Après un été marqué par la chaleur et la sécheresse, l’agriculture française fait face à des pertes massives dans de nombreuses filières. Sous la pression des syndicats, le gouvernement français annonce un plan d’urgence d'un montant de plus d'un milliard d'euros.
La sécheresse et les épisodes de fortes chaleurs ont lourdement frappé les exploitations agricoles françaises cet été. Tous les secteurs ont été touchés, des éleveurs aux céréaliers, en passant par les maraîchers, les arboriculteurs ou encore les viticulteurs. Face aux pertes de récoltes, aux difficultés d’alimentation du bétail et à la hausse des coûts, les agriculteurs ont multiplié les appels à l’aide ces dernières semaines par la voix de leurs syndicats. Ces derniers réclament plusieurs milliards d’euros de soutien pour compenser les pertes, préserver les trésoreries des exploitations et éviter que cette crise ne fragilise davantage les prochaines campagnes agricoles.
Le Premier ministre français Sebastien Lecornu a fait de la crise agricole sa priorité absolue pour la rentrée, déclarant dans les colonnes du journal Le Parisien dimanche : « L’agriculture, c’est mon dossier numéro un de la rentrée ».
Pour y répondre, il a annoncé le déploiement de deux dispositifs complémentaires : un plan de soutien d'urgence pour aider les exploitants à passer l'hiver, suivi d'un plan de relance à plus long terme fixé à l'horizon 2027.
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard a détaillé toutes ces mesures ce vendredi. Le plan est baptisé CASI, "Climat-Adaptation-Sécheresse-Incendie"
Les principales mesures annoncées
Pour répondre à l’ampleur des dégâts, le gouvernement annonce un plan de soutien de plus d’un milliard d’euros.
"Le pays à un double impératif devant lui, indemniser les pertes, pour éviter les faillites et relancer la production agricole, pour ne pas perdre de la souveraineté " a déclaré la ministre. "C'est la solidarité de tous les Français qui s'exprime, et elle doit désormais se concrétiser très rapidement dans les exploitations" a-t-elle ajouté.
Le premier volet doit permettre d’indemniser les pertes d’exploitation notamment grâce à plusieurs centaines de millions d’euros mobilisés via l’Indemnité de solidarité nationale (ISN).
Ce mécanisme permet à l’État d’indemniser les agriculteurs victimes de pertes importantes liées à des événements climatiques, comme la sécheresse ou la canicule. Elle intervient lorsque les dégâts dépassent certains seuils et complète l’assurance récolte.
Le second volet vise à relancer la production, avec des aides notamment pour l’achat de fourrage, de semences et de plants. Des moyens seront également confiés aux préfets de région pour répondre aux besoins locaux car "toutes les régions ne sont pas touchées de la même manière" a ajouté la ministre.
Le gouvernement veut également accélérer le stockage de l’eau pour mieux protéger l’agriculture face aux prochaines sécheresses. Il défend une approche plus large que les seules mégabassines, avec notamment des retenues collinaires, de petits ouvrages de stockage et l’amélioration des infrastructures existantes. L’objectif est de sécuriser l’accès à l’eau tout en limitant les prélèvements pendant les périodes de sécheresse.
La ministre a également souhaité passer de "70 à 75% le montant des avances de la PAC", soit environ 420 millions de trésorerie, qui arriveront plus vite dans les comptes des exploitations agricoles.
Enfin, le gouvernement prolonge jusqu’au 31 octobre les aides à l’achat de carburant.
Une partie du dispositif de relance sera intégrée au budget 2027, avec des concertations annoncées dès la semaine prochaine.
Cet effort est important au vu de la situation des finances publiques en France, mais il devra être comparé aux pertes évaluées à plus de 10 milliards d’euros par la FNSEA, le principal syndicat agricole français.
Les organisations de grandes cultures réclamaient notamment une aide directe de 450 euros par hectare, tandis que les éleveurs évaluent à plusieurs milliards leurs besoins, notamment pour compenser le manque de fourrage.
La FNSEA demandait également un vaste dispositif d’allègement des charges, des exonérations fiscales et sociales ainsi que des mesures pour préserver la trésorerie des exploitations.
La Confédération paysanne demandait, elle, une aide forfaitaire de 5 000 euros par ferme touchée, avec une priorité donnée aux exploitations les plus fragiles. Elle estime qu’aucune ferme ne doit disparaître à la suite de cet épisode climatique.
Les effets d'une météo catastrophique
Selon les estimations Agreste au 1er août 2026, la sécheresse frappe l'agriculture française, touchant de plein fouet les rendements.
La baisse la plus forte concerne le maïs, dont la production s'effondre de 35,3 % sur un an (9,0 Mt contre 13,9 Mt en 2025). Les semis de printemps souffrent énormément du fait du manque d'eau, : le blé dur de printemps chute de 70,1 % et le blé tendre de printemps de 42,1 %.
Le bilan annuel reste sombre pour l'ensemble du secteur : la production chute de 21,5 % pour les pommes de terre de conservation (6,5 Mt), de 16,6 % pour le blé dur (1,1 Mt), de 6,8 % pour l'orge (11,0 Mt) et de 4,3 % pour le blé tendre (31,9 Mt), tandis que le tournesol enregistre un léger recul de 0,8 % (1,4 Mt). Seul le colza semble résister, mais uniquement grâce à des surfaces cultivables en hausse.
La sécheresse de 2026 a aussi frappé l'élevage : le déficit national de pousse d'herbe atteint 36 % au 20 août, avec à peine la moitié du potentiel annuel réalisé, forçant les éleveurs à piocher très tôt dans leurs stocks d'hiver.
Côté fruits, le bilan est mitigé : si les pêches résistent (+4 % sur un an), la forte chaleur dégrade les calibres des fruits d'été et fait grimper les prix à la production (+15,1 % pour le melon).
Outre les pertes quantitatives sur certains fruits, la chaleur excessive a perturbé la floraison, la pollinisation et le grossissement des fruits, obligeant la grande distribution à assouplir ses critères esthétiques et de taille pour éviter un rejet massif de la production française.
Une situation inédite qui appelle à la réflexion
Au-delà des aides financières d'urgence qui feront sans doute du bien au secteur, l’agriculture française traverse cette année une crise existentielle inédite. La chute drastique des rendements plonge de nombreuses exploitations dans une précarité financière.
Cette situation met en évidence les limites du modèle agricole actuel face au dérèglement climatique. Alors que les pertes d'exploitation menacent directement la viabilité du secteur et la souveraineté alimentaire, les acteurs du monde agricole appellent à dépasser la simple gestion de crise ponctuelle.
L'enjeu est désormais d’engager des transformations structurelles profondes : adaptation des cultures, gestion durable et partagée de la ressource en eau, et transition vers des pratiques agroécologiques plus résilientes.