Nvidia revient sur le marché obligataire après cinq ans avec une émission de 25 milliards de dollars (21,5 mds €) qui attire 85 mds $, portée par l’attrait de l’IA.
Nvidia, le fabricant de puces devenu l’entreprise la plus valorisée au monde, a fixé lundi le prix d’une émission obligataire de 25 milliards de dollars (21,5 milliards d’euros), sa première depuis 2021 et l’une des plus importantes d’une entreprise technologique cette année.
L’opération devait initialement tourner autour de 20 milliards de dollars (17,2 milliards d’euros), mais son montant a été relevé après une demande supérieure à trois fois la taille de l’émission, selon une source proche du dossier citée par Bloomberg.
C’est l’appétit des investisseurs qui a marqué cette émission.
Les ordres ont atteint jusqu’à 85 milliards de dollars (73,2 milliards d’euros), permettant à Nvidia d’augmenter le volume de la transaction et de resserrer au passage ses coûts d’emprunt.
Le calendrier lui aussi a joué en sa faveur.
L’annonce d’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient a stabilisé les marchés du crédit, ramenant les spreads sur la dette investment grade à leurs niveaux les plus serrés depuis début février, avant le début de la guerre avec l’Iran.
Ce contexte a permis à Nvidia de verrouiller un financement de long terme à un coût relativement faible.
Selon l’analyste de Bloomberg Intelligence Robert Schiffman, cette dette de longue maturité et peu coûteuse réduit le coût moyen pondéré du capital de Nvidia et contribue à financer ses investissements dans l’IA sans mettre en péril sa note de crédit AA.
Un porte-parole du groupe a indiqué que les fonds serviraient à des besoins généraux de l’entreprise, notamment au remboursement et au refinancement de dettes existantes.
Nvidia avait pour la dernière fois fait appel au marché investment grade en juin 2021, lorsqu’elle avait placé 5 milliards de dollars (4,3 milliards d’euros) de titres à quatre échéances, selon un document réglementaire.
L’écart d’échelle souligne à quel point ses besoins de financement ont gonflé, à mesure de l’essor des centres de données et de la montée en puissance de la demande des hyperscalers.
Une frénésie d’emprunts plus vaste
Nvidia rejoint la file des géants de la tech qui lèvent des montants colossaux pour financer leurs infrastructures d’IA.
Meta et Oracle ont chacune émis 25 milliards de dollars (21,5 milliards d’euros) d’obligations cette année, tandis qu’Amazon a bouclé une opération unique de 37 milliards de dollars (31,8 milliards d’euros), la plus importante émission investment grade aux États-Unis cette année avant celle de Nvidia lundi.
Pour Nvidia, cette levée permet aussi d’écarter pour l’instant toute dilution des actionnaires, lui offrant davantage de flexibilité alors que ses engagements en capital s’accumulent. Le groupe a investi 5 milliards de dollars (4,3 milliards d’euros) dans Intel, s’est engagé jusqu’à 10 milliards (8,6 milliards d’euros) auprès d’Anthropic et a apporté 30 milliards (25,8 milliards d’euros) à la dernière levée de fonds d’OpenAI.
L’action Nvidia a terminé en hausse de 3,5 % à 212,45 dollars après l’annonce, valorisant le groupe à quelque 5 140 milliards de dollars (4 420 milliards d’euros).
Alphabet, la maison mère de Google, a pour sa part opté pour une augmentation de capital, en fixant ce mois-ci le prix d’une levée portée à 84,75 milliards de dollars (73 milliards d’euros), contre un objectif initial d’environ 80 milliards (68,9 milliards d’euros), selon un document boursier.
Cette opération, qui comprend un placement privé de 10 milliards de dollars (8,6 milliards d’euros) réalisé par Berkshire Hathaway, constitue la plus importante levée de capitaux propres jamais enregistrée et doit financer l’extension des capacités de calcul en IA du groupe.
La direction a indiqué viser pour 2026 des investissements (capex) compris entre 180 milliards de dollars (155,1 milliards d’euros) et 190 milliards (163,7 milliards d’euros).
Cette augmentation de capital s’ajoute toutefois à une séquence déjà intense d’endettement. D’après ses propres documents, Alphabet a levé plus de 85 milliards de dollars (73,2 milliards d’euros) de dette dans six grandes devises et sur plusieurs places au seul premier trimestre 2026, portant son encours total au-delà de 100 milliards (86,1 milliards d’euros).
Cela inclut une émission d’obligations en dollars en début d’année, laissant Google dépendre à la fois de la dette et des capitaux propres pour financer ses ambitions dans l’IA.