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Le Portugal retrouve le sourire

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Sur la place de Terreiro do Paço qui borde le Tage à Lisbonne il est devenu difficile de se frayer un chemin. Les touristes l’arpentent dans tous les sens et se déversent dans les rues tirées au cordeau de la Baixa, le centre de la capitale, à la recherche d’une table en terrasse.


Terreiro do Paço, la grande place du centre de Lisbonne près du Tage est redevenue très animée

La ville est à la mode et avec elle, le Portugal tout entier. Le tourisme pèse désormais 6,4 % du PIB portugais. Et ce secteur a largement contribué à faire baisser le chômage de 18% en 2013 à 8,9 % en septembre 2017. « J’ai longtemps cherché du travail, mais à 50 ans ce n’est pas facile. Je conduis un triporteur, pour promener les touristes dans Lisbonne » raconte Luisa dans un large sourire.

Les Portugais le disent avec franchise : ils vont mieux, le pays va mieux. La pesanteur des années d’austérité commence à s’éloigner. « Pendant la crise, nous avons du regrouper trois entreprises de production de textile de maison, licencier et concentrer les achats de matière première. Et surtout partir à la conquête de nouveaux marchés, en misant sur notre agilité à fournir les commandes. Ça a marché » explique Artur Moutinho qui dirige Moretextile, usine spécialisée dans le linge de maison à Guimarães.


Artur Moutinho, PDG de Moretextile spécialiste du linge de maison de qualité

Le secteur textile a bien failli disparaître dans la tourmente, contraint de licencier 150 000 personnes. Aujourd’hui il réembauche. « Depuis la fin du programme d’austérité de l’Union européenne et du Fond Monétaire International, l’économie va mieux. Les exportations ont regagné du terrain. Et nous redevenons crédibles sur les marchés internationaux » se félicite Luis Castro Henriques, responsable d’AICEP l’agence pour le commerce extérieur. Les chiffres lui donnent raison : la croissance devrait atteindre 2,5 % en 2017, après 1,5% en 2016, et le déficit public réduit à 1,5 % du PIB.

Changement de stratégie

En 2015, à l’issue des législatives d’octobre, et de nombreux rebondissements, le Portugal se dote d’un gouvernement atypique. Les socialistes pour pouvoir disposer de la majorité parlementaire décident de s’associer au Parti Communiste, aux Verts et à l’extrême gauche (parti Bloco de Esquerda, BE). L’ alliance alors scellée est aussitôt qualifiée de « geringonça », machin sans lendemain, par la droite écartée du pouvoir. Pour José Gusmão, économiste, et membre du BE, l’accord était simple : « L’une des priorités était de se concentrer sur les revenus. En augmentant les plus bas, le plus possible, tout en prenant en compte les engagements auprès de Bruxelles ». Le gouvernement se lance alors dans un numéro d’équilibriste pour réintroduire du pouvoir d’achat (on estime qu’entre 2010 et 2014, il a été diminué de 30%), rassurer les entreprises, convaincre les marchés et séduire Bruxelles. A la surprise générale – notamment celle de ses partenaires européens – le pays respecte ses engagements, et Bruxelles lui tire son chapeau et met fin à la procédure pour déficit excessif en place depuis 2009.

Miracle portugais ?

Retour sur la place du Terreiro do Paço où est installé le ministère des finances. On y observe une retenue de bon aloi. Les difficultés du secteur bancaire, les investissements publics à la traîne, les revendications sectorielles qui se multiplient et la précarité qui s’aggrave ne permettent pas au ministre Mario Centeno de se laisser aller à quelque exubérance. La prudence exprimée par Elisa, retraitée de 66 ans, est identique « On a un peu plus d’argent, ça va mieux. Mais on a peur que ça reparte dans l’autre sens ». Le traumatisme des années austérité est toujours là. Cela pourrait expliquer la vague rose qui a déferlée sur le Portugal lors des municipales du 1er octobre, un satisfecit donné aux socialistes au pouvoir. La « geringonça » et sa politique de gauche respectant les traités européens devrait durer jusqu’aux législatives de 2019.

Photo principale : boutique de souvenirs á Graça, un quartier de Lisbonne ; le tourisme donne de l‘élan à l‘économie

Par Marie-line Darcy