« Mehrzweckeier »: les jeunes élisent un mot de l’année pour protester contre la réforme du service militaire et Friedrich Merz; insulte ou liberté d’expression ?
Depuis une semaine, les habitants d’Allemagne peuvent proposer le mot de l’année des jeunes (source en allemand). Un terme se détache déjà : « Mehrzweckeier », confirme l’éditeur Pons Langenscheidt.
« Mehrzweckeier » : de quoi s’agit-il ?
Le mot « Mehrzweckeier » est un détournement du slogan « Merz leck Eier ». Ce slogan a été utilisé lors des manifestations contre la réforme du service militaire obligatoire, qui se poursuivent depuis des mois.
L’inscription figurait sur une pancarte brandie par un lycéen de 18 ans lors d’une manifestation contre le service militaire début mars à Berlin. La pancarte a été saisie par la police.
Un incident similaire s’est produit quelques semaines plus tard lors d’une manifestation à Giessen. Le parquet de Giessen a ouvert une enquête pour « suspicion initiale de diffamation et de calomnie à l’encontre de personnes de la vie politique ».
C’est précisément cette réaction de la justice qui a indigné les internautes et popularisé le terme.
Sur Instagram, des utilisateurs publient des photos portant l’inscription « Merz leck Eier ». Un militant, qui se présente sous le nom de « sacksaftbeats », a rebaptisé plusieurs sièges de la CDU « Eierhaus » sur Google Maps. Sur la capture d’écran de sa publication Instagram, on peut lire : « 161 de tes modifications sont désormais visibles en ligne. »
Ce qui avait commencé comme une critique de la réforme du service militaire s’est transformé en critique de Friedrich Merz. Le chancelier a réagi dans un entretien au SPIEGEL : « Si vous regardez ce qui circule sur moi, la manière dont on m’attaque et dont on m’avilit – aucun chancelier avant moi n’a eu à supporter cela », déclare Merz.
Le mot « Mehrzweckeier » est désormais massivement proposé comme mot de l’année des jeunes 2026. Sur la plateforme Reddit (source en allemand), des internautes ont appelé à soumettre ce terme.
Les commentaires sous la publication vont de « erledigt » (« c’est fait ») à « I am doing my part » (« je fais ma part »).
L’Union veut durcir l’article 188
Pour y faire face, l’Union (CDU/CSU) veut désormais réformer l’article 188 du code pénal.
L’article 188 du code pénal sanctionne l’injure, la diffamation et la calomnie visant des responsables politiques.
L’article a déjà été durci en 2021 : l’infraction d’injure a été ajoutée, passible de trois ans de prison au maximum. La réforme permet de poursuivre les insultes envers des responsables politiques même sans plainte de la personne visée.
Des sanctions de plus en plus fréquentes
En raison du durcissement de la loi, les condamnations se multiplient. Dernier exemple en date : dans le Bade-Wurtemberg, un homme a dû payer l’équivalent de presque un mois de salaire net pour avoir qualifié le chancelier de « Lügenfritz » dans un commentaire sur Facebook.
Un autre citoyen a été condamné par le tribunal d’instance de Heilbronn à 20 jours-amende pour avoir traité Merz de « Lackaffe ». Après un recours, la procédure a été classée contre le paiement d’une somme d’argent.
Liberté d’expression ou injure ?
Les termes « Lügenfritz » ou « Lackaffe » relèvent-ils de l’injure ou de la liberté d’expression ? De tels propos visant des responsables politiques doivent-ils être pénalement réprimés, et les élus ont-ils besoin d’une protection plus forte que les simples citoyens ? Les responsables politiques sont loin d’être d’accord sur la réponse.
Au sein de la CDU et de la CSU, certains s’opposent au durcissement de l’article 188. Selon le SPIEGEL, le secrétaire général de la CDU, Carsten Linnemann, et le président du groupe parlementaire de l’Union, Jens Spahn, y sont notamment hostiles. Ils veulent que les insultes visant des responsables politiques ne puissent de nouveau être poursuivies que sur plainte, comme avant la réforme de 2021.
Le député écologiste Erik Marquardt plaide lui aussi pour l’abrogation de l’article 188. Selon lui, la liberté d’expression doit être préservée.
Le SPD rejette en revanche la suppression de l’article 188 du code pénal, réclamée par l’Union et l’AfD. Pour le parti social-démocrate, la protection spécifique contre les insultes et la diffamation dans la vie publique reste essentielle.
La porte-parole du groupe sur les questions juridiques, Carmen Wegge, souligne que le nombre de procédures ouvertes est passé de 2 600 en 2025 à 4 500 récemment.
Quand le mot de l’année des jeunes 2026 sera-t-il dévoilé ?
Indépendamment de ce débat, le mot « Mehrzweckeier » pourrait être choisi comme mot de l’année des jeunes 2026. Les propositions peuvent être envoyées jusqu’à la mi-juin ; fin juillet, un Top 10 sera établi. Le mot de l’année des jeunes 2026 sera annoncé à l’automne.