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Le dilemme des Ukrainiens en Allemagne : devraient-ils rentrer se battre contre la Russie ?

Des soldats ukrainiens assis dans un pick-up sur leur position en première ligne près de Bakhmout, le 16 juin 2023
Des soldats ukrainiens assis dans un pick-up sur leur position en première ligne près de Bakhmout, le 16 juin 2023 Tous droits réservés  Iryna Rybakova via AP
Tous droits réservés Iryna Rybakova via AP
Par Johanna Urbancik
Publié le Mis à jour
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Plus de 260 000 Ukrainiens en âge de combattre vivraient actuellement en Allemagne. Kyiv et Berlin veulent leur retour au front.

Exclure les hommes ukrainiens âgés de 23 à 60 ans nouvellement arrivés en Allemagne du statut de protection automatique ? Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, soutient "expressément" cette proposition de l’UE, que la Commission souhaite appliquer dans toute l’Union à la demande du gouvernement ukrainien.

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Dans un entretien accordé à l’agence de presse ukrainienne Ukrinform, l’ambassadeur ukrainien en Allemagne, Oleksii Makeiev, explique que Kyiv et Berlin discutent actuellement de mécanismes visant à inciter les hommes ukrainiens vivant en Allemagne à retourner dans leur pays.

Selon le registre central des étrangers, plus de 1,3 million d’Ukrainiennes et d’Ukrainiens se trouvent actuellement en Allemagne, la plupart étant considérés comme des réfugiés. D’après les chiffres du ministère fédéral de l’Intérieur transmis à l’agence de presse allemande dpa, on comptait, au 31 mai, 265 804 hommes âgés de 23 à 60 ans. Dans l’UE, le nombre d’hommes ukrainiens expatriés serait d’environ 1,15 million, selon les rapports.

Entre loi martiale et exil

Parmi ces hommes figure Vlad (le nom a été modifié), âgé de 26 ans. Son petit frère, qui avait quitté l’Ukraine avant le lancement de l'invasion russe, l’a appelé tôt le matin du 24 février 2022, lorsque les premières bombes sont tombées sur la capitale ukrainienne. "Ça commence, tu dois fuir", lui a-t-il dit.

Vlad a alors préparé un sac à dos et s’est rendu à la gare. Après quelques heures de train en direction de la frontière, à l’ouest du pays, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a proclamé la loi martiale.

Celle-ci prévoit que les hommes en âge de servir ne peuvent pas quitter le pays sans autorisation. Depuis août de l’année dernière, les hommes âgés de 18 à 22 ans inclus peuvent de nouveau quitter l’Ukraine. Actuellement, la restriction à la sortie ne concerne plus que les hommes de 23 à 60 ans qui ne sont pas exemptés du service militaire.

Le train de Vlad s’est arrêté à la gare suivante, et tous les hommes sont descendus. À la frontière, il a été refoulé. Il n’avait aucun document et était en âge de servir : il devait donc rester en Ukraine. "Je veux soutenir mon pays, mais je suis incapable de tenir une arme", explique le jeune homme.

Vlad souffre du syndrome de Gilles de la Tourette, qui s’est aggravé avec le stress. Avec l’aide d’une organisation caritative, il a consulté un médecin qui, en raison de sa maladie, lui a délivré une exemption du service militaire.

Après plusieurs semaines d’attente supplémentaires, Vlad a finalement réussi à franchir la frontière et a pris la direction de Berlin. Mais la capitale allemande était pour lui trop proche de l’Ukraine et de la guerre ; il voulait s’éloigner le plus possible de la Russie. Après un court séjour, il est donc parti pour le Canada, où il vit toujours.

Les hommes ukrainiens peuvent-ils demander l’asile ?

Interrogé par Euronews, Christoph Sander, porte-parole de l’Office fédéral pour la migration et les réfugiés (BAMF), explique que les demandes d’asile de ressortissants ukrainiens continuent d’être examinées au cas par cas. Les motifs de fuite exposés individuellement et le risque encouru en cas de retour dans le pays sont toujours déterminants.

Le BAMF renvoie à la situation juridique générale découlant de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés et de la directive européenne sur les qualifications, tout en soulignant que le droit à une protection est systématiquement tranché au cas par cas.

"Cela vaut aussi pour les déserteurs ou objecteurs de conscience qui ne veulent pas participer à la guerre", explique Christoph Sander. "Une crainte fondée de persécution peut également exister lorsqu’une personne refuse de prendre part à un conflit armé qui viole le droit international".

"Dans de tels cas, on peut retenir une persécution pour opinion politique (art. 1 A, n° 2 GFK) ou une persécution en raison de l’appartenance à un certain groupe social (par exemple les déserteurs). Cependant, une protection n’est accordée que lorsqu’il existe aussi une crainte individuelle et fondée de persécution. Là encore, l’examen au cas par cas est déterminant", ajoute-t-il.

Friedrich Merz demande à Kyiv de "veiller à ce que ces jeunes hommes restent" en Ukraine

Dès novembre de l’année dernière, le chancelier allemand, Friedrich Merz, a réclamé que les hommes ukrainiens restent en Ukraine. Après un entretien téléphonique avec Zelensky, il a expliqué lui avoir demandé "de veiller à ce que ces jeunes hommes restent dans le pays, car ils sont nécessaires là-bas et non en Allemagne".

Outre la défense contre la Russie, des responsables du parti du chancelier exigent également que les hommes ukrainiens en âge de servir soient exclus de la garantie de subsistance – appelée à l’époque Bürgergeld.

