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Rendons aux César...

Rendons aux César...
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Le battage médiatique des Oscars ne doit pas éclipser le très beau palmarès de l’académie des César (sans « s », le sculpteur y tenait) de cette année qui a récompensé des films en résonnance avec les problèmes qui traversent notre société montrant que le cinéma n’est pas qu’une affaire de divertissement… Focus sur Fatima et Mustang, deux films bien loin des blockbusters d’Hollywood…

Tous à Cannes


Il est étonnant de voir que la plupart des films récompensés lors de cette 41ème (déjà) Nuit des César (à l’exception notable de Marguerite de Xavier Giannoli) étaient présents au dernier Festival de Cannes, et pas seulement dans la prestigieuse et très exposée « sélection officielle ». Certes, La Tête haute et _La Loi du marché étaient en compétition pour la Palme d’or, mais les deux grands gagnants de cette édition (Fatima et Mustang) étaient dans la sélection parallèle de la Quinzaine des réalisateurs, montrant la vitalité de ce rendez-vous incontournable crée au lendemain des événements de mai 68 par la Société des Réalisateurs de Films, loin du tapis rouge et des paillettes propres au Palais des festivals.

Le miracle Fatima


Philippe Faucon a donc reçu le César du Meilleur film français de l’année pour Fatima, succédant à Abderrahmane Sissako et son Timbuktu. Fatima, du prénom de cette mère d’origine maghrébine, qui fait des ménages dans la banlieue lyonnaise et élève seule ses deux enfants. Le réalisateur dans son précédent film s’était déjà intéressé à la problématique de l’intégration à travers les dérives de l’Islam extrême. Ici, il revient à une histoire de famille simple, celle de la transmission et de l’éducation. Il invente même un personnage que le cinéma n’avait jamais réussi à montrer jusqu’à présent : celui d’une mère maghrébine, écartelée entre sa culture et ses traditions et le désir d’émancipation et de rupture de ses filles.

Soria Zeroual, actrice non-professionnelle, est criante de vérité. C’est la France telle qu’elle est aussi, dans ses marges, qui crève l’écran, et cette récompense donne une bouffée d’air salvateur après l’annus horribilis qu’a connu le pays l’an dernier. Et Godard l’avait rappelé justement, « Ce sont les marges qui font tenir les pages ensemble ». Outre le César du Meilleur film, le César du Meilleur espoir féminin est revenu à Zita Henrot (que l’on avait découverte dans un registre comique dans Radiostars) formidable de naturel et d’aisance, tandis que Philippe Faucon reçoit également le César de la Meilleure adaptation, le film étant adapté du livre Prière à la lune de Fatima Elayoubi, un recueil de poèmes, de pensées et de fragments écrits divers.

Mustang, des filles au galop


L’autre grand gagnant des César est Mustang, montré comme Fatima à la Quinzaine des réalisateurs. C’est le premier film d’une jeune réalisatrice turque, qui a fait ses études de cinéma en France, Deniz Gamze Ergüven et que nous avions rencontré à Cannes “J’avais vraiment une urgence de prise de paroles sur ce que c’est d‘être une fille, une femme en Turquie aujourd’hui, et c’est une question qui est très, très discutée, très disputée dans la société turque en ce moment, et où les femmes et les jeunes filles ont peu la parole”, explique-t-elle.
L’histoire se déroule dans un village reculé de Turquie. Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues. Après cet incident initial, la maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger. Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

“J’avais vraiment envie de faire de ces filles des héroïnes, des figures de courage, d’intelligence et de persévérance, et tout un tas de valeurs qui sont rarement prêtées aux femmes dans le cinéma. Les filles me font penser un peu à James Dean, il y a quelque chose qui est à la fois contestataire, mais beau, avec toute sa beauté, sa fraîcheur, sa jeunesse et donc même si cela peut être considéré comme un point de vue critique, je trouve que c’est une critique très importante et qui génère quelque chose de positif”, nous avait confié la réalisatrice.
C’est un film à la mise en scène enlevée, un film fougueux comme un cheval au galop, qui bat en brèche le conservatisme ambiant dans la Turquie d’aujourd’hui, et qui renvoie à toutes les oppressions dont sont victimes les femmes, ici ou ailleurs…
Mustang a raflé quatre autres César : Meilleur scénario original, Meilleur premier film, Meilleur musique originale et Meilleur Montage. Une consécration rarissime pour un premier film.

Le Palmarès complet

Meilleur Film
Fatima de Philippe Faucon, produit par Yasmina Nini-Faucon et Philippe Faucon

Meilleur réalisateur
Arnaud Desplechin pour Trois souvenirs de ma jeunesse

Meilleur acteur
Vincent Lindon pour le rôle de Thierry dans La Loi du marché

Meilleure actrice
Catherine Frot pour le rôle de Marguerite dans Marguerite

Meilleure acteur dans un second rôle
Benoît Magimel pour le rôle de Yann dans La Tête haute

Meilleure actrice dans un second rôle
Sidse Babett Knudsen pour le rôle de Ditte Lorensen-Coteret dans_ L’Hermine_

Meilleur espoir masculin
Rod Paradot pour le rôle de Malony dans La Tête haute

Meilleur espoir féminin
Zita Hanrot pour le rôle de Nesrine dans Fatima

Meilleur scénario original
Mustang, Deniz Gamze Ergüven et Alice Winocour

Meilleure adaptation
Fatima, Philippe Faucon adapté de Prière à la lune de Fatima Elayoubi

Meilleurs décors
Marguerite, Martin Kurel

Meilleurs costumes
Marguerite, Pierre-Jean Larroque

Meilleure photographie
Valley of Love, Christophe Offenstein

Meilleur montage
Mustang, Mathilde Van de Moortel

Meilleur son
Marguerite, François Musy et Gabriel Hafner

Meilleure musique
Mustang, Warren Ellis

Meilleur premier film
Mustang de Deniz Gamze Ergüven, produit par Charles Gillibert

Meilleur film d’animation
Le Petit Prince de Mark Osborne, produit par Dimitri Rassam, Aton Soumache et Alexis Vonarb

Meilleur film documentaire
Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, produit par Bruno Lévy

Meilleur film étranger
Birdman d’Alejandro González Iñárritu