Le quadruple candidat à l'Élysée va dérouler son programme "L'Avenir en commun", publié la veille, devant jusqu'à 20 000 sympathisants, avec l'ambition de faire une nouvelle démonstration de force sur fond de contestation sociale dans le pays.
Jean-Luc Mélenchon a donné rendez-vous à ses partisans au Bourget, au nord de Paris, pour la "convention présidentielle" de La France insoumise, où il doit présenter son programme, "L'Avenir en commun", dévoilé la veille.
Après avoir lancé sa campagne au pied de la basilique de Saint-Denis, en juin, devant 26 000 personnes, puis tenu un deuxième grand meeting à Clermont-Ferrand, en Auvergne, au début du mouvement lycéen en France – déplacement qui avait aussi été marqué par une visite, toute en allusions, du plateau de Gergovie, théâtre d'une victoire des Gaulois face aux troupes romaines de Jules César –, le candidat de gauche radicale n'a pas choisi le lieu de cette nouvelle étape par hasard.
C'est ici, au Bourget, que François Hollande avait lancé son fameux "Mon véritable adversaire, c'est le monde de la finance", phrase choc de la campagne présidentielle de 2012. Une manière d'ancrer sa candidature à gauche, avant de défendre, une fois élu, une politique de l'offre, une première pour un dirigeant socialiste français.
Près de quinze ans plus tard, Jean-Luc Mélenchon entend, lui, incarner une ligne de rupture à gauche, au moment où l'ébullition sociale gagne le pays.
Bien installé à la deuxième place dans les sondages avec environ 18 %, le leader insoumis a enregistré quelques soutiens ces derniers jours. Jeudi, la majorité des députés communistes et ultramarins à l'Assemblée nationale ont acté leur soutien à Mélenchon, malgré la candidature annoncée de Fabien Roussel, qui plafonne autour de 2 % dans les sondages. Les Écologistes doivent, quant à eux, se prononcer à la mi-décembre sur un éventuel ralliement à LFI.
Malgré une dynamique, Jean-Luc Mélenchon reste très distancé par Marine Le Pen (35-37 %) dans les intentions de vote et doit encore répondre à la question de sa capacité à l'emporter face à la candidate d'extrême droite au second tour.
"Liberté, égalité, solidarité"
Un début d'efforts pour élargir sa base électorale ? À quelques heures de son meeting du Bourget, le candidat insoumis a dévoilé son affiche de campagne. On y voit son portrait sur fond de paysage de Gergovie, un décor qui renvoie aussi à une France rurale où le vote LFI reste faible, ainsi qu'un triptyque républicain revisité : "Liberté, égalité, solidarité".
Sur les réseaux sociaux, certains internautes la comparent déjà avec l'affiche de François Mitterrand en 1981, qui le représentait devant un village de Bourgogne dominé par son église, surmontée du slogan "La force tranquille".
"L'Avenir en commun" vendu en librairie
Le discours de Jean-Luc Mélenchon en fin d'après-midi sera précédé par la présentation des propositions de la France insoumise pour 2027, sous une forme inattendue.
Clémence Guetté, vice-présidente LFI de l'Assemblée nationale et coresponsable du programme "L'Avenir en commun" a évoqué sur France Inter une mise en scène collective mêlant "un court-métrage", "de la musique, de la poésie, des interventions culturelles", pour illustrer "ce que cela changerait dans la vie des gens".
Selon notre correspondante au Bourget, Valérie Gauriat, l'ensemble des députés et sénateurs LFI, ainsi que les principales figures du mouvement et des sympathisants, devraient prendre part à cette performance politique.
Le meeting est gratuit, mais pour consulter dans le détail ce travail programmatique – et c'est la spécialité de la France insoumise –, il faudra débourser 4,99 euros. Publié aux éditions La Dispute, engagées à gauche, l'ouvrage rassemble 1 069 mesures, dont près de 150 actualisées par rapport à la mouture de 2021 et plus de 200 nouvelles propositions.
