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En Pologne, des volontaires ukrainiens fabriquent drones et filets pour soutenir leurs soldats

Soldats ukrainiens de la compagnie Cerberus de systèmes terrestres sans pilote de la 60e brigade mécanisée indépendante, partie du troisième corps d'armée.
Des soldats ukrainiens de la compagnie Cerberus de systèmes terrestres sans pilote de la 60e brigade mécanisée indépendante, du 3e corps d'armée. Tous droits réservés  AP Photo/Andrii Marienko
Tous droits réservés AP Photo/Andrii Marienko
Par Agata Todorow
Publié le Mis à jour
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En Pologne, la colère ne cesse de monter envers les quelque 1 million de réfugiés ukrainiens qui ont fui la guerre. Elle a même été exacerbée avec l'élection à la présidence du pays du nationaliste Karol Nawrocki.

Plus de quatre ans après le début de l'invasion russe, les soldats ukrainiens ont toujours besoin de drones et de filets de camouflage anti-drones. Une mission dont s'est emparé une association de bénévoles ukrainiens, "Courage Knows No Borders",installée à Varsovie, en Pologne.

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Mais ces derniers assurent que la lassitude grandissante face à la guerre rend plus difficile de convaincre les gens de s’impliquer.

"Les besoins en filets de camouflage sont énormes. Nous avons des listes d'attente. Bien qu'ils soient aussi fabriqués en Ukraine, nous recevons un nombre considérable de demandes", a déclaré, à l’AFP, Ruslana Poplawska, l’une des coordinatrices de l’association.

Le groupe se réunit chaque samedi pour tisser des filets et assembler des drones FPV sur un site situé non loin de l’ambassade de Russie à Varsovie.

Alignés les uns à côté des autres, ils passent des bandelettes de tissu vert foncé dans une grande grille de maillage. Sur le mur est accroché un drapeau signé d’un bataillon ukrainien qu’ils ont approvisionné.

Un filet anti-drones FPV recouvre la rue dans un quartier résidentiel de la ville de Kherson, située sur la ligne de front, 3 novembre 2025
Un filet anti-drones FPV recouvre la rue dans un quartier résidentiel de la ville de Kherson, située sur la ligne de front, 3 novembre 2025 AP Photo

En Ukraine, les filets sont posés sur les voitures, les routes et les équipements, dans l’espoir de les rendre invisibles face aux vagues quotidiennes de drones russes de reconnaissance et d’attaque.

Depuis le lancement du projet, en février 2023, l'association a fabriqué quelque 35 000 mètres carrés de filets, soit l’équivalent de cinq terrains de football.

Mais ces derniers temps, ils peinent à suivre. "Le bénévolat est devenu plus compliqué. Beaucoup de gens ont arrêté. Les dons sont plus difficiles à obtenir et il y a de la fatigue", déplore Ruslana Poplawska. "Au début de l’invasion à grande échelle, de nombreux Polonais venaient nous aider. Malheureusement, aujourd’hui, ils ont presque tous disparu", ajoute-t-elle.

Un intérêt qui s’estompe

Ces difficultés surviennent dans un contexte de montée des sentiments anti-ukrainiens en Pologne.

Une enquête réalisée en décembre par le centre de recherche indépendant polonais CBOS révèle que 48 % des Polonais sont favorables à l’accueil de réfugiés ukrainiens, le niveau le plus bas depuis le début de la guerre. La moitié des personnes interrogées jugent le niveau d’aide qui leur est accordé excessif.

Au début de la guerre, la Pologne a ouvert ses portes aux personnes fuyant l’invasion russe. Elle accueille encore près d’un million de réfugiés, le deuxième chiffre le plus élevé en Europe.

L'élection présidentielle de 2025, remportée par le nationaliste Karol Nawrocki, a d'ailleurs été marquée par une flambée de discours hostiles aux Ukrainiens.

Des réfugiés ukrainiens se reposent dans un centre d’accueil à Nadarzyn, 14 février 2023
Des réfugiés ukrainiens se reposent dans un centre d’accueil à Nadarzyn, 14 février 2023 AP Photo

Les tensions entre Varsovie et Kyiv ont éclaté en juin autour de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. De nouvelles règles de transport en Pologne, entrées en vigueur en mars, compliquent l’acheminement de l’aide humanitaire vers l’Ukraine.

Désormais, chaque camion est soumis à une lourde bureaucratie et à un grand nombre de formulaires à remplir, ce qui pousse de plus en plus de transporteurs à annuler leurs trajets, y compris celui utilisé par le groupe de Varsovie.

Les quelque trente membres du noyau dur de bénévoles restent néanmoins déterminés à poursuivre.

"Une vraie psychothérapie"

Olga, originaire de Kremenchuk, dans le centre de l’Ukraine, travaille comme coiffeuse six jours par semaine et consacre son seul jour de repos à l’initiative. Elle tresse les filets, mais coupe aussi gratuitement les cheveux des Ukrainiens, à condition que l’argent soit reversé à l’association.

"La fatigue ? Nos gars là-bas sont encore plus épuisés, mais ils tiennent la ligne de front. Quand on pense à ça, on vient ici et on travaille", dit-elle.

L’association, dont le logo représente un papillon sur un bouclier camouflé, "est une vraie psychothérapie", affirme la coordinatrice Natalia Kulbatska. "Ici, personne ne se sent seul", ajoute Tetiana, une retraitée originaire de Sloviansk, dans l’est, une ville qui subit des combats intenses depuis plus de dix ans.

Des secouristes éteignent un incendie dans un bâtiment détruit après une frappe russe sur Zaporijjia, 26 juin 2026
Des secouristes éteignent un incendie dans un bâtiment détruit après une frappe russe sur Zaporijjia, 26 juin 2026 AP Photo

Installée seule à Varsovie, elle décrit le groupe comme "une petite Ukraine au cœur de la Pologne".

Réunis autour d’une table encombrée de cadres métalliques, de composants électroniques et de tasses de thé, une dizaine d’hommes, de femmes et d’enfants s’affairent à différentes tâches : assembler des drones.

"Les drones sont nécessaires en permanence", souligne Wladyslaw Jentz, organisateur d’un projet qui a formé près de 40 personnes à leur fabrication. Les mains assurées, il emboîte délicatement de petites pièces.

En ukrainien manuscrit, un message est gravé sur une pièce : "Ne pas vendre".

Le groupe en a assemblé une centaine jusqu’à présent, une goutte d’eau au regard des milliers de drones utilisés chaque jour le long de l’immense ligne de front.

"C’est ma sécurité et celle de mes enfants", explique ce père de trois enfants qui vit en Pologne depuis quinze ans. "Si l’Ukraine ne tient pas, il y aura des conséquences ici."

Néanmoins, humaniste dans l’âme, il peine à accepter l’idée de fabriquer des engins destinés à tuer. "C’est difficile à accepter… Mais nous vivons à une époque où stopper l’occupant est devenu une nécessité pour protéger des vies."

Sources additionnelles • AFP

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