Troisième long-métrage de la cinéaste dano-égyptienne, "Woman Unknown" porte sur "l'invisibilité des femmes", a expliqué May el-Toukhy.
Le film "Woman Unknown" de l'Egypto-Danoise May el-Toukhy, l'une des deux seules femmes réalisatrices en compétition, a reçu samedi le Lion d'or à la 83e Mostra de Venise. Drame situé au Danemark au lendemain de l'occupation nazie, il a également valu à son actrice principale, Mathilde Arcel, le prix d'interprétation féminine.
Le film suit la jeune Marie, une domestique et nourrice qui s'apprête à épouser son riche employeur, un industriel veuf, dans l'immédiat après-guerre. Mais elle cache une ancienne relation intime avec un soldat allemand, qui menace de ruiner sa réputation.
Visiblement émue en recevant sa Coupe Volpi de la meilleure interprétation, Mathilde Arcel a expliqué qu'elle l'avait trouvé si lourd qu'elle avait décidé de le poser par terre le temps de son discours.
"C'est mon premier rôle principal au cinéma et ma première fois dans un festival de films", a-t-elle déclaré. "Je suis extrêmement honorée."
Le portrait poétique des classes sociales et du monde du travail du cinéaste sud-coréen Lee Chang-dong, "Possible Love", a remporté le Lion d’argent, le grand prix du jury qui récompense le deuxième film du palmarès. Il s'agit du premier film de Lee depuis huit ans, après ''Burning'', sorti en 2018 et très remarqué.
Une standing ovation de 25 minutes pour le documentaire "NAZA"
"NAZA", documentaire éprouvant sur les stratégies militaires mises en œuvre dans la guerre à Gaza, réalisé par les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a reçu un prix spécial du jury.
"Il est vraiment, vraiment particulièrement important pour nous que des Israéliens voient ce film", a déclaré Abraham.
Le film avait été ajouté tardivement à la compétition principale, à la demande des réalisateurs, et est également apparu tard dans le programme. Mais il n’est pas passé inaperçu : sa première projection a été suivie d’une standing ovation record d’environ 25 minutes.
Tourné de nuit pendant trois ans, dans le plus grand secret, sur les toits de Tel Aviv, "NAZA" donne la parole à 24 membres de l'appareil militaire israélien, parmi lesquels des officiers du renseignement et des soldats. Ils livrent un éclairage sur la guerre à Gaza et sur ce qu’ils décrivent comme des mises à mort systématiques de civils palestiniens.
Le jury a attribué le Lion d’argent de la mise en scène à Ilya Krzhanovsky pour son film "Dau", un projet consacré aux physiciens soviétiques qui ont construit la bombe atomique et dont la réalisation a pris plus de 20 ans.
Krzhanovsky, qui a renoncé à sa citoyenneté russe pour protester contre la guerre en Ukraine, a dédié son prix aux Ukrainiens, dont sa mère, née dans le pays.
Le jury présidé par Maggie Gyllenhaal a annoncé les lauréats lors d'une cérémonie samedi soir, au cours de laquelle John Malkovich a également reçu le prix d'interprétation masculine pour sa performance dans la comédie noire sur la CIA ''Wild Horse Nine''.
Malkovich n'était pas présent à la cérémonie, mais il a envoyé un message vidéo, expliquant qu'il tournait actuellement à Montréal.
"Je suis honoré d’avoir été choisi pour ce prix, qui a été décerné à tant d'acteurs remarquables", a déclaré Malkovich.
"Wild Horse Nine", réalisé par Martin McDonagh, a lui aussi été accueilli par une standing ovation, qui a largement dépassé les dix minutes. Cette comédie noire suit deux agents de la CIA en route vers l’île de Pâques, peu avant le coup d’État militaire de 1973 au Chili.
Les prestations des deux acteurs principaux du film, John Malkovich et Sam Rockwell, figuraient parmi les éléments qui ont particulièrement retenu l’attention lors de la première.
McDonagh avait déjà présenté deux films à la Mostra, "Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance" et "Les Banshees d'Inisherin".
Il avait déjà reçu le prix du scénario pour ces deux films, tandis que Colin Farrell avait obtenu un prix d’interprétation pour le second.
Le cinéma français récompensé
Le réalisateur français Stéphane Brizé a remporté le prix du scénario pour son drame sur l'entreprise "Un bon petit soldat".
L'autre récompense tricolore de la compétition revient à Malou Khebizi : elle a reçu le prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir pour son rôle dans "15/18" de Cédric Kahn.