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Asia Bibi, femme la plus menacée de mort du Pakistan

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Asia Bibi, femme la plus menacée de mort du Pakistan

Asia Bibi, femme la plus menacée de mort du Pakistan
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Anne-Isabelle Tollet, dirige le comité de soutien à Asia Bibi. Elle a vécu et travaillé au Pakistan en tant que grand reporter et connaît personnellement cette mère de famille pakistanaise, condamnée à mort en 2010 pour blasphème. Elle a répondu aux questions d'euronews.

euronews : Pourquoi y a-t-il urgence maintenant à lui faire quitter le pays ?

Anne-Isabelle Tollet : Il y a urgence parce que Asia Bibi est menacée de mort, elle est la personne la plus menacée de mort au Pakistan, tous les fondamentalistes religieux veulent sa tête, et tant qu'elle est sur le territoire pakistanais, elle risque à tout moment de se faire tuer. Il faut rappeler que le gouverneur du Penjab, Salman Tassir, qui avait pris sa défense a été tué par son propre garde du corps. Tant qu'elle n'a pas quitté le pays il faut rester prudent parce que la sécurité et toujours aléatoire et arbitraire et surtout les partis religieux sont tellement déterminés à l'empêcher de quitter le pays que plus tôt elle sera éloignée et mieux ce sera.

Personne n'est à l'abri

euronews : Asia Bibi a été condamnée à mort en 2010 pour blasphème. Est-ce que ces blasphèmes sont fréquents au Pakistan et visent-ils en particulier la minorité chrétienne à laquelle elle appartient ?

Anne-Isabelle Tollet : Il est difficile d'obtenir des statistiques sur les délits de blasphème mais on estime qu'il y a à peu près à 2 000 condamnations par an. Cependant, il faut savoir que souvent les gens qui sont accusés de blasphème, ils sont jetés en prison et ils sont souvent tués ou empoisonnés avant même d'être jugés, c'est pourquoi les statistiques sont difficiles à obtenir.

Par ailleurs, la condamnation pour délit de blasphème ne touche pas que les chrétiens, ce sont des musulmans qui sont les premières victimes de cette loi, à la fois d'un point de vue statistique parce que 97 % du pays est musulman et que ce délit de blasphème est le crime suprême au Pakistan et que cette loi permet d'accuser quelqu'un d'avoir commis un blasphème pour régler des comptes, pour se débarrasser d'un rival, donc chacun utilise à sa manière cette loi, pour se débarrasser de quelqu'un et régler des conflits de voisinage, si bien que personne au Pakistan n'est à l'abri d'une accusation de blasphème.

C'est parole contre parole et difficile de prouver qu'on a pas blasphémé. Les juges dans les tribunaux sont sous la pression des islamistes qui viennent au moment du jugement et ils n'ont pas d'autres choix que de prononcer la peine maximale, sinon ils signent eux-mêmes leur arrêt de mort.

euronews : Si elle parvient à quitter le Pakistan, comment voyez-vous l’avenir de cette femme ?

Anne-Isabelle Tollet : Elle vivra soit en Europe ou au Canada, voilà les options que nous avons. Il faut qu'elle aille dans un pays où la communauté pakistanaise est assez conséquente. Même si paradoxalement, l'Angleterre ne serait pas le meilleur endroit, parce qu'il y a une passerelle très étroite entre le Pakistan et Londres. Et étant ultra menacée au Pakistan, il y a des réseaux islamistes qui peuvent très facilement se mettre en place à Londres. Mais en tous les cas, elle et sa famille seront à l'abri, pourront retrouver une vie normale. Il ne faut pas oublier qu'elle a passé neuf ans dans le couloir de la mort, et le simple fait d'être en liberté, même si c'est une nouvelle vie qui va s'annoncer pour elle, elle sera près des siens et en liberté.

Anne-Isabelle Tollet est l'auteur du livre "La mort n'est pas une solution", aux éditions du Rocher. Il traite des coulisses de cette affaire.