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Le tourisme frappé par les craintes de guerre : sept pays de l’UE demandent des aides de Bruxelles

Des personnes visitent le tripoint où se rencontrent les frontières de la Pologne, de la Lituanie et de l'oblast russe de Kaliningrad, à Zerdziny, Pologne, le 7 juillet 2022.
Des visiteurs se rendent au tripoint des frontières Pologne-Lituanie-Kaliningrad à Zerdziny, en Pologne, le 7 juillet 2022. Tous droits réservés  AP
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Par Angela Skujins
Publié le
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Sept pays européens situés en première ligne souhaitent que le prochain budget à long terme de l'Union européenne aide leurs hôtels, leurs entreprises et leurs exploitants à faire face aux répercussions de la crise sécuritaire qui touche l'Europe — et à leur proximité avec celle-ci.

Un groupe de sept pays de première ligne de l’UE réclame que des fonds soient prélevés sur le projet de cadre financier pluriannuel (CFP) de 2 000 milliards d’euros du bloc pour soutenir leurs secteurs touristiques dans les régions pénalisées par leur proximité avec la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine.

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Dans une lettre adressée aux commissaires européens chargés du tourisme et de la cohésion, Apostolos Tzitzikostas et Raffaele Fitto, les ministres du Tourisme et des Finances de la Bulgarie, de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Pologne, de la Roumanie et de la Slovaquie décrivent comment leurs secteurs touristiques ont été touchés par des "évolutions géopolitiques et des préoccupations sécuritaires" liées à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, entre autres facteurs.

"Les flux touristiques ont nettement diminué dans la plupart de ces régions", peut-on lire dans la lettre.

"En outre, les petites et moyennes entreprises (PME) sont confrontées à une baisse de la confiance des investisseurs, à une incertitude opérationnelle accrue et à un accès limité au financement, à un moment où les revenus saisonniers sont essentiels à leur viabilité tout au long de l’année."

Les ministres ajoutent également dans la lettre qu’ils sont prêts à engager un "dialogue constructif" sur l’élaboration de la prochaine stratégie de l’UE pour un tourisme durable.

"Nous restons déterminés à travailler avec la Commission à la construction d’un secteur du tourisme résilient, compétitif et durable dans toutes les régions de l’Union européenne", poursuit la lettre.

Cette stratégie est un plan non contraignant visant à promouvoir un tourisme compétitif et durable dans l’ensemble du bloc. Elle devrait s’attaquer, entre autres, à des problématiques classiques comme la surfréquentation des sites touristiques et la mobilité transfrontalière.

Mais les ministres des régions de première ligne en Europe veulent que la proximité avec la guerre soit prise en compte.

L’exemple letton

Selon Jurģis Miezainis, secrétaire parlementaire au ministère de l’Économie de Lettonie, chaque fois qu’un drone non identifié s’égare dans l’espace aérien de ce petit pays balte, il sème la peur. Pas seulement chez les habitants, mais aussi chez les étrangers.

"Ces incursions de drones ont un impact énorme sur le secteur du tourisme, car ce secteur repose beaucoup sur l’émotion", explique-t-il à Euronews.

Miezainis dit attendre une réponse de la Commission européenne à ce casse-tête qui touche au moins une demi-douzaine de pays le long de la frontière orientale de l’Europe : leur proximité avec la Russie influe sur les visiteurs. "Quand on parle d’un secteur comme le tourisme, il passe un peu entre les mailles du filet et on ne lui accorde pas suffisamment d’attention", estime-t-il.

Vue de Riga, Lettonie, 5 septembre 2023.
Vue de Riga, Lettonie, 5 septembre 2023. AP

Selon Miezainis, les incursions de drones sont suivies d’annulations d’hôtels et d’événements, ce qui réduit le chiffre d’affaires des petites et moyennes entreprises. Nombre de ces drones seraient russes, parfois ukrainiens, et entrent en Lettonie par l’est du pays, qui partage 449 kilomètres de frontière avec la Russie et le Bélarus.

Les drones pénètrent généralement dans l’espace aérien letton au-dessus du Latgale, une région orientale que les habitants surnomment la terre des lacs bleus. Elle est parsemée de plus de 2 000 petits plans d’eau.

L’association touristique du Latgale a récemment mené une enquête auprès de 94 entreprises du tourisme et de l’hôtellerie de la région. Ses résultats montrent que 72 % des répondants ont enregistré une baisse de chiffre d’affaires et de fréquentation en juin 2026 par rapport à juin 2025. Un cinquième d’entre eux auraient perdu au moins la moitié de leurs revenus sur ces douze mois.

Miezainis sait que d’autres facteurs peuvent aussi dissuader les touristes de venir dans la région, comme la flambée des prix des billets d’avion liée à la guerre en Iran. Une partie de ces visiteurs étaient auparavant russes et biélorusses.

"Avant l’invasion à grande échelle, il y avait pas mal de monde (de Russie et du Bélarus) grâce aux frontières, et bien sûr cela profitait au secteur du tourisme. Mais nous devons aussi comprendre les risques actuels", explique-t-il, en ajoutant que les frontières sont désormais quasiment fermées.

Pour compenser l’absence de ce public, la Lettonie cible désormais de nouveaux pays, comme le Japon, le Canada et les États-Unis, afin d’attirer d’autres visiteurs potentiels, précise Miezainis.

"Nous travaillons actuellement avec de nombreux opérateurs de croisières. Ils font escale ici et amènent leurs passagers à Riga, mais le problème, c’est que les croisières sont très limitées dans le temps. Nous réfléchissons davantage au long terme", ajoute-t-il.

Malgré les initiatives prises au niveau national, Miezainis estime qu’il faut une solution à l’échelle de l’UE.

Moins de touristes en Finlande

Les données recueillies par l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies (source en anglais) confirment ce recul : elles montrent qu’en 2022, la Lettonie a accueilli 38 % de touristes en moins qu’en 2019. Sur la même période, la Slovénie a enregistré une baisse de 42 % et la Finlande de 36 %.

Le dernier rapport de la Commission européenne sur la cohésion vient renforcer ce constat.

"La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine a entraîné dans certaines régions une forte baisse des investissements, des échanges commerciaux et des activités économiques (y compris le tourisme), ainsi que l’apparition de nouveaux obstacles économiques et des pertes d’emplois", indique le rapport (source en anglais).

De jeunes filles observent la forteresse de Suomenlinna depuis le ferry qui relie la place du Marché et la forteresse à Helsinki, Finlande, 26 juin 2013.
De jeunes filles observent la forteresse de Suomenlinna depuis le ferry qui relie la place du Marché et la forteresse à Helsinki, Finlande, 26 juin 2013. AP

Une stratégie en cours d’élaboration

Interrogé par Euronews, un porte-parole de la Commission européenne a confirmé la réception de la lettre et indiqué que l’exécutif européen y répondrait "en temps voulu". Il a toutefois précisé qu’il ne pouvait pas commenter à l’avance le contenu de cette réponse.

Le porte-parole a ajouté que Bruxelles tient compte des difficultés auxquelles est confronté le secteur du tourisme dans toute l’Europe dans le cadre de ses "travaux préparatoires" sur la future stratégie touristique, y compris de celles qui touchent les régions de première ligne.

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