Les dirigeants européens ont mis en avant la forte hausse de leurs dépenses de défense, lors du sommet de l'Alliance à Ankara.
Le président américain Donald Trump a soudainement adopté un ton chaleureux envers les alliés de l'OTAN, au moment où ils bouclaient un sommet clé mercredi, après les avoir plus tôt étrillés pour leur réaction à sa guerre contre l'Iran.
Ce revirement soudain, en l'espace de quelques heures seulement, de l'antagonisme à l'affection, illustre l'éventail d'émotions affichées par l'imprévisible président américain.
"C'était incroyable, vraiment. L'unité dans cette salle était incroyable, il y avait une véritable affection, c'était en quelque sorte assez fou", a déclaré Donald Trump aux journalistes après la réunion à huis clos des 32 dirigeants lors du sommet de l'OTAN dans la capitale turque, Ankara.
"Ce sommet a été un immense succès."
À huis clos, Donald Trump a rassuré ses homologues en affirmant qu'il souhaitait que les États-Unis restent au sein de l'Alliance, déclarant : "Nous voulons rester avec vous", a indiqué à l'Agence France-Presse (AFP) une source présente à la séance.
Ce changement de ton se reflète dans la déclaration finale, dans laquelle les dirigeants de l'OTAN réaffirment leur "engagement indéfectible" envers la clause d'assistance mutuelle inscrite dans l'article 5 du traité de l'Alliance.
Les dirigeants européens ont mis en avant la forte hausse de leurs dépenses de défense, lors du sommet, pour convaincre Donald Trump qu'ils tiennent leur promesse d'augmenter les budgets et de prendre davantage en main leur propre sécurité.
"Je rentre en Allemagne avec le sentiment que nous avons apporté une contribution majeure : que l'OTAN tient bon, qu'elle devient plus forte et qu'elle devient plus européenne", a déclaré le chancelier allemand Frederich Merz.
Mais la journée n'avait pas bien commencé : juste avant la séance, Donald Trump s'était emporté contre le refus des alliés de l'OTAN de soutenir sa campagne contre l'Iran, menaçant de réduire les échanges commerciaux avec l'Espagne et réaffirmant qu'il souhaitait toujours le territoire du Groenland, appartenant au Danemark, membre de l'OTAN.
"Je suis très fâché contre l'OTAN… à cause de ce qu'ils ont fait avec le Groenland, et… parce qu'ils n'ont pas voulu nous aider face au principal État soutien du terrorisme, à savoir l'Iran", a-t-il lancé.
Beaucoup d'aboiements, peu de morsures
Mais une fois confronté directement aux dirigeants, à huis clos, son ton a changé de manière spectaculaire, selon la source présente aux discussions.
"Il y a un fort contraste entre ce que Trump dit en public et ce qu'il dit réellement à l'intérieur", a-t-il confié à l'AFP.
Et il n'a plus évoqué ni l'Espagne ni le Groenland.
Par la suite, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a assuré que les relations avec Washington étaient "très positives".
Le Premier ministre estonien Kristen Michal a affirmé que Donald Trump avait modéré son ton au cours de la séance, expliquant à l'AFP qu'il avait délivré "une sorte de message constructif… selon lequel l'Europe doit se mobiliser, investir davantage dans la défense".
"L'ambiance était donc plutôt bonne, avec des messages globalement constructifs", a-t-il résumé.
Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Kestutis Budrys, a estimé que les éclats de Donald Trump ne devaient pas nécessairement être interprétés comme le signe d'un éclatement de l'Alliance.
"Je n'y vois pas un indice que nous affaiblissons d'une manière ou d'une autre l'OTAN, ni que le lien transatlantique n'existe plus", a-t-il déclaré à l'AFP. "Je pense que nous devrions moins dramatiser les choses."
Coup de pouce pour l'Ukraine
Les efforts au point mort pour mettre fin à la guerre en Ukraine étaient également de retour à l'ordre du jour, Donald Trump promettant d'accorder à Kyiv "le droit de fabriquer" des missiles de défense aérienne Patriot lorsqu'il est entré en entretien avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en marge du sommet.
"Nous allons vous donner une licence pour fabriquer des Patriot. C'est plutôt cool, non ?", a lancé le président américain à son homologue ukrainien, dont les forces peinent à abattre les missiles balistiques russes alors que les stocks de précieux intercepteurs Patriot fabriqués aux États-Unis s'amenuisent.
Malgré les bombardements intenses menés par Moscou ces derniers jours, Kyiv semble être en train de renverser la tendance en stabilisant la ligne de front et en menant des frappes en profondeur sur le territoire russe, des frappes qui, selon Donald Trump, pourraient contribuer à mettre fin à la guerre.
"C'est une escalade, mais c'est aussi une escalade qui peut contribuer à aboutir à une issue", a-t-il ajouté, réaffirmant sa conviction que Volodymyr Zelensky comme le président russe Vladimir Poutine veulent trouver un accord pour mettre fin aux combats.
La déclaration finale de l'OTAN prévoit également que l'Europe et le Canada maintiendront leur soutien militaire à l'Ukraine à hauteur de 70 milliards d'euros par an en 2026 comme en 2027.
Avant de quitter Ankara, Donald Trump s'est entretenu avec le président syrien Ahmed al-Charaa.
"Beaucoup plus forte"
Soucieux d'éviter une nouvelle confrontation avec Donald Trump, les alliés de l'OTAN ont dévoilé mardi des contrats d'armement de plusieurs dizaines de milliards d'euros, censés prouver qu'ils avancent dans leurs efforts pour alléger la charge qui pèse sur les États-Unis dans la protection de l'Europe.
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a assuré que l'Alliance ressortait plus forte du sommet en Turquie, malgré les divergences.
"J'ai toujours pensé que les familles où l'on se parle parfois à cœur ouvert et où l'on se dispute un peu sont bien plus solides", a-t-il conclu.