Loader
Suivez-nous
Publicité

Après l'afflux record de migrants à Ceuta, l’Europe s'alarme et se divise

Ceuta : des soldats espagnols bloquent l'accès à la plage aux personnes arrivant du Maroc, vendredi 31 juillet 2026.
Des soldats de l'armée espagnole bloquent l'accès à la plage aux personnes qui traversent du Maroc vers l'enclave espagnole de Ceuta, vendredi 31 juillet 2026. Tous droits réservés  The Associated Press. All rights reserved.
Tous droits réservés The Associated Press. All rights reserved.
Par Gael Camba & AFP
Publié le
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google
Partager Close Button

"Nous ne céderons pas d’un millimètre", "échec des politiques migratoires de l'UE", "démagogie" : la crise migratoire à Ceuta provoque de vives réactions au sein de l'Union européenne. Alors que certains appellent à écarter l'Espagne de l'espace Schengen, d'autres dénoncent une "instrumentalisation"

L’Italie a déclenché une vive polémique en demandant l’exclusion de l’Espagne de l’espace de libre circulation Schengen, après que l’enclave espagnole de Ceuta, située en Afrique du Nord, a été confrontée cette semaine à l’arrivée de plus de 60 000 migrants.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Cette crise représente la plus importante vague d’arrivées irrégulières jamais enregistrée en une seule journée sur le territoire de l’Union européenne. Malgré la localisation de Ceuta sur le continent africain, la situation suscite de fortes inquiétudes au sein des gouvernements européens.

La Première ministre italienne Giorgia Meloni a déclaré jeudi que des contrôles aux frontières devraient être rétablis pour les vols et les arrivées par bateau en provenance d’Espagne, jugeant "choquantes" les images montrant l’arrivée des migrants à Ceuta et appelant à la mise en œuvre de "mesures extraordinaires".

Madrid a dénoncé une posture "démagogique" de la part de Rome et convoqué l’ambassadeur italien en Espagne afin de lui transmettre une protestation officielle.

La Finlande et le Danemark ont soutenu la demande italienne, tandis que la France, le Portugal et l’Allemagne ont adopté une position plus prudente, appelant à renforcer la "protection des frontières de l’Union européenne".

"Suspension de la coopération"

"Sur l’immigration illégale, nous ne reculerons pas d’un millimètre : défendre les frontières, lutter contre les trafiquants d’êtres humains et garantir des expulsions efficaces resteront les priorités de ce gouvernement", a écrit Giorgia Meloni sur X.

"Il va de soi que l'UE doit immédiatement prendre toutes les mesures nécessaires et envisager toutes les options, y compris une suspension de la coopération dans ld cadre de Schengen", a déclaré la Première ministre danoise Mette Frederiksen.

"Les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen", a déclaré la ministre finlandaise de l'Intérieur, Mari Rantanen.

Vives réactions à droite

"Les images en provenance de Ceuta montrent à quel point la décision du gouvernement de Madrid d'accorder la citoyenneté espagnole, et donc européenne, à plus de 500 000 immigrés en situation irrégulière est profondément erronée et encourage la traite d'êtres humains", a écrit sur X le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani.

L'appel a également été relayé par des figures de premier plan de la droite modérée à travers l'Europe.

"Situation effrayante à la frontière espagnole. Les images dévastatrices sont la conséquence directe de l'effet d'appel créé par les régularisations massives, doublé de l'instrumentalisation de la migration illégale", a écrit sur X Manfred Weber, le dirigeant allemand du Parti populaire européen (PPE) de centre droit.

L'Allemagne est probablement la destination de la plupart de ces migrants.
Alice Weidel
Dirigeante du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne

"Les autorités espagnoles ont recensé jusqu'à présent 50 000 franchissements illégaux de la frontière à Ceuta, l'Allemagne étant probablement la destination de la plupart de ces migrants", a écrit sur X Alice Weidel, dirigeante du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne. "L'Allemagne doit se préparer : les frontières doivent être sécurisées et les refoulements appliqués avec rigueur."

Jordan Bardella, leader de la droite radicale en France et président du groupe des "Patriots pour l'Europe" au Parlement européen, a envoyé vendredi une lettre, consultée par Euronews, demandant à la présidente Roberta Metsola "d'organiser un débat d'urgence sur les événements de Ceuta et sur l'échec des politiques migratoires de l'Union européenne".

