Les deux dirigeants seront accompagnés de neuf ministres et d’un ensemble d’entreprises pour un forum économique.
La défense de l’Europe et les relations avec les États-Unis sont au cœur d’une série de sommets entre dirigeants européens, dont celui de jeudi à Antibes entre la France et l’Italie. Le président Emmanuel Macron y accueille la Première ministre italienne Giorgia Meloni, quelques jours seulement après le G7 qu’il a organisé à Évian.
Le sommet intergouvernemental entre les deux pays sur la Côte d’Azur est le premier depuis la signature en 2021, par Emmanuel Macron et le chef du gouvernement italien de l'époque Mario Draghi, du traité du Quirinal, par lequel l’Italie et la France entendaient renforcer leur coopération bilatérale, articulée autour de consultations régulières entre gouvernements et d’un agenda commun partagé.
Ce sommet est vu à Rome comme "un moyen d'approfondir et consolider une série de coopérations de longue date", qualifiées de "colonne vertébrale d’une relation solide".
L’Élysée a indiqué que ce sommet permettra d’approfondir la coopération franco-italienne "dans de nombreux secteurs stratégiques, en particulier la défense, l’espace, l’énergie et les infrastructures".
Contexte international
Le sommet intervient à un moment délicat sur le plan géopolitique mondial, de l’Ukraine au Moyen-Orient, en passant par les relations de l’Europe avec Donald Trump.
"L’Europe doit assumer ses responsabilités en matière de défense et de sécurité en poursuivant avec détermination le chemin engagé vers un pilier plus fort et plus solide de l’Alliance atlantique", a déclaré Giorgia Meloni après ses entretiens avec Friedrich Merz, Emmanuel Macron, Keir Starmer et Donald Tusk mercredi à Berlin.
"Les discussions d’aujourd’hui ont montré que nous sommes très unis. Nous, Européens, avons augmenté notre budget de défense, nous voulons renforcer notre capacité de dissuasion", a pour sa part affirmé Emmanuel Macron.
Parmi les principales responsabilités évoquées, figure l’Ukraine, sur laquelle la cheffe du gouvernement italien n’a pas toujours été alignée sur le président français, notamment à propos d’une possible présence militaire européenne en cas d'accord de paix, dont l’Italie s’est tenue à l’écart, y compris lors du récent G7.
Quels sont les précédents entre Meloni et Macron ?
Giorgia Meloni a indiqué, mardi, lors d’un événement organisé par La Verità, que "l’Italie et la France entendent travailler ensemble au Liban en s’appuyant sur le rôle de la mission de l’ONU", la Finul, dont le mandat arrive à expiration fin d’année.
Une entente illustrée également par leur tête-à-tête à Versailles, en marge des Jeux de Paris 2024, par leur rencontre à Rome en juin dernier et, plus récemment, par les compliments adressés par la Première ministre italienne à son hôte pour les résultats obtenus à Évian.
Mais, depuis l’élection de Giorgia Meloni à la présidence du Conseil en septembre 2022, plusieurs désaccords ont éclaté, culminant avec la confrontation sur les conclusions du G7 en Pouille, où l’Italie a refusé d’inscrire un paragraphe sur l’avortement.
Peu de convergence également sur la question migratoire, où la ligne de Giorgia Meloni sur les centres de rétention hors de l’UE a obtenu une majorité de soutiens, malgré la réticence de Paris.
Le même activisme tous azimuts d'Emmanuel Macron sur plusieurs dossiers – où Paris a davantage cherché l’appui de Berlin et de Londres que celui de Rome – a irrité Giorgia Meloni, qui, depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, tente de s’imposer comme interlocutrice privilégiée des États-Unis côté européen.
La Première ministre italienne se présente toutefois sur la Côte d’Azur, et aux autres rendez-vous, en position partiellement affaiblie. Au moment où Donald Trump a demandé une contribution plus importante au sein de l’OTAN et où l’Europe a opté pour le réarmement, Giorgia Meloni s’est retrouvée en difficulté.
Les marges budgétaires limitées ont poussé Rome à tergiverser tant sur les dépenses militaires que sur l’utilisation des près de 15 milliards d’euros de fonds Safe mis à disposition par l’UE. La décision prise, il y a deux mois, de refuser l’utilisation des bases italiennes pour attaquer l’Iran a ouvert une brèche entre Giorgia Meloni et Donald Trump, qui s’est traduite ces derniers jours par des échanges peu amènes dans les médias et sur les réseaux sociaux.
L’ordre du jour du sommet d’Antibes
Le dernier sommet bilatéral entre l’Italie et la France s’était tenu fin février 2020, quelques jours avant le confinement dû à la pandémie de Covid-19, à Naples, entre Emmanuel Macron et le Premier ministre d'alors Giuseppe Conte.
Cette fois, les deux dirigeants seront accompagnés de neuf ministres et d’un ensemble d’entreprises pour un forum économique, organisé dans la ville voisine du Cannet, dans la perspective de créer des "champions européens" de la production militaire à l’échelle du continent.
Parmi ces entreprises figurent notamment Thales et Alenia, détenues par Leonardo, qui ont créé Thales Alenia Space, ainsi qu’une possible coentreprise réunissant à nouveau le groupe français et le groupe italien, avec l’ajout d’Airbus.
Les travaux prévoient des sessions entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni et des réunions techniques entre leurs ministres – à commencer par les Affaires étrangères, la Défense et l’Économie – afin de finaliser des accords et des déclarations conjointes dans plusieurs secteurs.