Jusqu’à 42 °C, nuits tropicales, risque accru d’incendies de forêt : en Allemagne, qui protège les personnes vulnérables et l’environnement lors des fortes chaleurs ?
L’anticyclone de chaleur « Hartmut » pourrait placer une grande partie de l’Allemagne sous une cloche de chaleur ce weekend du 27 juin, avec des températures maximales pouvant atteindre localement 42 degrés.
Le record absolu de 41,2 degrés, mesuré le 25 juillet 2019 à Tönisvorst et Duisburg-Baerl, se rapprocherait alors dangereusement. Même la nuit, les températures ne descendraient plus, par endroits, sous les 20 degrés dans des villes comme Francfort. Le service météorologique allemand (DWD) parle alors de « nuit tropicale ». Une situation éprouvante, qui peut surtout s’avérer dangereuse pour les personnes âgées, les malades et les jeunes enfants.
Les climatologues avertissent depuis des années : ce type d’épisodes extrêmes survient plus souvent, plus tôt dans l’année et avec davantage d’intensité en raison du changement climatique. Le DWD émet déjà des avertissements pour des chaleurs dangereuses pour la santé. L’Office fédéral de protection de la population et d’aide en cas de catastrophe (BBK) diffuse lui aussi via l’application d’alerte NINA des informations sur les "charges thermiques extrêmes".
"Évitez la chaleur autant que possible, buvez suffisamment d’eau et gardez vos pièces fraîches", recommande l’autorité. Mais, en cas de crise, qui intervient lorsque la situation dégénère, que les forêts s’embrasent et que les communes atteignent leurs limites ?
Qui protège la population en cas d’urgence ?
En Allemagne, la protection de la population ne relève pas d’une autorité centrale, mais d’un système fédéral associant communes, Länder et État fédéral. Il fonctionne selon le principe de subsidiarité : ce n’est que lorsqu’un niveau est dépassé que le niveau supérieur prend le relais.
L’Office fédéral pour l’éducation civique décrit la protection de la population comme "un terme générique désignant l’ensemble des missions et mesures non policières et non militaires mises en œuvre par les communes, les Länder et l’État fédéral pour protéger la population contre les catastrophes, les situations d’urgence graves, les guerres et les conflits armés".
Les communes et les arrondissements constituent le niveau le plus important. Ils sont responsables de la lutte contre l’incendie, des services de secours et de l’assistance technique, coordonnés via les centres de régulation des secours. Les intervenants sont principalement les services d’incendie, généralement organisés sur la base du volontariat, et des organisations de secours comme la Croix-Rouge allemande, les Johanniter-Unfall-Hilfe ou le service de secours Malteser.
Si la situation s’aggrave, les préfets d’arrondissement ou les maires de grandes villes peuvent décréter l’état de catastrophe. L’autorité compétente prend alors la direction des opérations, installe une cellule de crise et obtient de larges prérogatives : des biens peuvent être réquisitionnés et des évacuations ordonnées.
En principe, l’État fédéral ne peut intervenir directement que lorsqu’un état d’urgence supra-régional touche plusieurs Länder.
Alerter et coordonner la réponse fédérale
L’Office fédéral de protection de la population et d’aide en cas de catastrophe (BBK), basé à Bonn, est l’autorité fédérale de référence. Il réalise des analyses de risques, alerte la population et diffuse des messages via le système modulaire d’alerte MoWaS, notamment par application, sirènes ou messages Cell Broadcast. Le BBK coordonne en outre la coopération civilo-militaire, c’est-à-dire le réseau réunissant autorités civiles, organisations de secours et Bundeswehr. Plus de 470 commandos de liaison de district et d’arrondissement ainsi que 16 commandos territoriaux de la Bundeswehr servent de points de contact permanents pour les acteurs civils.
Le fait que ces structures soient actuellement en cours d’évolution est apparu clairement juste avant la vague de chaleur actuelle : le 24 juin, l’école des sous-officiers de l’armée de l’air à Appen a renforcé sa coopération avec la protection civile du district de Pinneberg, comme l’a rapporté le magazine télévisé Tagesschau. Nouveauté : à l’avenir, le scénario inverse sera également exercé, à savoir des situations dans lesquelles la Bundeswehr dépendra des compétences de la protection civile.
