Les dernières attaques iraniennes, israéliennes et états-uniennes ont entraîné l'explosion du prix du baril de pétrole et l'intensification du conflit. Sur le terrain, Israël a ordonné à son armée de se préparer à étendre ses opérations au Liban.
Les attaques contre des pétroliers et des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz se poursuivent, ce jeudi 12 mars, faisant de nouveau augmenter le prix du baril de pétrole, qui a désormais dépassé la barre symbolique des 100 dollars, soit une augmentation de 38 % par rapport à son niveau avant de le début de la guerre, le 28 février.
À 9 h 30, heure française, le prix du baril de Brent, la référence mondiale, est repassé à 96,88 dollars. Les analystes ont prévenu que le prix du baril pourrait se stabiliser entre 90 et 100 dollars pendant un certain temps.
Pour tenter de contrer cette hausse, les 32 pays membres de l'Agence internationale de l’Énergie (AIE) ont décidé de débloquer quelque 400 millions de barils dans leurs réserves stratégiques, un record, dont 172 millions en provenance des États-Unis.
"Les défis auxquels nous sommes confrontés sur le marché du pétrole sont sans précédent par leur ampleur", a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE. "Les marchés pétroliers sont mondiaux, la réponse aux perturbations majeures doit donc l'être aussi."
Les membres de l'AIE détiennent des stocks d'urgence de plus de 1,2 milliard de barils, auxquels s'ajoutent 600 millions de barils de stocks industriels détenus sous obligation gouvernementale.
Infrastructures pétrolières et réservoirs frappés
Au treizième jour de la guerre, l'Iran, qui se dit prête à une longue guerre d'usure qui "détruirait" l'économie mondiale, continue de pilonner les infrastructures pétrolières de ses voisins, malgré la résolution prise par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Téhéran a également indiqué que le détroit d'Ormuz, qui achemine un cinquième du pétrole mondial, resterait fermé à la quasi-totalité des pétroliers, jurant que pas un seul litre de pétrole ne serait exporté du Golfe tant que sa guerre avec les États-Unis et Israël se poursuivrait.
L'agence maritime britannique UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations) a indiqué, tôt ce jeudi matin dans un communiqué, qu'un "projectile inconnu" avait frappé un porte-conteneurs au large des Émirats arabes unis avant de provoquer un "petit incendie" à bord.
De son côté, le ministère de l'Intérieur du Bahreïn a dénoncé "une attaque iranienne visant des réservoirs de carburants dans une installation du gouvernorat de Muharraq".
Deux pétroliers situés au large de l'Irak ont été frappés, faisant un mort. Le port de Bassora avait également été ciblé, la veille, contraignant les autorités à arrêter les opérations de tous les terminaux pétroliers du pays. Farhan al-Fartousi, directeur général de la Société générale des ports d'Irak, a indiqué que l'attaque visait un navire dans une zone de transfert navire-à-navire du port.
Bagdad avait déjà déclaré qu'il réduisait sa production, avant que le Koweït et l'Arabie saoudite, qui a dit intercepter des drones se dirigeant vers le champ pétrolifère de Shaybah, prennent une décision similaire.
L'Iran promet de frapper des cibles économiques et technologiques
Les Gardiens de la révolution ont averti mercredi qu'ils frapperaient également "les centres économiques et les banques" liés aux intérêts américains et israéliens.
"L'ennemi nous a donné carte blanche pour cibler les centres économiques et les banques appartenant aux États-Unis et au régime sioniste", a déclaré le commandement opérationnel central de l'armée, Khatam Al-Anbiya, dans un communiqué diffusé par la télévision d'État, en réponse à des informations faisant état d'une frappe sur une banque iranienne.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a, lui, déclaré qu'"une succursale de la plus ancienne banque de mon pays a été bombardée alors qu'elle était pleine d'employés". "Nos puissantes forces armées se vengeront de ce crime", a-t-il ajouté sur X.
Plusieurs grandes entreprises internationales ont fermé ou évacué leurs bureaux dans les pays du Golfe après ces menaces. Le groupe financier américain Citi et le cabinet de conseil britannique Deloitte ont évacué leurs bureaux dans le centre financier de Dubaï, tandis que PwC, un autre cabinet de conseil britannique, a fermé ses bureaux en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Koweït.
