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OTAN 3.0 : un simple "coup de maquillage", selon un ex-ambassadeur américain

Le président américain Donald Trump et le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte.
Le président américain Donald Trump et le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Shona Murray
Publié le
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Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la relation transatlantique a profondément changé. Le concept de "l’OTAN 3.0" incarne cette transformation, mais que recouvre-t-il concrètement ?

Bien avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Washington avait déjà indiqué son intention de réorienter ses ressources au détriment de l’Europe, mais cette bascule s’est nettement accélérée au cours des dix-huit derniers mois.

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La deuxième administration Trump a multiplié les annonces de retraits de troupes et de réductions de capacités militaires essentielles mises à la disposition de l’alliance, tandis que Trump lui-même n’a cessé de tourner l’OTAN en dérision en la qualifiant de « paper tiger », allant jusqu’à menacer de retirer complètement les États-Unis de l’alliance.

L'OTAN 3.0 : une redistribution des dépenses

Pour combler les vides créés par la réduction progressive de la présence américaine, l’Europe et le Canada ont fortement augmenté leurs dépenses de défense de base, avec un accord visant à porter les dépenses militaires à 5 % du PIB d’ici 2035.

Connu sous le nom de « OTAN 3.0 », ce dispositif constitue de fait la mise en œuvre du plan de Washington pour une réduction fondamentale de sa contribution militaire à la défense de l’Europe par l’OTAN. À mesure que les États-Unis se retirent du continent, l’Europe devra monter en puissance et tenter de combler les lacunes qui en résultent.

Point essentiel, le concept de OTAN 3.0 a été élaboré aux États-Unis. Plus précisément, il a été pensé par le sous-secrétaire à la Guerre Elbridge Colby, qui plaide de longue date pour une refonte complète de la politique américaine vis-à-vis de l’Europe.

Les critiques estiment que NATO 3.0 revient, dans les faits, à réduire l’engagement de Washington en faveur de la sécurité européenne et représente un tournant par rapport à l’idée fondatrice selon laquelle la sécurité de l’Europe et celle des États-Unis sont indissociables.

Colby concède certes que les États-Unis doivent conserver une présence en Europe, et l’appartenance américaine à l’OTAN bénéficie toujours d’un soutien bipartisan au Congrès. Néanmoins, Washington a déjà retiré des capacités et des forces clés nécessaires pour dissuader de futures attaques sur le territoire de l’OTAN, alors même que l’agression russe fait rage en Ukraine et que les alliés subissent des intrusions régulières de drones et des attaques hybrides.

De nouvelles realités diplomatiques

« Les temps ont changé », a déclaré Colby aux ministres de la Défense de l’OTAN à Bruxelles en février. « Nous redonnons la priorité à la défense de notre patrie et à la protection de nos intérêts dans notre hémisphère », a-t-il ajouté.

Alors que les pays de l’OTAN tentent de composer avec les nouvelles priorités stratégiques de Washington et l’incertitude qu’elles engendrent, l’hostilité fréquente de l’administration envers l’Europe ne donne guère l’impression que NATO 3.0 vise réellement à bâtir une alliance plus intégrée et plus unie.

Dès son retour à la Maison-Blanche, les relations entre Trump et ses alliés ont commencé à se détériorer. L’insistance répétée du président sur sa volonté « d’acquérir » le Groenland, territoire semi-autonome d’un allié de l’OTAN, le Danemark, a gravement sapé la confiance des Européens envers Washington, peut-être de manière irréversible.

Ont ensuite suivi les opérations militaires de Trump en Iran. La réticence des alliés de l’OTAN à s’y associer a encore tendu les relations, Trump accusant les pays européens d’abandonner leurs obligations vis-à-vis de Washington.

L’Italie et l’Espagne ont refusé de donner aux forces américaines l’accès aux bases situées sur leur territoire, et la France a interdit à Israël d’utiliser son espace aérien pour transporter des armes américaines destinées à être employées en ⁠Iran.

Les États-Unis sans alliés face à l'Iran ?

