Newsletter Newsletters Events Évènements Podcasts Vidéos Africanews
Loader
Suivez-nous
Publicité

Des comptes liés à des personnes sanctionnées par l’UE toujours monétisés après les sanctions

Le drapeau de l’Union européenne dans l’atrium lors d’un sommet de l’UE au siège du Conseil européen, à Bruxelles, le lundi 17 juin 2024
Le drapeau de l’Union européenne dans l’atrium lors d’un sommet de l’UE au siège du Conseil européen, à Bruxelles, le lundi 17 juin 2024 Tous droits réservés  AP Photo/Omar Havana
Tous droits réservés AP Photo/Omar Havana
Par Estelle Nilsson-Julien & Tamsin Paternoster & Noa Schumann
Publié le
Partager Discussion
Partager Close Button
Copier/coller le lien embed de la vidéo de l'article : Copy to clipboard Lien copié

Selon l'ONG néerlandaise WHAT TO FIX, des outils de monétisation sont restés actifs sur des comptes liés à trois personnes sanctionnées par l’UE pour ingérence pro-russe.

Des comptes sur les réseaux sociaux liés à trois personnes sanctionnées par l’UE pour des activités d’ingérence étrangère pro-russes continuaient d’afficher sur leurs profils des outils de monétisation après l’imposition des sanctions, selon un rapport de l’ONG néerlandaise "WHAT TO FIX".

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

L’analyse a recensé 21 comptes liés à Nathalie Yamb, Sylvain Afoua et Justin Tagouh sur Facebook, Instagram, TikTok, YouTube et X, totalisant plus de 4 millions d’abonnés.

Yamb, Afoua et Tagouh ont été sanctionnés par l’UE en 2025 pour des activités d’ingérence étrangère pro-russes. Bruxelles accuse le trio d’avoir participé à des opérations d’influence visant des publics en Afrique et d’avoir soutenu des campagnes de manipulation de l’information favorables au Kremlin.

La Russie étend son influence en Afrique

L’une des figures les plus connues, Nathalie Yamb, est une influenceuse et commentatrice politique suisso-camerounaise suivie par plus de deux millions de personnes, selon le groupe de réflexion londonien à but non lucratif "Institute of Strategic Dialogue".

Selon l’UE, Yamb reprend la rhétorique de Moscou et affiche un soutien assumé à la Russie, avec des liens avec AFRIC, une organisation associée à des sociétés militaires privées russes.

De son côté, Justin Tagouh a fondé Afrique Média, un vaste réseau francophone de télévision et de médias numériques qui a annoncé en 2022 un partenariat avec le média d’État russe Russia Today (RT). Des chercheurs de l’African Digital Democracy Observatory indiquent qu'Afrique Média a couvert les activités du groupe Wagner et a republié des contenus de RT.

Quant à Sylvain Afoua, également connu sous le nom d’Egountchi Behanzin, il dirige la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA), une organisation activiste panafricaine dissoute par les autorités françaises en 2021.

Captures d'écran de comptes sur les réseaux sociaux associés aux personnes visées dans le rapport de "WHAT TO FIX"
Captures d'écran de comptes sur les réseaux sociaux associés aux personnes visées dans le rapport de "WHAT TO FIX" @liguededefensenoireafricaine, @Nath_Yamb, @egountchibehanzin

Ces sanctions interviennent dans un contexte de préoccupations croissantes en Europe face aux opérations d’influence de la Russie dans certaines régions d’Afrique, en particulier au Mali, où les autorités militaires ont renforcé leurs liens avec Moscou après le retrait des forces françaises en 2022.

Des mercenaires russes liés au groupe Wagner, puis à son successeur Africa Corps, ont progressivement renforcé leurs liens sécuritaires dans la région, tandis que des chercheurs ont documenté des campagnes d’information pro-russes présentant Moscou comme un allié solide et critiquant l’Occident.

Comment fonctionnent les systèmes de rémunération sur les réseaux sociaux ?

En vertu des règles de l'UE en matière de sanctions, il est illégal de mettre des fonds ou des ressources économiques à la disposition de personnes sanctionnées. Pourtant, selon les recherches de WHAT TO FIX, plusieurs comptes liés à ces trois personnalités continuaient d’afficher des fonctionnalités de monétisation bien après l’entrée en vigueur des sanctions.

Selon la directrice exécutive de WHAT TO FIX, Victoire Rio, "il existe différentes manières de gagner de l’argent en tant que créateur : il existe un certain nombre de services en dehors des plateformes et puis toute une série de services directement facilités par les plateformes elles-mêmes".

"Les plus notables sont les programmes de rémunération, via lesquels la plateforme elle-même effectue des paiements directs à ces comptes en fonction de l’engagement qu’ils génèrent", ajoute-t-elle.

Les chercheurs ont constaté, lors de vérifications menées entre janvier et avril 2026, que des options de monétisation restaient actives sur plusieurs comptes liés à ces personnalités sanctionnées, notamment Facebook Stars, les abonnements de créateurs, les abonnements TikTok et les adhésions aux chaînes YouTube (Channel Memberships).

Certaines de ces fonctionnalités ont depuis été retirées des comptes concernés. TikTok a supprimé un compte lié à Afoua après que les chercheurs ont lancé l'alerte, tandis que WHAT TO FIX a observé que YouTube avait ensuite supprimé une option d’adhésion (Channel Membership) liée à la chaîne de la "Ligue de Défense Noire Africaine".

Selon WHAT TO FIX, un compte X lié à Yamb qui semblait monétisé lors de l’étude menée en janvier ne l’était plus lors d’un second examen en avril.

Réaction des plateformes

Dans une déclaration à Euronews, YouTube a indiqué : "Google s’engage à respecter les sanctions applicables et les lois en matière de conformité commerciale, et applique les politiques correspondantes dans le cadre de nos conditions d’utilisation. Si nous constatons qu’un compte enfreint nos conditions d’utilisation, nous prenons les mesures appropriées".

The Cube, l’équipe de vérification des faits d’Euronews, a également identifié un autre compte TikTok lié à Afoua, créé après la suppression du premier, que la plateforme a rapidement supprimé après son signalement.

Selon WHAT TO FIX, ces conclusions soulèvent des questions plus larges sur la manière dont les plateformes filtrent les créateurs avant de leur donner accès aux services de monétisation.

"Il y a très peu de transparence sur la façon dont ces processus sont censés fonctionner, et a fortiori sur la manière dont ils fonctionnent réellement en pratique", souligne Victoire Rio.

La directrice de WHAT TO FIX estime également que cette question interpelle au regard du règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act), qui, à son article 34, impose aux plus grandes plateformes en ligne d’identifier et d’évaluer les risques systémiques liés à leurs services.

"Notre position est que les pratiques de monétisation des plateformes constituent un facteur de risque pour l’ensemble des risques systémiques. En vertu de l’article 34 du DSA, les plateformes devraient évaluer ce risque et mettre en place des mesures d’atténuation", a-t-elle déclaré à Euronews.

"Notre première demande, que nous portons depuis le début, c’est la transparence", conclut Victoire Rio.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion

À découvrir également

Qui sont les acteurs de la désinformation russe touchés par les dernières sanctions de l'UE ?

Des comptes liés à des personnes sanctionnées par l’UE toujours monétisés après les sanctions

Vérification des faits : l’accord UE-Mercosur permet-il l’entrée de café infesté de vers en Europe ?