce forte de la soirée
Face aux difficultés des millions de Français confrontés à la hausse les prix de l'énergie, conséquence directe des conflits en Iran et en Ukraine, Sébastien Lecornu a confirmé une annonce récente du président Emmanuel Macron.
Pour faire baisser les prix à la pompe, le gouvernement va puiser dans les stocks stratégiques de la France. Dix millions de barils de gazole doivent ainsi être remis progressivement sur le marché pendant trois mois, à partir du 1er novembre.
Ces réserves ont été constituées avant la flambée actuelle des cours : leur mise en circulation doit donc permettre aux distributeurs d’acheter du carburant moins cher que sur le marché actuel. Sébastien Lecornu table ainsi sur une baisse qui pourrait atteindre entre 12 à 18 centimes par litre ou 10 euros pour un plein moyen.
"Une baisse des prix pour tous les Français qui s'ajoute aux aides existantes", a précisé le gouvernement dans un communiqué.
Concrètement, l’État ne demande pas aux stations-service de vendre à perte : il augmente temporairement la quantité de gazole disponible à un coût inférieur, ce qui doit contribuer à faire baisser le prix payé par les automobilistes. Le dispositif est limité dans le temps, puisque ces stocks ne pourront être utilisés que pendant trois mois. L’objectif est donc de créer un effet de baisse immédiat, sans mettre en place une nouvelle aide générale financée directement par le budget de l’État.
Revers de la médaille dont Sébastien Lecornu n'a pas fait mention, si les prix du pétrole et surtout du gazole raffiné repartent fortement à la hausse, cette baisse peut être en partie, voire totalement, absorbée par la nouvelle hausse des cours. Les stocks constituent donc un amortisseur temporaire, pas une protection durable.
L’électricité ne doit pas augmenter cet hiver
Autre annonce du Premier ministre: "le prix de l'électricité ne doit pas augmenter cet hiver", et ce malgré la crise énergétique mondiale.
Une promesse importante alors que les prix de l’énergie restent élevés et que le gouvernement cherche à protéger le pouvoir d’achat sans creuser davantage le déficit de la France, déjà abyssal. Le Premier ministre n’a toutefois pas annoncé, dans le détail, un nouveau mécanisme comparable à celui prévu pour le gazole.
Pour comprendre l’enjeu, le prix payé sur une facture ne dépend pas uniquement du coût de production de l’électricité : il intègre aussi son acheminement, les taxes et la rémunération des fournisseurs. Le gouvernement devra donc agir sur l’un ou plusieurs de ces éléments pour tenir sa promesse.
À ce stade, il s’agit surtout d’un engagement politique sur la stabilité de la facture**,** dont les modalités devront être précisées.
"L’agriculture française ne pourra pas attendre"
Sur l’agriculture, Sébastien Lecornu a dressé un constat particulièrement préoccupant :
"Des milliers d’exploitations sont en péril, c’est inédit", a-t-il déclaré mercredi soir.
Le Premier ministre a promis qu’un plan de relance pour faire face à "l’urgence agricole" serait soumis au Parlement, en souhaitant "associer l’ensemble des forces politiques". Un calendrier qui vise à apporter des réponses avant la présidentielle.
"Je le dis avec gravité ce soir, l’agriculture française ne pourra pas attendre l’élection présidentielle", a insisté Sébastien Lecornu.
Le gouvernement entend donc accélérer sur ce dossier, après un été marqué par la sécheresse, les fortes chaleurs et les incendies, qui ont fragilisé de nombreuses exploitations. Mais le contenu et surtout le montant de ce plan restent à préciser. Pour les agriculteurs, l’enjeu sera désormais de savoir quels moyens seront réellement débloqués et à quelle échéance.
Un budget 2027 sous forte contrainte
Sur les finances publiques, Sébastien Lecornu a surtout cherché à justifier la ligne budgétaire de son gouvernement. "Les bouleversements internationaux" ont "ralenti notre croissance", a-t-il expliqué, avec une conséquence directe : "Moins de croissance, c’est moins de recettes pour financer les services publics."
À cela s’ajoutent la hausse de la charge de la dette et le vieillissement de la population. Le projet de budget qui sera examiné mi novembre, prévoit ainsi 54 milliards d’euros d’effort de redressement, avec l’objectif de ramener le déficit public de 5,4 % cette année à 5 % en 2027.
Le Premier ministre assure avoir fait le choix de la "stabilité fiscale", tout en appelant les députés à modifier le texte si nécessaire. Mais il prévient : "Adopter un budget après la présidentielle prolongerait l’incertitude jusqu’à l’automne prochain" et "fragiliserait considérablement le pays". Il s’est donc dit "convaincu que le Parlement permettra à la France d’avoir un budget", avant d’en appeler au "patriotisme de chacun" mais aussi aux "compromis nécessaires".
Une manière de rappeler la contrainte qui traverse toute son allocution : répondre aux urgences, notamment sur les carburants et l’agriculture, tout en évitant de creuser davantage les comptes publics.
Sébastien Lecornu a donc certes promis des réponses mais a aussi souligné que le gouvernement n’avait pas les moyens d’ouvrir largement les vannes.