Les accusations de Trump ne résistent toutefois pas à l’examen, d’autant que les États membres de l’OTAN n’ont pas été consultés avant les premières frappes contre des cibles iraniennes. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Roumanie – qui a récemment approuvé le déploiement de capacités militaires américaines supplémentaires sur son territoire en soutien à la guerre en Iran – ont tous accordé aux États-Unis des droits de stationnement et de ravitaillement depuis le début du conflit, même si ces autorisations sont assorties de conditions.

Par ailleurs, une coalition menée par la France et le Royaume-Uni a prépositionné divers moyens, notamment des bâtiments de déminage, des personnels et des navires de guerre, pour contribuer à la réouverture du détroit d’Ormuz, cette voie maritime mondiale stratégique qui est en grande partie fermée depuis le début de la campagne américaine. Les prix du pétrole, du gaz et d’autres produits comme les engrais se sont envolés en conséquence.

Malgré ces efforts, la colère de Washington contre les États européens ne retombe pas.

En juin, le secrétaire à la Guerre américain, Pete Hegseth, s’en est pris à ses alliés pour leur réaction « honteuse » au conflit iranien, qualifiant les partenaires de son pays de « profiteurs ». Lors d’un discours devant ses homologues ministres de la Défense au siège de l’OTAN en juin, Hegseth a ensuite annoncé un réexamen du déploiement des troupes américaines en Europe, en vue de réduire leurs effectifs.

« Cette révision vise à la fois à améliorer le dispositif militaire américain… et à renforcer l'OTAN 3.0 », a déclaré Hegseth aux ministres réunis à Bruxelles. « C'est ce qu'il convient de faire pour le peuple américain. »

« L'Europe peut et doit assumer la responsabilité principale de sa défense conventionnelle. »

Trillion Trump

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, salue NATO 3.0 comme un renforcement de l’alliance et crédite Trump d’avoir enfin poussé les États européens à assumer davantage la responsabilité de leur propre défense : les hausses de dépenses européennes et canadiennes se sont cumulées au cours de la dernière décennie en ce que Rutte appelle « le trillion Trump ».

Et Martin O’Donnell, directeur de la communication du Supreme Headquarter Allied Forces Europe de l’OTAN, a accueilli favorablement la révision des forces annoncée par Hegseth, déclarant à Euronews qu’elle permet à l’OTAN de « mieux planifier et de façon plus réaliste, dans l’éventualité, par exemple, qu’une guerre éclate dans le Pacifique, quelles forces pourront être fournies par les États-Unis ».

« C’est une bonne chose pour le Commandant suprême des forces alliées », a-t-il estimé.

Mais une question centrale demeure : le retrait des capacités américaines affaiblit-il le pouvoir de dissuasion global de l’OTAN ? Sur ce point, Rutte se montre optimiste.

« Les États-Unis ont ajusté leurs contributions promises et d’autres alliés ont pris le relais pour apporter davantage », a-t-il déclaré à des journalistes en juin dernier. « Et c'est tout à fait juste. Cela nous rend plus forts, et c'est là tout l'intérêt de l'OTAN 3.0 : une Europe plus forte au sein d'une OTAN plus forte. », a-t-il ajouté.

Le signal, brutal, envoyé par Washington a été reçu cinq sur cinq par l’Europe et le Canada. À eux deux, ils ont consacré l’an dernier une somme record de 139 milliards de dollars à la défense – dont 60 milliards en achat d’armes américaines, selon les chiffres USA-OTAN.

Et plus de 50 milliards de dollars de contrats et de commandes d’armement ont été conclus lors du Forum de l’industrie de défense de l’OTAN à Ankara en juillet.

Parmi les annonces les plus marquantes figure l’achat conjoint de jusqu’à dix avions suédois Saab GlobalEye pour remplacer les vieillissants Boeing Airborne Warning and Control System américains – une démonstration du poids croissant des Européens au sein de l’alliance, ainsi que de leur détermination à augmenter leurs dépenses militaires.

