Le prix du chocolat a grimpé de 18 % en 2025 dans l'Union européenne, sous l'effet de la sécheresse en Afrique de l'Ouest.
Les prix à la consommation ont augmenté de 2,5 % dans l’UE en 2025, en prenant pour référence le taux de variation annuel moyen. Mais la hausse a été légèrement plus marquée pour l’alimentation et les boissons non alcoolisées, à 3,3 %.
Parmi l’ensemble des produits alimentaires, le chocolat affiche la plus forte progression de prix, avec +17,9 % dans l'UE, selon Eurostat.
Mais pourquoi les prix du chocolat ont-ils tant augmenté en Europe ? Et quels pays ont enregistré les hausses les plus fortes ?
Une augmentation générale
Les prix du chocolat ont augmenté bien davantage que ceux de nombreux autres produits alimentaires essentiels. Ainsi, le bœuf et le veau arrivent au troisième rang dans l’UE, avec une hausse de 10 %, soit environ 8 points de pourcentage (pp) de moins.
L'inflation sur les œufs et le beurre tourne autour de 8 %, soit environ 10 points de pourcentage de moins que pour le chocolat.
Au sein des pays de l’UE, l'inflation annuelle moyenne des prix à la consommation du chocolat en 2025 va de 6,6 % en Slovaquie à 32,6 % en Pologne.
Si l’on inclut les autres pays européens, l’éventail s’élargit de 1,6 % en Albanie à 44 % en Turquie.
Il convient de noter que la statistique en Turquie n’est toutefois pas directement comparable, car elle porte sur la catégorie "chocolat, cacao et produits alimentaires à base de cacao" et correspond au taux de variation annuel arrêté à janvier 2026.
L'Estonie (31,5 %), la Lituanie (31,5 %), la Roumanie (26,1 %), la Lettonie (25,9 %) et la Serbie (25,4 %) ont également enregistré des hausses de plus de 25 % des prix du chocolat.
L’inflation a également dépassé la moyenne de l’UE en Suède, en Bulgarie, au Monténégro, en Grèce, en Macédoine du Nord, en Espagne, en Finlande, en République tchèque, aux Pays-Bas et en Allemagne, avec des hausses comprises entre 18 % et 22,5 %.
Chypre, le Luxembourg, l’Italie, le Kosovo et la Suisse figurent parmi les pays où l’inflation du chocolat est la plus faible, toutes inférieures à 12 %.
Parmi les autres grandes économies de l’UE, la hausse atteint 14 % en France. La Belgique, important centre de l’industrie du chocolat, enregistre une progression de 12,3 %.
Enfin, au Royaume-Uni, les prix du chocolat ont augmenté de 16,2 % en 2025, selon l’ONS.
Pourquoi les prix du chocolat augmentent-ils tant ?
"Les prix du chocolat en Europe ont fortement augmenté en 2025, principalement en raison d’une flambée sans précédent des prix mondiaux du cacao provoquée par de graves perturbations de l’offre", a déclaré à Euronews Business Emiliano Magrini, économiste à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
L'expert rappelle que la production de cacao est très concentrée dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest, en particulier la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui représentent à eux deux la majeure partie de l'offre mondiale.
En 2023-2024, la production a fortement reculé dans ces deux pays en raison de conditions météorologiques défavorables, notamment d’une sécheresse prolongée, et de la propagation de la maladie du swollen shoot du cacaoyer.
"Ces chocs ont provoqué un important déficit de production à l’échelle mondiale et fait tomber les stocks à des niveaux historiquement bas, laissant les marchés extrêmement exposés à de nouveaux aléas et propulsant les prix du cacao à des records", ajoute Emiliano Magrini.
John Baffes, économiste principal au sein du Prospect Group de la Banque mondiale, souligne que le cacao représente environ 10 à 20 % des coûts totaux de la fabrication du chocolat.
"Le prix du cacao est passé d’une moyenne de 3,28 $ le kilo (2,8 €) en 2023 à 7,33 dollars en 2024 puis 7,80 $ (6,7 €) en 2025, soit une hausse de plus de 120 % entre 2023 et 2024, la plus forte parmi les 70 matières premières suivies par la Banque mondiale et la plus élevée de l’histoire du marché du cacao", a-t-il indiqué à Euronews Business.
"Cette envolée des prix du cacao a renchéri les coûts de production du chocolat et, au final, les prix de vente au détail, malgré la part relativement modeste du cacao dans le coût total".
Pourquoi l’inflation du chocolat varie-t-elle autant ?
Emiliano Magrini souligne queles écarts d’inflation sur le chocolat reflètent principalement des différences dans la structure des marchés intérieurs et dans le degré d’intégration des industries nationales du chocolat.
Les pays dotés d’un vaste secteur de fabrication de chocolat bien implanté, comme la Suisse, l'Allemagne, la France, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas affichent en général des hausses de prix inférieures à la moyenne de l’UE.
"Sur ces marchés, les grandes entreprises intégrées verticalement sont mieux à même d’absorber la hausse du coût du cacao en jouant sur leurs marges, en recourant à des contrats de long terme ou en répartissant ces coûts sur leurs marchés d’exportation", explique-t-il.
"Les différences de coûts de la main-d’œuvre, de prix de l’énergie, de prix des autres ingrédients clés comme le lait et le sucre, les taux de change et l’intensité de la concurrence dans la distribution contribuent également aux écarts entre pays".
Outre les niveaux de revenu, les spécificités nationales et la teneur en cacao du chocolat, John Baffes met aussi en avant la structure du secteur.
Autant d’éléments qui renvoient au degré d’intégration verticale, à la combinaison entre multinationales et entreprises locales, aux stratégies de marque et aux réseaux de distribution, et qui déterminent la manière dont les coûts sont répercutés.
"Certaines entreprises absorbent une partie des hausses du prix du cacao pour préserver leurs parts de marché, tandis que d’autres les répercutent plus largement et plus rapidement", explique-t-il.