"Personne ne va parler en notre nom" : le ministre français des Affaires étrangères a assuré que les Européens seraient associés aux pourparlers entre Russes et Ukrainiens prévus la semaine prochaine. Il a également accusé Jean-Luc Mélenchon de relayer la propagande du Kremlin sur le Donbass.
Les Européens, dont la France, seront associés aux pourparlers entre Russes et Ukrainiens qui doivent s'ouvrir mardi à Abu Dhabi sous médiation américaine, a annoncé le chef de la diplomatie française sur RTL et Public Sénat.
"Les Européens seront bien représentés et la France sera à Abu Dhabi pour participer à ces discussions", a déclaré Jean-Noël Barrot, précisant qu'il ne serait pas personnellement à la table des négociations.
"Je ne peux pas vous dire encore qui représentera la France à cette occasion, mais elle y sera bien", a-t-il ajouté.
"Ces dernières semaines les Européens ont donné de la voix. Ils ont expliqué aux médiateurs américains qu'aucune discussion touchant à l'avenir de ce continent ne pouvait faire abstraction de ce que sont nos attentes et nos exigences", s'est-il félicité.
Après avoir rencontré l'émissaire russe Kirill Dmitriev jeudi, Donald Trump a prédit, devant la presse, la conclusion prochaine d'un "accord majeur" avec la Russie sur l'Ukraine, qui, selon lui, "pourrait englober toute l'Europe" et dont "tout le monde sera ravi", sans donner davantage de précisions.
Jean-Noël Barrot a dit dimanche ne pas savoir ce que le président américain avait en tête, soulignant qu'aucun accord ayant des "conséquences sur l'architecture de sécurité européenne" ne pouvait être "conçu, voire discuté" sans les Européens.
Jusqu'à présent, les discussions prévues les 10 et 11 novembre étaient présentées comme des négociations trilatérales réunissant des responsables ukrainiens, russes et américains. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait toutefois clairement exprimé son souhait d'y associer les alliés européens de Kyiv.
Mélenchon, "porte-parole du Kremlin"
Interrogé sur les positions défendues par Jean-Luc Mélenchon concernant un règlement de la guerre en Ukraine, lors de son meeting au Bourget la veille, Jean-Noël Barrot a qualifié le leader de La France insoumise de "porte-parole du Kremlin".
Alors que le programme de LFI, "L'Avenir en commun", dévoilé cette semaine, accorde peu de place à la guerre en Ukraine, contrairement au conflit israélo-palestinien, Jean-Luc Mélenchon a défendu l'idée d'un référendum sur le statut du Donbass, en grande partie occupé par l'armée russe, affirmant que "c'est au peuple de décider".
"Nous n'acceptons pas qu'on envisage une paix avec des concessions territoriales en Ukraine sans qu'on demande aux populations concernées si elles sont d'accord pour se trouver de ce côté-ci de la frontière ou de l'autre", a-t-il lancé devant des milliers de sympathisants, au terme d'une formule pour le moins tortueuse.
Moscou avait déjà organisé des consultations fantoches en Crimée annexée et dans les quatre régions du sud-est ukrainien qu'elle contrôle partiellement, des procédures rejetées par Kyiv et la communauté internationale.
"Partout dans le monde, le Kremlin essaie de convaincre les chefs d'État et de gouvernement qu'au fond le Donbass est russe et que la guerre d'agression est une guerre de libération du Donbass", a déclaré Jean-Noël Barrot. "Ce qui est évidemment d'une gravité sans précédent, et qui à mon avis le disqualifie définitivement pour exercer les fonctions auxquelles il aspire", a-t-il ajouté.
La guerre en Ukraine a déjà été source de polémique dans la campagne présidentielle de 2027, où Marine Le Pen, largement en tête des sondages, et Jean-Luc Mélenchon, actuellement installé à la deuxième place, ont affiché des positions jugées favorables à Poutine.
La candidate d'extrême droite avait affirmé, à la mi-octobre, qu'elle mettrait fin à l'aide financière française à l'Ukraine, qu'elle estime à 6 milliards d'euros par an, si elle remportait l'élection présidentielle de 2027.
Le président ukrainien lui avait alors estimé que "Madame Le Pen ne maîtrise pas bien certains détails" de la coopération militaire franco-ukrainienne, défendant un partenariat "gagnant-gagnant", également bénéfique, selon lui, à la sécurité de la France.