En réponse à une question de l’AfD en janvier 2024, le gouvernement fédéral de coalition d’alors a indiqué, sur la base des statistiques de l’Agence fédérale pour l’emploi, qu'environ 132 000 hommes ukrainiens entre 18 et 60 ans bénéficiaient du régime de prestations de base en Allemagne.

Dmytro (nom modifié) confie à Euronews qu’il "comprend les contribuables allemands", tout en affirmant que de nombreux Européens refuseraient de prendre les armes dans une telle situation.

"Bien sûr, les gens devraient défendre leur pays, mais si l’on regarde les enquêtes d’opinion menées dans toute l’Europe et qu’on demande aux citoyens s’ils seraient prêts, personnellement, à défendre leur pays, beaucoup répondraient par la négative", déclare-t-il.

Selon un sondage régulier de l’institut polonais de recherche d’opinion CBOS, environ 40 à 50 % des Polonais déclarent qu’ils défendraient leur pays les armes à la main en cas de conflit.

En revanche, d’après une enquête réalisée l’année dernière pour le RedaktionsNetzwerk Deutschland, les Allemands ne sont que 16 % à affirmer qu’ils prendraient "certainement" les armes, 59 % disant qu’ils ne le feraient "probablement" ou "certainement pas".

"La guerre ne choisit pas qui meurt en premier"

Lorsque l'invasion russe a commencé en février 2022, Dmytro a décidé de rejoindre l’un des groupes locaux de défense volontaire formés dans les premiers jours de la guerre.

Un an et demi plus tard, en juillet 2023, il a finalement été mobilisé. Ses principales tâches au sein de l’armée concernaient la logistique, même s’il a aussi été déployé plus près de la ligne de front.

"Heureusement, je ne me suis jamais trouvé directement sur la ligne de front. Je n’ai jamais vu de mes propres yeux de corps mutilés ou des camarades tombés. Mais lors de certaines de mes gardes, je suivais sur des écrans de surveillance des attaques contre nos positions", raconte-t-il.

"Je me souviens avoir entendu par radio que nous déplorions un mort et un blessé. L’un des premiers hommes de notre unité à être tué avait 35 ans, était en bonne forme physique et a laissé derrière lui une femme et des enfants – alors que la plupart des soldats de notre unité avaient plus de 45 ans. La guerre ne choisit pas qui meurt en premier".

"Début juillet 2025, j’ai quitté mon unité sans autorisation, et fin juillet j’étais déjà en Allemagne. Est-ce que je songe à retourner au service militaire ? Même après presque onze mois en Allemagne, je me demande sans cesse si je suis vraiment là où je devrais être", confie Dmytro.

Ukraine : chaque soldat compte

Selon une étude récente du Center for Strategic and International Studies (CSIS), le nombre total de victimes de la guerre aurait dépassé les deux millions. Côté ukrainien, le CSIS estime entre 525 000 et 625 000 victimes, dont 125 000 à 150 000 morts. Côté russe, ce chiffre serait d’environ 1,4 million. Ni la Russie ni l’Ukraine ne publient de bilans officiels, mais les estimations du CSIS concordent largement avec d’autres évaluations.

Pour se défendre contre la guerre d’agression menée par la Russie, les forces armées de Kyiv ont besoin en permanence de nouvelles recrues. L’armée ukrainienne est certes considérée comme l’une des plus importantes d’Europe, avec un effectif estimé entre 677 000 et 900 000 soldats, mais, selon le commandant en chef ukrainien, Oleksandr Syrsky, environ 721 300 soldats russes se trouvent actuellement sur le territoire ukrainien.

Le nombre de volontaires diminue, les unités de première ligne sont en sous-effectif et la mobilisation se heurte à une résistance sociale croissante. La mobilisation en Ukraine continue de s’effectuer par l’intermédiaire des centres territoriaux de recrutement et de soutien social (TCC), ce qui signifie que les hommes soumis au service militaire obligatoire, âgés de 25 à 60 ans, peuvent en principe être appelés à tout moment, sauf s’ils bénéficient d’une exemption ou d’un report.

Parmi les méthodes utilisées figurent notamment les "patrouilles de conscription", qui contrôlent les documents des hommes dans la rue et peuvent les conduire ensuite dans un bureau de recrutement.

Des vidéos apparaissent cependant régulièrement, montrant supposément des hommes retenus sur la voie publique par des employés des bureaux de recrutement, puis embarqués dans des véhicules. La mission de surveillance des droits humains de l’ONU en Ukraine a documenté, dans le cadre de la mobilisation, des violations des droits humains, notamment des arrestations arbitraires, un recours disproportionné à la force, des mauvais traitements et des décès dans des centres de recrutement.

Ces scènes suscitent des critiques à la fois en dehors et à l’intérieur de l’Ukraine. Selon un article du Financial Times, Syrsky a promis davantage de transparence et des sanctions pour les fonctionnaires impliqués dans des cas où des hommes ont été incorporés illégalement dans l’armée.

Pour lutter contre la pénurie de recrues, le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov, a présenté une réforme militaire qui doit constituer une "transformation" des forces armées. Elle prévoit de développer le marché du recrutement de combattants étrangers afin de renforcer les unités de combat et de protéger la vie des soldats ukrainiens.

"Notre objectif est que 30 à 50 % des postes dans les unités d’assaut et d’infanterie soient occupés par des étrangers", a écrit le commandant en chef dans un message sur Telegram.

En février de cette année, le ministère ukrainien de la Défense indiquait que des volontaires de quelque 75 pays avaient rejoint les forces armées ukrainiennes.

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