"La position de l'Italie est indigne"

Pour les responsables de gauche en Espagne et ailleurs, ces attaques sont opportunistes. Selon eux, la crise de Ceuta offre simplement aux détracteurs un prétexte pour s'en prendre aux migrants et les présenter comme une menace.

"En Europe, les positions de droite l'ont emporté lorsqu'il s'agit de présenter les migrants comme une menace", a déclaré le député européen social-démocrate espagnol Juan Fernando López Aguilar, ancien ministre de la Justice sous le gouvernement Zapatero.

C'est la pire forme de propagande de droite.
Cecilia Strada
Députée européenne italienne social-démocrate

"La position de l'Italie est indigne d'un partenaire européen", a déclaré sur X le député européen social-démocrate espagnol Javi Lopez. "Lorsque la migration est instrumentalisée, l'Europe répond par la solidarité, pas par l'égoïsme. Après plus de 700 000 arrivées en provenance de Libye, l'Italie a bénéficié du soutien européen, pas de leçons de morale. La solidarité ne va pas que dans un seul sens."

"C'est la pire forme de propagande de droite", a déclaré à Euronews la députée européenne italienne Cecilia Strada, membre du groupe social-démocrate. "Face à une urgence humanitaire avec des dizaines de morts et un nombre inconnu de disparus, on s'attendrait à de la solidarité européenne plutôt qu'à des attaques instrumentales visant à engranger des bénéfices politiques."

Réactions plus mesurées en France et en Allemagne

D'autres pays ont choisi de ne pas réclamer la suspension de l'Espagne de la zone de libre circulation de l'UE. La France a renforcé ses contrôles à la frontière avec l'Espagne, tout en rappelant que Ceuta bénéficie d'un statut particulier.

"Ceuta ne bénéficie pas de la libre circulation vers le reste de l’espace Schengen", a rappelé le président français Emmanuel Macron. "J’ai toutefois demandé dès hier au Ministre de l’Intérieur de renforcer les contrôles à notre frontière avec l’Espagne si cela devait être nécessaire : 4 unités de forces mobiles, des avions et des drones sont déployés."

Une source diplomatique française indique également que "la France suit avec attention la situation à Ceuta [...] et continuera à se coordonner avec l'ensemble de ses partenaires européens, au premier rang desquels l'Espagne, à laquelle elle exprime son soutien".

Ceuta ne bénéficie pas de la libre circulation vers le reste de l'espace Schengen.
Emmanuel Macron
Président français

Le chancelier allemand Friedrich Merz a réagi vendredi à la crise en appelant à la mise en œuvre "sans délai" du règlement européen sur le retour.

"La protection des frontières extérieures de l'UE est essentielle pour lutter contre la migration illégale", a déclaré le chancelier allemand sur X. "Je soutiens l'intention de l'Espagne de ne pas laisser les migrants en situation irrégulière accéder au continent européen."

Le gouvernement portugais a réaffirmé que "l'intégrité du système Schengen dépend d'un contrôle strict des frontières et d'une lutte résolue contre toutes les formes d'immigration illégale", sans demander que l'Espagne soit temporairement exclue de l'espace Schengen.

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères a également réagi en mettant en cause le Maroc, déclarant : "Nous comptons sur l'Espagne pour prendre les mesures nécessaires afin de protéger les frontières extérieures de l'UE et sur le Maroc pour agir lui aussi en ce sens."

L'UE rejette la demande de l'Italie

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié les scènes observées à Ceuta d'"inacceptables", et son équipe exécutive est en contact avec l'Espagne et le Maroc.

Un responsable européen a indiqué que l'UE comprenait que "certains gouvernements soient préoccupés", tout en soulignant que la priorité était de "sécuriser nos frontières extérieures" et en rejetant la demande italienne de suspendre l'Espagne de l'espace de libre circulation Schengen.

Bruxelles a également relevé que la crise actuelle concerne l'enclave de Ceuta, située sur le continent africain, et que des contrôles supplémentaires sont nécessaires pour entrer sur le continent européen, où aucun mouvement n'a été détecté jusqu'à présent.

"Ce n'est pas comme s'ils débarquaient en Espagne pour ensuite passer en France", a ajouté ce responsable, qui a requis l'anonymat pour pouvoir s'exprimer librement.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google

À découvrir également

Des frappes de missiles balistiques russes sur Kyiv font neuf morts et plus de 30 blessés

Temu accusé d’entraver une inspection de l’UE en Irlande

L'Italie suspend Schengen avec l'Espagne : frontières aériennes et maritimes fermées