La Bundeswehr, un secours en cas de détresse
Lorsque les capacités civiles sont épuisées, la Bundeswehr peut, sur demande, apporter ce que l’on appelle une « Amtshilfe », c’est-à-dire une assistance administrative. Mais toujours sous commandement civil et sans prérogatives de puissance publique. La base juridique en est l’article 35 de la Loi fondamentale. Les forces armées mettent à disposition du personnel et du matériel, mais n’assument aucune mission de police. Par le passé, leur champ d’action a varié du déneigement des toits d’hôpitaux en Bavière à l’aide à l’hébergement de réfugiés, en passant par l’assistance lors des crues.
À ce jour, le plus grand engagement intérieur de la Bundeswehr a eu lieu lors des inondations de juillet 2021 dans la vallée de l’Ahr et sur l’Erft. Jusqu’à 2 000 soldats ont participé au déblaiement des routes, à l’approvisionnement en eau potable et à l’évacuation de la boue et des décombres.
Risque d’incendie de forêt : les hélicoptères comme dernier recours
L’assistance administrative de la Bundeswehr est particulièrement visible lors des feux de forêt. Sa contribution gagne en importance à chaque été de canicule. Dès la mi-juin 2026, la Fédération allemande des sapeurs-pompiers a mis en garde contre un risque accru de feux de végétation. Dans le Brandebourg, ce risque augmente chaque jour de sécheresse supplémentaire : dès mai 2026, une zone polluée par des munitions a brûlé près de Jüterbog. La Bundeswehr était déjà intervenue sur place en 2023. Deux hélicoptères NH-90 ont largué quelque 102 000 litres d’eau en 56 rotations, contribuant ainsi à mettre fin à cette situation de sinistre majeur.
Des opérations similaires ont eu lieu en 2019 en Thuringe et en Basse-Saxe, où des hélicoptères ont été mobilisés pour combattre des feux de végétation dans des zones difficilement accessibles.
Outre ses hélicoptères bombardiers d’eau, la Bundeswehr dispose de chars de dépannage, de véhicules de déblaiement, d’unités de génie spécialisées et d’importantes capacités logistiques. Autant de ressources qui peuvent s’avérer décisives en cas de crise.
Des limites strictes : la Loi fondamentale plutôt que le droit de la police
Ce que la Bundeswehr n’a pas le droit de faire sur le territoire national : agir de manière autonome comme une force de police, patrouiller ou intervenir de sa propre initiative. La Loi fondamentale fixe ici des limites claires. Dans une décision du 20 mars 2013, la Cour constitutionnelle fédérale a précisé que l’assistance administrative devait rester "en deçà du seuil d’engagement". Autrement dit : le "potentiel de menace et d’intimidation" des forces armées ne doit pas être utilisé et le recours aux armes de guerre est exclu.
Les seuils ont volontairement été fixés très haut. "Il faut garantir que les forces armées ne soient jamais utilisées comme instrument de pouvoir en politique intérieure", explique la Cour constitutionnelle fédérale.
La mission fondamentale de la Bundeswehr reste la défense du territoire et des alliés
L’assistance administrative ne se résume pas pour la Bundeswehr à l’exécution d’une obligation. C’est ainsi que l’a formulé, en 2022, le général de corps d’armée (en retraite) Jürgen Weigt, ancien adjoint de l’inspecteur des forces de soutien, lors d’une table ronde d’experts au ministère fédéral de la Défense : une intervention dans le cadre de l’aide en cas de catastrophe « fait tout autant appel aux valeurs militaires, exige courage et esprit de sacrifice et permet de vivre la valeur militaire qu’est l’action désintéressée ».
Mais le même consensus dégagé par cette table ronde soulignait aussi à l’époque que la mission fondamentale de la Bundeswehr reste la défense du territoire et des alliés. L’aide en cas de catastrophe est importante, mais elle demeure une mission complémentaire, assurée dans la limite des capacités disponibles. Plus les épisodes de chaleur extrême, de sécheresse et les feux de végétation mettront à l’épreuve la protection civile, plus la question deviendra pressante de savoir si communes, Länder et État fédéral renforceront à ce point leur système de protection de la population qu’ils ne dépendront plus de la Bundeswehr en cas d’urgence.