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Apartheid en Israël ? Les bus ont failli être interdits aux Palestiniens

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Par Joël Chatreau
Apartheid en Israël ? Les bus ont failli être interdits aux Palestiniens

Israël vient de renoncer de justesse à une mesure digne de l’apartheid qui aurait à coup sûr terni l’image du pays et de ses dirigeants, qui aurait aussi renforcé la défiance internationale à l’égard d’un gouvernement très à droite. C’était décidé, à partir du 20 mai, les dizaines de milliers de Palestiniens de Cisjordanie qui vont travailler chaque jour en Israël ne devaient plus avoir l’autorisation de monter dans les autobus utilisés par les Israéliens. Le ministre de la Défense, Moshé Yaalon, assumait parfaitement, expliquant que cette disposition allait permettre de “mieux contrôler les Palestiniens et de réduire les dangers pour la sécurité”. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, l’a stoppé au tout dernier moment mais la mesure est suspendue, et non pas bannie définitivement.

La proposition était “inacceptable” pour le chef du gouvernement, a fait savoir un responsable gouvernemental, “Il a été décidé de la geler”. Cette séparation entre Palestiniens et Israéliens dans les moyens de transport est une idée que les colons juifs ont dans la tête depuis longtemps, et que leur lobby a fini par “vendre” à la droite la plus dure. L’avis des colons est devenu plus important pour l’actuelle majorité de Benjamin Netanyahu qui est assez fragile. Le Foyer Juif, parti nationaliste religieux qui fait justement partie de cette majorité, ne cache pas qu’il mène campagne depuis plusieurs années pour interdire aux travailleurs palestiniens l’accès aux bus israéliens.

L’un des députés du Foyer Juif, Mordehaï Yogev, explique par exemple à l’Agence France Presse : “A leur retour du travail, les Palestiniens remplissent les autobus si bien qu’il n’y a plus de place pour les Israéliens”. Il accuse en même temps des passagers palestiniens d’agresser sexuellement des femmes israéliennes, notamment des militaires. Et il nie, dans la mesure qui a été finalement recalée, toute forme d’apartheid dénoncée vivement par l’opposition et des organisations de défense des droits de l’Homme. Pour plusieurs ONG, les Palestiniens du territoire occupé de Cisjordanie ont échappé de peu à une disposition sans précédent depuis 1967. Selon une responsable de l’organisation La Paix Maintenant, “cela prouve que les colons mènent les Israéliens droit à un régime d’apartheid et à une faillite morale”.

Ce n’est évidemment pas l’avis des ONG qui a poussé le Premier ministre israélien à freiner soudainement. La visite de la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, en Israël et en Cisjordanie, n’y est pas étrangère…Et surtout, Benjamin Netanyahu n’a aucun intérêt à se mettre l’armée à dos : les hauts gradés n’étaient pas favorables à une séparation imposée dans les bus, comprenant que cela ne ferait que mettre de l’huile sur le feu; ils expliquent également que les risques d’attentats sont minimes puisque ces autobus transportent précisément de nombreux Palestiniens qui seraient les premières victimes.