Nouvelle-Zélande : deux psychiatres sont désormais autorisés à prescrire la MDMA dans un cadre clinique contrôlé, sur la base d'essais contestés aux États-Unis.
Deux psychiatres néo-zélandais ont obtenu l'autorisation de prescrire du MDMA de qualité pharmaceutique à des patients souffrant de trouble de stress post-traumatique sévère, faisant de leur pays seulement le deuxième au monde, après l'Australie en 2023, à autoriser cette drogue récréative dans un cadre clinique.
L'autorité néo-zélandaise du médicament, Medsafe, a accordé ces autorisations au Dr Gary Wynn, basé à Wellington, et au Dr Tom Paterson, à Auckland, qui ont mis plus d'un an à franchir toutes les étapes du processus réglementaire.
"Le stress post-traumatique détruit des vies et est difficile à traiter", a déclaré le vice-Premier ministre David Seymour, qui a soutenu l'an dernier une autorisation similaire pour la psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes, afin de traiter les dépressions sévères.
"Le MDMA peut être très efficace pour le traiter dans le cadre de thérapies assistées par psychédéliques", a-t-il ajouté, précisant que la Nouvelle-Zélande reste déterminée à élargir l'accès à des "traitements innovants".
Le trouble de stress post-traumatique se développe après qu'une personne a vécu, ou a été menacée par, des événements traumatisants comme des combats, une agression sexuelle ou un décès soudain.
Dans la plupart des pays, les options médicamenteuses se limitent à deux antidépresseurs, dont l'effet peut mettre jusqu'à trois mois à se faire sentir et dont les résultats restent inégaux.
Les preuves derrière cette autorisation: pourquoi les États-Unis disent non
Cette autorisation s'appuie sur les données de deux essais cliniques internationaux de phase 3 jugés décisifs, menés par la Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies (MAPS), basée aux États-Unis, et financés par sa filiale à mission Lykos Therapeutics.
Dans le premier essai, publié en 2021, 88 % des participants souffrant de formes sévères de stress post-traumatique ayant bénéficié d'une thérapie assistée par MDMA ont présenté une amélioration cliniquement significative, et 67 % ne répondaient plus aux critères diagnostiques du trouble.
Un deuxième essai, conduit en 2023 auprès de personnes atteintes d'un stress post-traumatique modéré à sévère, a montré qu'à la fin de l'étude 71,2 % des patients traités par MDMA ne remplissaient plus les critères diagnostiques du trouble.
Malgré ces résultats, l'Agence américaine des médicaments (Food and Drug Administration, FDA) a refusé d'approuver ce traitement en 2024, invoquant des preuves jugées insuffisantes sur sa sécurité et son efficacité.
Les autorités de régulation ont exprimé des inquiétudes, estimant que la participation de personnes ayant déjà pris du MDMA introduisait un biais d'anticipation (source en anglais), compliquant l'analyse des données des essais.
Le ministère néo-zélandais de la Santé a précisé que ce nouveau traitement serait strictement encadré, le MDMA étant administré en association avec une psychothérapie dans un cadre clinique, et non sous forme de prises à domicile.
"Le traitement se déroule dans un environnement clinique contrôlé, sous la supervision d'un psychiatre habilité, et s'inscrit dans un plan de prise en charge global", a ajouté le ministère, en précisant que les patients doivent être âgés d'au moins 18 ans.