Une lettre signée par 122 eurodéputés de tous bords demande de rouvrir le débat controversé sur les avoirs immobilisés, alors que l'Ukraine fait face à une crise budgétaire.
Plus de 100 députés européens ont appelé les dirigeants de l’Union européenne à rouvrir les discussions sur l’utilisation des avoirs russes gelés pour soutenir l’Ukraine, alors que Kiev signale un déficit de 23 milliards d’euros dans le financement de la défense et que les pays de l’UE restent réticents à mobiliser davantage de moyens issus de leurs budgets nationaux.
Une lettre envoyée mercredi et consultée par Euronews affirme que Moscou doit payer pour les dégâts causés par sa guerre et soutient une nouvelle initiative lancée par quatre pays de l’UE fin août pour débloquer ces avoirs immobilisés.
L’UE détient plus de 200 milliards d’euros d’avoirs russes, dont la majeure partie en Belgique. La Commission européenne a présenté en décembre dernier un plan visant à les transformer en un prêt sans intérêt destiné à financer la défense de l’Ukraine face à l’invasion à grande échelle menée par Moscou.
Mais les pays de l’UE ne sont pas parvenus à un accord pour débloquer ces fonds, en raison de craintes liées aux risques juridiques, et le projet a été abandonné lors d’un sommet des dirigeants à Bruxelles.
Plus tôt cette année, le bloc a donné son feu vert définitif à un prêt de soutien de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine. Les députés européens préviennent toutefois que cela ne suffira pas, le coût estimé des destructions causées par la Russie dépassant déjà les 600 milliards d’euros.
Des élus du Parti populaire européen, de Renew Europe, des Socialistes et démocrates, des Verts/ALE, des Conservateurs et réformistes européens et de La Gauche ont signé la lettre, à l’initiative des eurodéputés libéraux Karin Karlsbro, Nathalie Loiseau et Petras Auštrevičius.
Elle est adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, à la cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas, au commissaire à l’Économie Valdis Dombrovskis, au président du Conseil européen António Costa et au Taoiseach irlandais Micheál Martin, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne.
Les signataires exhortent la Commission européenne à présenter une nouvelle proposition pour surmonter les objections de certains États membres, en particulier la Belgique, qui s’est opposée au plan dès le départ.
Le gouvernement belge dirigé par le Premier ministre Bart De Wever craignait de se retrouver exposé à des recours en justice de la part de la Russie, la Belgique abritant Euroclear, principal dépositaire de ces avoirs. D’autres pays, dont l’Italie, la Bulgarie et Malte, ont également exprimé leurs inquiétudes.
La lettre des eurodéputés propose de transférer ces avoirs vers un nouvel instrument de l’UE qui reprendrait les obligations juridiques vis-à-vis de la banque centrale de Russie. Cela permettrait d’apporter un soutien financier à l’Ukraine tout en maintenant la pression économique sur Moscou.
La lettre affirme que "la Russie doit assumer les conséquences financières de sa guerre d’agression", un message politique sans détour partagé par la plupart des groupes du Parlement.