Vanuatu souhaite un vote en mars sur son projet de réparations climatiques à l’ONU, mais l’administration Trump appelle les pays à s’y opposer.
Un petit État insulaire du Pacifique pousse les Nations unies à obtenir des réparations climatiques de la part des pays qui n'agissent pas sur leurs émissions. L'initiative du Vanuatu, qui doit être soumise au vote d'ici la fin mars, amène l'administration Trump à tout faire pour l'enrayer.
Dans des instructions publiées cette semaine à l'intention de toutes les ambassades et consulats américains à l'étranger, le département d'État indique qu'il « s'oppose fermement » à la proposition débattue à l'Assemblée générale de l'ONU et que son adoption « pourrait constituer une menace majeure pour l'industrie américaine ».
Les États-Unis exhortent les autres pays à réclamer le retrait du projet de résolution, qui circule parmi les 193 membres de l'Assemblée générale. Il découle d'un avis consultatif historique rendu en juillet dernier par la Cour internationale de justice (CIJ).
« Le président Trump a envoyé un message très clair : selon lui, l'ONU et de nombreux pays dans le monde se sont complètement fourvoyés, en exagérant la menace du changement climatique jusqu'à en faire le plus grand péril pour la planète », peut-on lire dans le télégramme envoyé mardi 10 février et obtenu par l'agence de presse Associated Press.
Il s'agit du dernier épisode en date des efforts de l'administration Trump pour prendre ses distances avec la lutte contre le changement climatique aux États-Unis et dans le reste du monde. La semaine dernière, le gouvernement a abrogé une conclusion scientifique qui constituait depuis longtemps le fondement central de l'action des États-Unis pour réglementer les émissions de gaz à effet de serre. Le mois dernier, Washington a également annoncé son intention de se retirer du traité onusien qui encadre les négociations internationales sur le climat.
En quoi consiste la décision de la CIJ sur le climat ?
Comme beaucoup d'États insulaires, le Vanuatu craint pour sa survie à cause du changement climatique. L'été dernier, des années de lobbying mené par le pays ont abouti à un avis consultatif historique rendu par la plus haute juridiction des Nations unies.
La Cour a jugé qu'un « environnement propre, sain et durable » constitue un droit humain et que, si les États n'adoptent pas des « mesures appropriées pour protéger le système climatique », ils peuvent se retrouver en violation du droit international.
Elle a également estimé que les pays lésés par les effets du changement climatique pourraient avoir droit à des réparations.
Tous les États membres de l'ONU, y compris les grands émetteurs de gaz à effet de serre comme les États-Unis et la Chine, sont parties à la Cour. Cet avis n'est pas juridiquement contraignant, mais il a été salué comme un tournant du droit international du climat.
Le projet de résolution affiche la détermination de traduire les conclusions de la CIJ en « actions multilatérales concrètes » et appelle tous les États et organisations régionales à respecter leurs obligations en droit international en matière de changement climatique.
Le texte prévoit notamment l'adoption de plans nationaux d'action climatique pour limiter la hausse de la température mondiale à moins de 1,5 degré Celsius, la suppression progressive des subventions à l'exploration, à la production et à l'exploitation des combustibles fossiles, ainsi que l'obligation pour les États en infraction de « fournir une réparation intégrale et rapide des dommages ». Il créerait un Registre international des dommages chargé de consigner les preuves et les demandes d'indemnisation.
« Une feuille de route concrète pour la responsabilité des États » : le Vanuatu veut un vote en mars
L'ambassadeur du Vanuatu auprès de l'ONU, Odo Tevi, qui souhaite que son État insulaire obtienne un vote sur la résolution d'ici la fin mars, souligne qu'elle permettra de faire en sorte que la clarté de la décision de la CIJ « renforce l'action climatique mondiale et la coopération multilatérale ».
Louis Charbonneau, directeur pour l'ONU de l'organisation Human Rights Watch, a appelé vendredi 13 février à soutenir le projet de résolution et déclaré que « les gouvernements doivent respecter leur obligation » de protéger les droits humains dans le monde en protégeant l'environnement.
« Les gouvernements responsables ne devraient pas se laisser intimider par ceux qui rejettent le consensus scientifique mondial et continuent de soutenir la dépendance aux combustibles fossiles nocifs », a-t-il déclaré.
Les résolutions de l'Assemblée générale ne sont pas non plus juridiquement contraignantes, mais la CIJ a rappelé que l'action face à la crise climatique constitue une obligation internationale.
« La résolution cherche à transformer l'interprétation par la CIJ de normes juridiques clés en une feuille de route concrète pour la responsabilité des États, ce qui risque de susciter une réaction politique des pays à revenu élevé à fortes émissions, réticents à reconnaître leur responsabilité historique et leur passif financier », a déclaré dans un communiqué daté du 13 février Candy Ofime, chercheuse sur la justice climatique et conseillère juridique à Amnesty International.
Les autres pays partagent-ils les inquiétudes américaines concernant le projet de résolution ?
Le télégramme du département d'État détaille des plans visant à demander aux autres pays de pousser le Vanuatu à retirer son projet – que les États-Unis jugent « encore plus problématique » que l'avis de la Cour – avant vendredi, date du début des consultations informelles.
Il affirme que d'autres puissances économiques du G7, ainsi que la Chine, l'Arabie saoudite et la Russie ont toutes indiqué à la mission américaine auprès de l'ONU qu'elles partageaient les préoccupations des États-Unis concernant certains « aspects » du projet.
« Cette résolution de l'Assemblée générale des Nations unies est un nouvel exemple de dépassement de mandat de l'ONU, qui s'inscrit dans une tendance plus large consistant à utiliser des modèles climatiques spéculatifs pour fabriquer de prétendues obligations juridiques visant à désigner des responsables et à encourager des revendications infondées, et à en déduire des obligations en matière de droits humains auxquelles les États n'ont pas souscrit », indique le télégramme, qui demande aux diplomates américains de s'en servir comme argumentaire auprès des représentants des autres pays.
De nombreux scientifiques reconnus ne cessent d'alerter sur le fait que le changement climatique est à l'origine de la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes meurtriers et coûteux, comme les inondations, les sécheresses, les incendies de forêt, les épisodes de pluies intenses et les vagues de chaleur dangereuse.