Les États-Unis et Israël "doivent envisager la possibilité qu'ils soient engagés dans une guerre d'usure à long terme qui détruira toute l'économie américaine et l'économie mondiale", a déclaré Ali Fadavi, conseiller du commandant en chef de la Garde, à la télévision d'État.
Sur X, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a assuré que Téhéran "abandonnera toute retenue" si les États-Unis et Israël attaquent ses îles du Golfe. "Nous ferons couler le sang des envahisseurs", a-t-il assuré.
Israël et l'Iran échangent de nouvelles frappes
Ce jeudi matin, Tsahal a déclaré que plusieurs vagues de missiles, menées conjointement par Téhéran et le Hezbollah, avaient été tirées vers Jérusalem, Tel-Aviv et Haïfa, et que des défenses aériennes avaient été déployées pour les intercepter. De fortes détonations ont malgré tout été entendues dans le pays.
À deux reprises, jeudi, l'armée israélienne a exhorté les habitants des zones ciblées à se réfugier dans des abris, car elle a déclaré avoir "identifié des missiles lancés depuis l'Iran en direction du territoire de l'État d'Israël". "Les systèmes défensifs fonctionnent pour intercepter la menace", a assuré l'armée sur sa chaîne officielle Telegram à ces deux occasions.
Après la première vague de missiles tirés par l'Iran, les services d'urgence du Magen David Adom ont déclaré qu'aucune victime n'avait été signalée à la suite des tirs de missiles, bien que des ambulanciers aient été déployés pour soigner les personnes qui s'étaient effondrées sur le chemin des abris.
En réponse, Israël a déclaré mener des frappes "à grande échelle" sur Téhéran et sur un bastion du Hezbollah, à Beyrouth. Tsahal a affirmé avoir tué onze personnes dans deux frappes distinctes.
De son côté, Donald Trump a assuré que l'Iran était "virtuellement détruit". "Nous ne voulons pas partir trop tôt, n'est-ce pas ? Nous devons finir le travail ? Au cours des onze derniers jours, notre armée a pratiquement détruit l'Iran. C'est un pays difficile. Leur armée de l'air a disparu, totalement disparu. Cela a pris environ trois heures", a-t-il déclaré, mercredi.
Au Liban, plus de 630 personnes tuées par Israël
Dans le même temps, Israël continue de bombarder le Liban, qui a déclaré, ce jeudi, qu'une frappe sur le front de mer, à Beyrouth, avait fait au moins sept morts et 21 blessés, quelques heures seulement après une première frappe en plein cœur de la capitale.
L'armée israélienne a indiqué dans un message sur Telegram qu'elle avait "frappé dix structures terroristes dans la zone de Dahiyeh (au sud de Beyrouth) en l'espace de 30 minutes, y compris des quartiers généraux des services de renseignements, un quartier général de l'unité Radwan et d'autres centres de commandement".
Les médias locaux ont diffusé des images montrant de la fumée s'élevant le long de la corniche du bord de mer après la frappe dans le centre de la capitale, qui, selon l'agence de presse nationale, visait une voiture. Il s'agit de la troisième attaque au cœur de la capitale depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Et elles devraient se poursuivre. En milieu de journée, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a ordonné à l'armée de se préparer à "étendre" ses opérations au Liban.
Le Liban a été entraîné dans la guerre du Moyen-Orient la semaine passée lorsque le Hezbollah a attaqué Israël en réponse à l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors de frappes américano-israéliennes qui ont déclenché la guerre.
Israël, qui a poursuivi ses frappes au Liban avant même la guerre malgré un cessez-le-feu conclu en 2024 avec le Hezbollah, a depuis lors lancé des raids aériens à travers le Liban et envoyé des troupes terrestres dans les zones frontalières.
Mercredi en fin de journée, le président français Emmanuel Macron a appelé Israël à mettre fin à son offensive terrestre au Liban et le Hezbollah, soutenu par l'Iran, à cesser "immédiatement" ses attaques, après s'être entretenu avec le président du pays, Joseph Aoun.
Au moins 634 personnes ont été tuées au Liban depuis le début des derniers combats, a indiqué le ministère libanais de la Santé, mercredi. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué qu'au moins 759 000 personnes ont été déplacées en interne au Liban.
En Iran, les autorités ont indiqué que 1 300 personnes avaient été tuées par les frappes américaines et israéliennes. L'HCR a précise que quelque 3 millions de personnes ont été déplacés dans le pays. De son côté, Israël a signalé 12 morts, quand les États-Unis ont perdu sept soldats.