La recherche de l'autonomie stratégique

Autre signe que l’Europe se rapproche d’une plus grande autonomie stratégique et d’une prise en main de sa propre sécurité : en juillet dernier, dix pays européens se sont engagés à créer une coalition anti-missiles balistiques intégrée et multinationale.

« Nous visons à bâtir une capacité antimissile balistique partagée pour l’Europe », indique une déclaration des membres fondateurs : le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne, la Suède, l’Ukraine et le Royaume-Uni.

« Nous estimons que la protection de l’Europe nécessite une solution globale, fondée sur une architecture de défense antimissile intégrée, afin de dissuader et de neutraliser les menaces futures », poursuit le texte.

Dans le même temps, signe peut-être parmi les plus explicites du désengagement progressif de Washington vis-à-vis de l’OTAN, le Pentagone a confirmé aux principaux stratèges militaires de l’alliance, en juin, qu’il réduisait le vivier de capacités militaires disponibles pour venir en aide aux pays européens en cas de guerre ou d’attaque contre le territoire de l’OTAN.

Parmi les nombreux moyens retirés figurent des bombardiers B52, des sous-marins et des avions de chasse, le nombre d’appareils F-16 et F-15E mis à disposition devant passer d’environ 150 à 100.

Que va donc réellement signifier NATO 3.0 pour l’avenir de cette alliance vieille de 77 ans ? Il est encore trop tôt pour le dire avec certitude, mais Euronews a interrogé des experts de l’OTAN pour recueillir leur analyse.

Le nouvel ordre

L'ancien ambassadeur américain auprès de l’OTAN Ivo Daalder, estime que l’administration Trump. Dans une interview avec Euronews, il estime que l'ensemble des évènements des derniers mois « signale que la sécurité de l’Europe n’est plus importante pour la sécurité des États-Unis ».

« Une alliance repose, au fond, sur une perception partagée de la menace et sur l’idée que la sécurité de tous ses membres est indivisible ; Donald Trump et son administration ont renoncé à ces deux principes », a-t-il poursuivi.

« Les États-Unis ne considèrent plus la Russie comme une menace qui compte pour eux », a encore déclaré Daalder.

« Appeler cela “NATO 3.0”, c’est mettre du rouge à lèvres au cochon, parce qu’on espère au moins ainsi que Trump ne se détournera pas totalement de l’OTAN », a-t-il ajouté.

Ian Brzezinski, ancien secrétaire adjoint à la Défense chargé de l’Europe et de la politique de l’OTAN, partage l’idée que la deuxième administration Trump ne considère plus l’Europe comme un intérêt vital et qu’elle se retire donc non seulement de son rôle de garant externe de sécurité, mais aussi de sa fonction traditionnelle de médiation dans les conflits intra-européens.

« Les intérêts vitaux sont ceux pour lesquels on est prêt à se battre et à mourir, et beaucoup, au sein de cette administration, ne voient plus l’Europe sous le même angle qu’auparavant », a expliqué Brzezinski à Euronews lors d’un entretien depuis son domicile à Washington D.C.

« La Stratégie de sécurité nationale et la Stratégie de défense nationale de l’administration traduisent un abandon de l’ordre d’après-guerre froide. Je suis sceptique à l’égard de NATO 3.0 », a-t-il confié.

En se retirant du dispositif de sécurité européen, la Maison-Blanche défait également des décennies d’une politique étrangère de l’ère de la guerre froide dite de « défense avancée », où les États-Unis investissaient dans une dissuasion robuste à l’étranger afin d’empêcher toute agression de se propager jusqu’à leur propre territoire.

Brzezinski a également mis en garde contre le risque de voir ressurgir des tensions entre pays européens en l’absence d’un engagement fort des États-Unis pour jouer les médiateurs.

« Je suis préoccupé par ce que feront les Européens sans le leadership américain », a-t-il déclaré. « Soyons honnêtes, avant l’OTAN et l’intervention positive des États-Unis sur le continent, l’Europe se déchirait elle-même à travers deux guerres mondiales. »

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