Europe: les Européens se préparent à payer plus cher pétrole et gaz, des voix pressent le G7 de taxer les géants des fossiles profitant de la guerre contre l'Iran.
Les géants des énergies fossiles sont accusés de « tirer profit » de l'escalade du conflit au Moyen-Orient, alors que les cours mondiaux du pétrole restent volatils.
Avant la guerre contre l'Iran, le Brent, référence mondiale pour les prix du pétrole, s'échangeait entre 60 et 70 dollars (52 à 60 €) le baril.
Après une légère accalmie, les prix ont de nouveau bondi au-dessus de 100 dollars le baril (environ 86,53 €) hier (12 mars), après l'attaque de trois cargos supplémentaires dans le Golfe.
Pourquoi la guerre contre l'Iran pèse-t-elle sur les prix du pétrole ?
Le détroit d'Ormuz, un passage de 38 km entre le golfe Persique et le golfe d'Oman, est l'un des goulets d'étranglement stratégiques les plus importants au monde. Environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole y transitent, soit quelque 20 millions de barils par jour.
Téhéran continue de frapper des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz et a déjà prévenu que le passage était fermé à la navigation. Si les flux ne sont pas rétablis sur cette route, les prix du pétrole pourraient rester au-dessus du seuil des 100 dollars.
Les analystes de Wood Mackenzie estiment que les producteurs du Moyen-Orient pourraient devoir augmenter leurs exportations via l'oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge, tandis que des volumes supplémentaires pourraient être acheminés vers la Méditerranée depuis l'Irak.
« Des prix plus élevés inciteront les producteurs en amont d'autres régions à maximiser leur production, en reportant des opérations de maintenance, en poussant davantage leurs installations et en accélérant l'activité », estime le cabinet. « Mais ce n'est pas un robinet qu'il suffit d'ouvrir. »
Recourir aux réserves stratégiques de pétrole est-il la solution ?
Mercredi 11 mars, des dizaines de pays, dont la plupart des États européens, ont accepté de prélever des volumes records de pétrole dans leurs réserves d'urgence afin de faire face aux pénuries et à la flambée des prix.
Les 32 membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) vont mettre sur le marché 400 millions de barils de pétrole, soit plus du double du précédent record enregistré après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie.
Cela ne représente toutefois qu'environ quatre jours de consommation mondiale. Pour Fanny Petitbon, de l'organisation environnementale [350.org](http://350.org %28source en anglais%29/), c'est comparable à « un pansement sur une plaie béante ».
« Si les pays du G7 sont sérieux lorsqu'ils disent vouloir stabiliser le marché, ils doivent cesser de protéger les profits et commencer à taxer les entreprises qui alimentent la crise climatique », affirme-t-elle.
« Les travailleurs et travailleuses ne devraient pas payer la facture pendant que les majors pétrolières considèrent la guerre au Moyen-Orient comme un billet de loterie gagnant. »
En tant que présidente du G7, la France doit, selon Petitbon, affronter « l'éléphant au milieu de la pièce » en organisant d'urgence la sortie des énergies fossiles.
« Le gouvernement français ne peut plus détourner le regard de cette réalité : nous ne pouvons pas rester dépendants du pétrole et du gaz », ajoute-t-elle.
Combien le carburant va-t-il coûter aux Européens ?
De nouvelles recherches de l'ONG Transport & Environment estiment que les Européens s'apprêtent à payer une « prime géopolitique » de 150 millions d'euros supplémentaires par jour, alors que le prix du baril dépasse les 100 dollars.
En 2022, dernière année où les cours du pétrole ont dépassé ce seuil, les Européens ont déboursé 55 milliards d'euros supplémentaires à la pompe. Dans l'ensemble de l'UE, à la mi-2022, le prix du diesel avait augmenté de 45 %, et celui de l'essence de 36 %.
Fin juin 2022, les prix de l'essence et du diesel dépassaient 2 € le litre. Autrement dit, les automobilistes payaient jusqu'à 31 € de plus pour faire le plein d'un réservoir de 50 litres qu'avant la crise.
« Les 7,7 millions de voitures électriques que compte l'Europe ont déjà réduit la consommation de pétrole du continent de 126 000 barils par jour », souligne T&E. « Aux prix des carburants de 2022, les conducteurs de véhicules électriques européens économiseraient environ 39 millions d'euros par jour. »
Une taxe sur les superprofits des énergies fossiles
Les experts du climat soutiennent depuis longtemps que les liens entre énergies fossiles et conflits plaident en faveur des énergies propres produites localement, comme le solaire et l'éolien. Ces solutions vertes restent compétitives quelles que soient les tensions géopolitiques et ne dépendent pas de points de passage stratégiques.
Pour Clémence Dubois, de 350.org, les guerres révèlent une « faille profonde » de notre système énergétique.
« Quand les prix s'envolent, les compagnies fossiles sont prêtes à engranger les bénéfices tandis que les ménages et les entreprises peinent à suivre », poursuit Dubois.
« Ce n'est pas seulement de la volatilité des marchés, c'est le résultat de gouvernements qui laissent aux compagnies fossiles le pouvoir de façonner le système énergétique et de répercuter les coûts sur tout le monde. »
Elle estime que les gouvernements du G7 doivent cesser de renforcer ce modèle par des réductions de taxes sur les énergies fossiles qui aident les dirigeants pétroliers à gonfler leurs profits.
« La bonne réponse, c'est une forte taxe sur les superprofits, dont le produit devrait être redistribué aux ménages et accélérer la transition vers des énergies propres, afin de réduire notre dépendance à ces mêmes combustibles qui alimentent à la fois le dérèglement climatique et l'instabilité mondiale », ajoute-t-elle.