Pour la première fois, ce sont les baisses de consommation de pétrole, et non de charbon, qui expliquent la baisse des émissions de CO2 de la Chine.
Les émissions de dioxyde de carbone de la Chine ont reculé au deuxième trimestre de l'année, selon une nouvelle analyse.
Les émissions du pays ont déjà diminué par le passé, mais c'est la première fois que ce recul est tiré par une moindre consommation de pétrole, la demande chinoise d'importations de pétrole ayant enregistré une "chute spectaculaire" après les perturbations du trafic maritime au Moyen-Orient liées à la guerre entre les États-Unis et l'Iran.
Les émissions de CO2 responsables du réchauffement de la planète ont baissé de 1 % entre avril et juin, selon une analyse du Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA) publiée par Carbon Brief.
L'utilisation de pétrole a reculé de 9 % au total et de 16 % pour le secteur des transports, d'après les évaluations fondées sur les données du gouvernement chinois.
La situation "a très clairement validé la stratégie de sécurité énergétique de la Chine et en particulier le rôle de l'électrification dans cette stratégie", estime Lauri Myllyvyrta, cofondateur et analyste principal du CREA.
La baisse des importations de pétrole accélère l'électrification en Chine
Les fortes perturbations du trafic dans le stratégique détroit d'Ormuz, qui acheminait auparavant 20 % du pétrole et du gaz mondiaux, ont durement affecté les livraisons de pétrole vers la Chine, deuxième économie mondiale et premier importateur de brut.
Aujourd'hui, plus de six mois après le début de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, la Chine a surmonté ces complications plus facilement que ne l'avaient anticipé de nombreux experts.
Selon Myllyvirta, la crise a accéléré l'adoption de flottes électriques en Chine dans des secteurs traditionnellement très gourmands en carburant, comme la construction et les mines.
"Ce type de changements a de grandes chances de s'inscrire dans la durée", dit-il.
Les ventes de poids lourds électriques ont augmenté d'environ 77 % au deuxième trimestre sur un an, tandis que le nombre de véhicules électriques en circulation progressait de 33 % et que les volumes de recharge bondissaient de 60 %, ce qui indique une utilisation accrue du parc existant.
Les précédentes baisses des émissions chinoises étaient principalement imputables à une moindre consommation de charbon, et non de pétrole, selon le CREA.
Le solaire dépasse le charbon chez le premier émetteur mondial
La Chine est le premier émetteur mondial, responsable de plus de 30 % des gaz à effet de serre de la planète.
Ses dirigeants se sont engagés à intensifier leurs efforts pour réduire les émissions de CO2 et accélérer la transition verte, avec un objectif de neutralité carbone d'ici 2060.
Si les émissions ont reculé au deuxième trimestre, elles ont augmenté de 2 % au premier, selon les données du CREA, ce qui les laisse "en légère hausse sur l'ensemble du premier semestre".
Plus tôt cette semaine, les autorités chinoises ont annoncé que la capacité installée en énergie solaire du pays avait dépassé pour la première fois celle des centrales au charbon.
La Chine connaît une croissance explosive des installations d'énergies renouvelables, la part du charbon dans son bouquet énergétique ayant légèrement reculé ces dernières années.
Les émissions du secteur de l'électricité ont cependant augmenté entre avril et juin en raison d'une utilisation accrue du charbon, tandis que la production des centrales à gaz diminuait. Et ce en dépit d'une forte croissance des capacités éolienne et solaire, l'énergie gaspillée restant un problème récurrent, lié à un réseau électrique qui n'est pas encore adapté à une part croissante de production renouvelable intermittente.