En France, une pétition en ligne réclame l’interdiction de la vente d’un roman de dark romance, accusé par de nombreux lecteurs de minimiser les violences sexuelles sur mineurs.
AVERTISSEMENT : Cet article contient des références à des violences sexuelles, à la pédophilie et à l’inceste.
La dark romance est partout en ce moment, de la résurgence de l’esthétique gothique dans la mode aux romans sulfureux qui s’arrachent en librairie.
Qu’il s’agisse de l’influence de Wednesday, du fantasme du corset remis au goût du jour par Wuthering Heights ou tout simplement de l’amour intemporel pour les résilles, la dark romance semble bien plus qu’une tendance passagère : une sorte de mouvement culturel qui embrasse à la fois la nostalgie et la rébellion, à une époque où l’audace apparaît comme un antidote possible à la complexité du monde contemporain.
On observe une montée en puissance du sous-genre littéraire de la dark romance, défini par des romances interdites et des récits centrés sur des relations transgressives à la frontière entre désir et violence. Le genre connaît un boom post-Covid grâce aux réseaux sociaux et à la communauté BookTok sur TikTok, de nombreux auteurs se tournant vers l’autoédition après le succès de leurs publications numériques.
En France, les ventes de livres s’envolent, portées par des autrices comme Sarah Rivens et sa trilogie « Captive », traduite dans dix langues.
Mais la controverse n’est jamais loin de ces romances tordues, au point que les auteurs de dark romance incluent souvent des avertissements de contenu en début d’ouvrage afin de mieux prévenir les lecteurs des sujets sensibles abordés dans leurs fictions.
Un tel avertissement n’a toutefois pas empêché les appels au boycott de l'ouvrage « Corps à coeur » ("Body to Heart"), le roman de dark romance de l’autrice française Jessie Auryann, au cœur d’une vive polémique en France.
Son roman, autoédité et publié sur Amazon avec un avertissement 18+, raconte l’histoire de Mélina, « une influenceuse érotique au passé chaotique » qui reçoit un mystérieux cadeau de l’un de ses abonnés. Elle entame une relation troublante avec Arkhan, « jeune père célibataire aussi séduisant que suspect, qui refuse de tomber sous son charme ».
« Mais Mélina obtient toujours ce qu’elle veut, et Arkhan va découvrir, à ses risques et périls, jusqu’où elle est prête à aller pour l’avoir. »
Les critiques en ligne sont au vitriol : de nombreux lecteurs fustigent un roman qui se contente, selon eux, de jouer la carte du choc gratuit, le qualifient de dégoûtant et accusent Auryann de banaliser les violences sexuelles et de glorifier la pédophilie à travers des descriptions explicites d’abus sur mineurs, y compris sur des nourrissons.
« Ce torchon est un inventaire de violences sexuelles, de maltraitances physiques et de brutalité décrit avec l’enthousiasme d’un manuel technique », peut-on lire dans un avis, tandis qu’un autre s’adresse directement à l’autrice : « Votre démarche est extrêmement malsaine. Les mots choisis pour décrire un bébé de quatre mois et un nourrisson sont d’une violence inouïe et ne participent en rien à la sensibilisation. »
Un autre lecteur écrit : « L’autrice est elle-même mère. Merci de signaler son livre et son identité aux services sociaux, car il n’est pas acceptable d’écrire un livre qui banalise ou même romantise l’inceste. »
Une pétition en ligne a été lancée, récoltant plus de 17 000 signatures. Le texte demande l’interdiction de « Corps à coeur », affirmant que le livre d’Auryann « franchit une ligne rouge éthique et juridique qui nécessite une intervention immédiate ».
Auryann, « maman au foyer de trois enfants » âgée de 39 ans et originaire des Pays de la Loire, explique dans sa biographie en ligne qu’elle écrit « des thrillers et de la dark romance pouvant frôler le pornogore », ajoutant : « Mes histoires sont construites autour de situations inconfortables et de sujets sensibles, en plongeant dans des choses que l’on préférerait ne pas découvrir. »
Elle poursuit : « Je joue avec les tabous de la société et j’aborde des choses que l’on préférerait taire. Je veux que les lecteurs se laissent happer par l’histoire et se mettent à réfléchir, à prendre position et à questionner leurs certitudes. Je n’hésite donc pas à créer des scènes dérangeantes et torturées. »
Elle s’est défendue sur les réseaux sociaux après cet appel au boycott, en déclarant : « Contrairement aux affirmations destinées à nuire à mon image, mon roman comporte des mentions claires, une note de l’autrice et des avertissements de contenu explicites dès les premières pages. »
Néanmoins, la description du livre sur Amazon ne mentionne ni la pédophilie ni le viol de mineurs.
Au moment où nous écrivons ces lignes, Amazon n’a pas encore officiellement réagi et «Corps à coeur» n’a pas été retiré de la vente. Le livre occupe toujours la cinquième place du classement des meilleures ventes d’ebooks.