Alors que la Pologne est en deuil après la fusillade meurtrière perpétrée samedi à Cracovie, les enquêteurs tentent de déterminer les motivations de l'assaillant. Plusieurs ressortissants étrangers figurent parmi les victimes.
Au lendemain de la fusillade meurtrière perpétrée dans le centre historique de Cracovie par un Polonais "fasciné par les idéologies d'extrême droite", de nombreuses questions restent en suspens quant aux circonstances et aux motivations du drame. Voici ce que l'on sait de l'attaque.
Que s'est-il passé ?
Samedi, vers 15 heures, un homme masqué, vêtu d'une tenue militaire, a fait irruption en voiture sur la place du Grand Marché (Rynek Główny en polonais) de Cracovie, avant d'ouvrir le feu sur des passants.
Cette place emblématique du centre historique est l'un des lieux les plus fréquentés de la ville et attire, en particulier le week-end, de nombreux touristes polonais et étrangers.
Alors qu'il circulait à bord de son véhicule, l'assaillant a également tiré en direction d'un tramway de la ligne 1. La vitre de la cabine du conducteur a été brisée, mais aucun passager ni le conducteur n'ont été blessés.
Pris de panique, les passants ont tenté de fuir, certains trouvant refuge sous les porches des immeubles, dans les églises, les cafés et les restaurants voisins.
Après un échange de tirs avec les forces de l'ordre, l'assaillant a été blessé, interpellé puis transporté à l'hôpital.
Selon le ministre de l'Intérieur, Marcin Kierwiński, les policiers sont intervenus trois minutes seulement après avoir reçu l'alerte, ouvrant le feu en direction du suspect.
Les pompiers et les équipes de secours médicaux sont arrivés presque simultanément sur les lieux. Le ministre a salué la rapidité de leur intervention, estimant qu'elle avait permis de limiter l'ampleur du drame et d'éviter un bilan encore plus lourd.
Au total, une trentaine de patrouilles de police ont été mobilisées.
Le véhicule du suspect a ensuite été inspecté afin de vérifier la présence éventuelle d'explosifs. Les habitants des immeubles voisins ont été évacués pendant l'opération.
La place du Grand Marché et les rues adjacentes ont également été fermées afin de permettre aux enquêteurs de procéder aux constatations nécessaires.
Qui est l'auteur de la fusillade ?
Le suspect est un Polonais de 24 ans, originaire d'Ostrowiec Świętokrzyski, dans la voïvodie de Sainte-Croix, au sud-est du pays.
Sans antécédents judiciaires et jusqu'alors inconnu des services de police, il détenait une autorisation de possession d'armes à feu. Selon les enquêteurs, il aurait vraisemblablement utilisé l'une des armes couvertes par cette autorisation.
Le ministre de l'Intérieur, Marcin Kierwiński, a indiqué que plusieurs éléments laissaient penser que le suspect nourrissait des "opinions très, très radicales" et était "fasciné par les idéologies d'extrême droite". Il a également précisé qu'aucun élément ne permettait, à ce stade, de penser que d'autres personnes avaient participé à l'attaque.
De son côté, le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, a démenti les informations selon lesquelles le suspect aurait appartenu à l'armée polonaise.
"Cet homme n'était pas et n'est pas un soldat des forces armées polonaises. Il n'a jamais eu quoi que ce soit à voir avec l'armée", a-t-il affirmé.
Qui sont les victimes ?
La fusillade a fait six morts et seize blessés.
Parmi les six personnes tuées figurent quatre femmes et deux hommes : trois Polonaises et un Polonais, un citoyen du Royaume-Uni et une femme dont la nationalité n'a pour l'heure pas été divulguée.
Les blessés comprennent, quant à eux, deux policiers et le suspect lui-même.
Plusieurs ressortissants étrangers figurent également parmi les blessés, de nationalités britannique, portugaise, russe, allemande et autrichienne.
Le gouvernement portugais a confirmé qu'une de ses ressortissantes figure parmi les blessés.
L'ambassade de Russie en Pologne a annoncé qu'une citoyenne de la Fédération de Russie compte également parmi les blessés. "L'ambassade reste en contact avec les proches de la victime, continue de suivre l'évolution de la situation et demeure en relation avec les autorités sanitaires de la ville de Cracovie", a-t-elle indiqué sur X.
Samedi soir, le Premier ministre Donald Tusk avait annoncé que deux femmes et un homme avaient été retrouvés morts dans l'appartement où vivait l'assaillant, précisant qu'il s'agissait vraisemblablement de membres de sa famille proche.
La police a ensuite confirmé qu'il s'agissait du père, de la mère et de la sœur du suspect. Les trois victimes présentaient des blessures par balle, laissant penser qu'elles avaient été tuées par arme à feu.
Deux policiers salués pour leur courage
Les autorités polonaises ont rendu hommage aux policiers intervenus pour neutraliser l'assaillant.
Le ministre de l'Intérieur et de l'Administration a souligné que les agents avaient agi sans hésitation, au péril de leur vie. Selon lui, leur intervention rapide et déterminée a permis de mettre fin à l'attaque.
Marcin Kierwiński a également donné des nouvelles des deux policiers blessés par balle. L'un d'eux a été touché à trois reprises et se trouve actuellement dans un "état très grave".
"Les policiers se sont comportés de façon héroïque aujourd'hui. Ils ont accompli de manière exemplaire leur devoir envers les citoyens et la patrie. L'un d'eux se bat pour sa vie. Un autre est blessé. J'appelle tout le monde à respecter leur sacrifice. À respecter les personnes en uniforme", a-t-il déclaré sur X.
Le Premier ministre Donald Tusk a également salué le courage des deux agents. "Toute la Pologne croise les doigts pour vous", a indiqué le chef du gouvernement sur X.
Quelles armes ont été utilisées ?
Selon les informations de la police, l'auteur de la fusillade de Cracovie était en possession d'un fusil semi-automatique de conception similaire à celle d'un AR-15.
Les photographies prises sur les lieux de l'attaque montrent également la présence d'un viseur optique. L'assaillant était par ailleurs en possession d'un pistolet.
Les enquêteurs ont découvert une importante quantité d'autres armes et de munitions à bord de son véhicule.
Vague de réactions internationales
L'attaque a suscité de nombreuses réactions à l'étranger.
Plusieurs dirigeants européens et représentants de gouvernements ont exprimé leur solidarité avec la Pologne, adressé leurs condoléances aux familles des victimes et condamné les violences.
Des messages de soutien ont notamment été adressés à la Pologne par les dirigeants de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, du Royaume-Uni, de l'Ukraine et des pays baltes, ainsi que par des représentants de l'Union européenne et des États-Unis.
Deux jours de deuil national
Un deuil national de deux jours a débuté dimanche à minuit, au lendemain de la fusillade.
Pendant cette période, les drapeaux polonais sont mis en berne sur les bâtiments publics. Les sites Internet affichent des rubans noirs à côté de leurs logos et adoptent des couleurs plus sobres en signe de recueillement, tandis que les stations de radio et de télévision adaptent leurs grilles de programmes et les événements festifs sont annulés.
Le deuil national doit se poursuivre jusqu'à lundi.