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Au Portugal, Christine Lagarde dévoile la nouvelle stratégie de la BCE

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, s'adresse à la presse après une réunion du Conseil des gouverneurs à Francfort, en Allemagne
La présidente de la BCE Christine Lagarde parle aux médias après une réunion du Conseil des gouverneurs à Francfort, en Allemagne, jeudi Tous droits réservés  Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved
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Par Piero Cingari
Publié le Mis à jour
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Christine Lagarde affirme que la BCE revient à l’essentiel mais doit s’adapter à une économie mondiale plus volatile.

Christine Lagarde a profité de l'ouverture, ce lundi 29 juin, du forum annuel de la Banque centrale européenne (BCE) à Sintra, au Portugal, pour acter la fin d'une époque en matière de politique monétaire.

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Après plus de dix ans marqués par les achats d'obligations, les prêts d'urgence et la "forward guidance" (indications sur l'orientation future de la politique monétaire, NDLR), la présidente de l'institution a indiqué que la BCE peut de nouveau s'appuyer sur les taux d'intérêt comme principal instrument pour maîtriser l'inflation.

Cela ne signifie pas pour autant que la tâche est plus simple. "La politique monétaire est revenue à l'essentiel", a-t-elle déclaré, en ajoutant que le retour aux outils conventionnels "ne signifie pas un retour au même passé idéalisé".

Ce que signifie le retour aux fondamentaux

Pendant l'essentiel de ces treize dernières années, la BCE a eu recours à des instruments qu'aucun banquier central ne qualifierait de "normaux".

Elle a acheté massivement des obligations d'État, mis en place des prêts pluriannuels à faible coût pour les banques, conçu des dispositifs pour empêcher la fragmentation de la zone euro et s'est fortement appuyée sur la "forward guidance".

Lorsque l'inflation a flambé après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, elle a également engagé le cycle de resserrement le plus rapide de son histoire, en relevant ses taux par paliers de 75 points de base.

Le message de Christine Lagarde était que ces mesures extraordinaires relèvent désormais d'un autre chapitre.

Pourquoi la BCE estime que l'Europe est plus solide ?

Christine Lagarde a expliqué que ce changement traduit non seulement un environnement inflationniste différent, mais aussi une zone euro plus résiliente.

Au cours de la dernière décennie, l'Europe a renforcé la supervision bancaire, instauré de nouvelles règles de résolution pour les établissements en difficulté et créé des instruments budgétaires communs comme le Mécanisme européen de stabilité et NextGenerationEU.

Elle a aussi souligné que les anticipations d'inflation restent ancrées autour de l'objectif de 2 % de la BCE et que la transition énergétique réduit progressivement la vulnérabilité de l'Europe aux chocs de prix des combustibles fossiles.

Des pays comme le Portugal, l'Espagne ou la France produisent de plus en plus leur électricité de façon indépendante des prix du gaz naturel, rendant l'économie plus résiliente que lors des précédentes crises énergétiques.

Cette résilience, a-t-elle fait valoir, a permis à la BCE de se recentrer à nouveau sur son objectif central : la stabilité des prix.

"En rendant l'économie plus résistante aux chocs, ce cadre a réduit le besoin de réponses de politique monétaire non conventionnelles ou particulièrement musclées", a déclaré Lagarde.

Un monde plus imprévisible

Si la boîte à outils de la BCE s'est simplifiée, Christine Lagarde a laissé entendre que le monde qui l'entoure, lui, est devenu tout sauf prévisible. Les chocs actuels proviennent davantage du côté de l'offre, faisant monter les prix plutôt que pesant sur la demande.

Contrairement aux crises passées, ces événements peuvent s'emballer très vite et se retourner tout aussi rapidement, ce qui rend plus difficile d'apprécier si les pressions inflationnistes seront temporaires ou durables.

Elle a cité en exemple les droits de douane américains introduits l'an dernier.

De nombreux modèles économiques prévoyaient un affaiblissement de l'euro face au dollar. C'est pourtant l'inverse qui s'est produit, les investisseurs ayant réévalué le rôle des actifs américains dans le système financier mondial.

Dans le même temps, les gouvernements européens ont réagi en augmentant leurs dépenses de défense, compensant en partie le frein économique lié au ralentissement des échanges.

La guerre au Moyen-Orient a offert une autre illustration. Les cours du pétrole sont montés jusqu'à près de 120 dollars le baril en mars avant de retomber autour de 72 dollars après l'accord de paix provisoire conclu la semaine dernière, rappelant à quel point les perspectives d'inflation peuvent changer rapidement.

Pourquoi elle affirme que la hausse de juin n'était pas une mesure "d'assurance" ?

Christine Lagarde a également rejeté l'idée que la décision de la BCE de relever ses taux en juin n'aurait été qu'une "hausse d'assurance".

Selon elle, les responsables de la politique monétaire ont augmenté les taux parce que les données faisaient apparaître un véritable problème d'inflation, l'inflation globale comme l'inflation sous-jacente devant rester plus fortes qu'anticipé auparavant.

Les projections de la BCE ne montraient un retour de l'inflation vers l'objectif de 2 % qu'à la fin de 2027, et seulement à condition de durcir davantage la politique monétaire.

Maintenir les taux inchangés, a-t-elle soutenu, aurait laissé l'inflation au-dessus de la cible pendant toute l'année 2027 et 2028.

Plus de promesses sur les taux

Elle a été tout aussi claire sur le fait que la banque ne dit pas aux marchés ce qui va suivre. "La forward guidance n'est pas à l'ordre du jour", a-t-elle déclaré, pas plus que la certitude sur la trajectoire à venir.

À la place, elle met en avant ce qu'elle appelle la framework guidance : non pas préciser ce que la banque fera, mais expliquer comment elle prendra ses décisions.

La fonction de réaction de la BCE repose sur trois éléments : les perspectives d'inflation, les dynamiques sous-jacentes de l'inflation et l'intensité avec laquelle la politique monétaire se transmet à l'économie.

Parce que les marchés comprennent désormais cette fonction, a-t-elle indiqué, les conditions financières commencent à s'ajuster aux nouvelles données avant même que le Conseil des gouverneurs ne se réunisse.

Les taux se sont resserrés en mars, à mesure que le choc énergétique se diffusait, bien avant la décision de juin. "Les marchés ont fait le travail pour nous", a-t-elle résumé.

Ce que cela implique pour les taux d'intérêt

Le message plus large venu de Sintra est que la BCE ne veut plus que les investisseurs se livrent à des conjectures sur sa prochaine décision.

Elle veut qu'ils comprennent comment les responsables de la politique monétaire réagiront aux nouvelles données, dans un monde où la certitude est devenue rare.

Pour l'heure, puisque la hausse de juin est présentée comme solide et non comme une mesure de précaution, le critère pour la prochaine étape est simple : laisser les données trancher.

La question la plus délicate est de savoir si un monde aussi volatil offrira à la BCE des signaux suffisamment stables pour lui permettre de rester dans ce registre "basique".

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