Un programme réorganisé autour de l'écologie
Alors que les précédentes versions du programme plaçaient l'instauration d'une VIe République en tête des priorités, la transformation écologique figure désormais parmi les grands axes défendus par LFI. Le mouvement propose notamment de remplacer les régions actuelles par des "écorégions" organisées autour de la gestion de l'eau et d'inscrire des protections écologiques renforcées dans la constitution.
LFI maintient son engagement en faveur d'une sortie progressive du nucléaire, même si l'objectif d'atteindre 100 % d'énergies renouvelables a été repoussé de 2050 à 2060.
Sur le plan économique et social, Jean-Luc Mélenchon reste fidèle à ses engagements de longue date : porter le SMIC à 1 700 euros et, à terme, rétablir l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans pour les personnes ayant cotisé pendant 40 années.
Le programme a été publié sans chiffrage financier précis, mais les cadres de LFI précisent qu'il s'agit d'un "socle", qui sera complété par une cinquantaine de documents détaillant les différentes mesures.
Lors d'une conférence de presse à la mi-octobre, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel, président LFI de la commission des finances de l'Assemblée, ont présenté leur "budget rectificatif" pour 2027, en cas de victoire. Celui-ci comportait environ 100 milliards de recettes supplémentaires grâce à des mesures fiscales, comme la taxe Zucman ressuscitée, ainsi que 80 milliards de dépenses nouvelles.
En matière de politique étrangère, LFI continue d'accorder une place centrale à la guerre à Gaza et à la colonisation de la Cisjordanie. Le mouvement propose notamment de suspendre l'accord d'association entre Israël et l'Union européenne.
Concernant l'Ukraine, le texte appelle à un cessez-le-feu, mais reste peu disert sur le soutien militaire à apporter à Kyiv. Il défend, en parallèle, la mise en place d'un nouveau cadre de sécurité européen associant la Russie.
Un "projet de démantèlement de la France" pour Le Pen
Le programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 a déjà fait réagir ses adversaires.
Dans un long message posté sur X, Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, d'extrême droite, a dénoncé un ''projet de démantèlement de la France''. Elle a notamment pointé plusieurs mesures qu'elle juge néfastes pour le pays, comme la régularisation des sans-papiers, la "fermeture progressive de nos centrales nucléaires" ou encore la "remise en cause du droit de propriété".
"C'est un projet qui désarme, qui renonce, qui décroche et qui divise", a-t-elle lancé, promettant de combattre le projet de LFI "avec la plus grande détermination".
En déplacement près de Marseille samedi, l'ex-Premier ministre Édouard Philippe, qui vise lui aussi une qualification au second tour de la présidentielle de 2027, a pour sa part critiqué la "vision communautariste" de Mélenchon et son "économie administrée".
Évoquant ses deux adversaires, à l'extrême droite et à la gauche radicale, le candidat de centre droit a dit voir "beaucoup de points communs" entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, notamment leur "détestation de la construction européenne" et leur volonté de "sortir de l'OTAN".
La France en ébullition
Jean-Luc Mélenchon tient son meeting alors que se poursuit la mobilisation sociale, née d'un mouvement lycéen qu'il soutient. Jeudi 5 novembre, près de 200 cortèges ont défilé dans toute la France pour réclamer une hausse du SMIC et de l'ensemble des salaires, des mesures contre la précarité, la défense des services publics ainsi que davantage de moyens pour l'école et l'université.
Les organisateurs ont estimé la participation à 1,6 million de personnes, tandis que le ministère de l'Intérieur a dénombré 575 000 manifestants.
Une centaine de manifestations contre la vie chère et en soutien à la jeunesse sont également prévues pour ce quatrième samedi consécutif. Pour le candidat insoumis, l'enjeu est désormais de convaincre qu'il peut traduire ce mécontentement social en propositions politiques crédibles.