Fausses informations et vidéos générées par l'IA à caractère raciste ont largement circulé pendant le Mondial, parallèlement à de véritables expressions de racisme et de xénophobie.
Les quarts de finale de la Coupe du monde de la FIFA commencent et, à mesure que la pression monte pour les équipes encore en lice, la désinformation autour du tournoi s'intensifie.
Images générées par l'IA, affirmations mensongères et faux reportages se sont multipliés en ligne ces deux dernières semaines, souvent accompagnés de sous-entendus racistes visant des équipes européennes déjà éliminées de la compétition.
Ainsi, une vidéo publiée sur TikTok prétend montrer le sélectionneur des Pays-Bas, Ronald Koeman, tenant des propos racistes après l'élimination de son équipe aux tirs au but face au Maroc, le 30 juin.
Le clip a cumulé plus de trois millions de vues et des dizaines de milliers de partages et de mentions "J’aime". Il a pourtant été publié par un compte qui se présente explicitement comme un « compte de football IA ». La vidéo comporte d’ailleurs un bandeau précisant qu’elle a été générée artificiellement.
D’autres publications ont par ailleurs affirmé que des supporters allemands avaient lancé une pétition réclamant l’exclusion des joueurs africains et musulmans de l’équipe nationale après l’élimination de l’Allemagne par le Paraguay, le 29 juin, là encore aux tirs au but.
Ces messages citent le média allemand Deutsche Welle comme source et ciblent tout particulièrement Jonathan Tah, le défenseur central qui a manqué le penalty décisif entraînant l’élimination de l’Allemagne.
Or, rien ne permet d’établir l’existence d’une telle pétition, qui n’apparaît nulle part sur les plateformes de Deutsche Welle.
Ces intox exploitant les tensions autour de la Coupe du monde s’ajoutent toutefois à de véritables incidents racistes, largement condamnés.
Le plus retentissant est sans doute l’échange entre la star du football français Kylian Mbappé et la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla.
Cette dernière a provoqué un tollé en publiant sur X une violente charge contre Mbappé après la victoire de la France face au Paraguay, le 4 juillet.
Elle a faussement affirmé qu’il était un "Camerounais colonisé, qui fait semblant d'être Français". Mbappé lui a répondu qu’Amarilla était une "femme méprisable" qui ne représentait pas le Paraguay.
Le ministère paraguayen des Affaires étrangères a lui-même indiqué sur X qu’il rejetait les déclarations de Celeste Amarilla et réaffirmait son engagement en faveur des droits humains ainsi que de la lutte contre le racisme et les discriminations.
La sénatrice a ensuite publié une lettre ouverte adressée à Kylian Mbappé, dans laquelle elle maintient en partie ses attaques contre le joueur tout en regrettant les insultes qu’elle lui a adressées et en affirmant avoir supprimé sa publication. Or, au moment de la publication de cet article, le message était toujours visible sur son compte X.
Elle explique avoir été mise en colère par "son arrogance et son mépris" et s’être sentie blessée par son "refus de serrer la main de notre gardien" à l’issue de la rencontre tendue entre la France et le Paraguay, remportée 1-0 par les Bleus.
Le match a été marqué par plusieurs polémiques, entre tacles rugueux, échauffourées et tentative apparente de joueurs paraguayens d’endommager le point de penalty avant que Mbappé n’inscrive le but de la victoire. Sur les réseaux sociaux comme parmi les commentateurs, le style de jeu du Paraguay a été qualifié de "sale" et d’antisportif.
D’autres acteurs sont également intervenus dans cette passe d’armes. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a qualifié sur X les propos de la sénatrice de "méprisables" et "malheureusement pas isolés".
Le Real Madrid, club de Mbappé, a de son côté exprimé sa "plus ferme condamnation de propos racistes et xénophobes déplorables".
Le président Emmanuel Macron a lui aussi apporté son soutien à l’attaquant, en mettant en avant les valeurs de "dignité, de respect et de fraternité" face au racisme.
Le parquet français a depuis ouvert une enquête pour injure publique aggravée et provocation à la haine ou à la violence, après que le pôle national de lutte contre la haine en ligne a été saisi d’une plainte de la Fédération française de football.