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Roumanie : la société civile se substitue à l'Etat

Roumanie : la société civile se substitue à l'Etat
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Alors que la Roumanie prend la présidence tournante de l'Union européenne en janvier 2019, la société civile dénonce la défaillance de l'Etat. Des ONG ont pris en main des services publics laissés à l'abandon par le gouvernement roumain.

Un hôpital construit par la société civile

En 2014, l'Etat roumain s'était engagé à construire quatre hôpitaux régionaux, financés en partie par l'Union européenne. Depuis, pas une seule brique n'a été posée. Lassées d'attendre que les autorités agissent, Oana et Carmen ont décidé de prendre les choses en mains en créant en décembre 2017 l'association "Daruieste Viata", littéralement "Donner la vie". En trois semaines, les deux femmes ont récolté quatre millions d'euros, et ont lancé le chantier du premier hôpital de Roumanie exclusivement financé par des dons privés. L'établissement sera réservé aux enfants atteints du cancer.

"Quand tant de monde donne à une ONG, pour construire un hôpital, ça a un sens particulier. Ce n'est pas normal qu'une ONG construise le premier hôpital de ces trente dernières années. C'est une véritable claque à l'Etat roumain, qui ne fait rien", réagit Oana Gherorghuiu, co-fondatrice de l'ONG Daruieste Viata.

" l'Etat n'est pas capable de gérer un tel projet "

Le gouvernement social-démocrate, au pouvoir depuis 2016 a suscité l'incompréhension à Bruxelles en affirmant qu'il "revenait trop cher" d'utiliser des fonds communautaires - mis gratuitement à disposition - et qu'il serait plus rentable de faire appel à des partenariats public-privé pour la construction d’hôpitaux. Une "trouvaille" pour échapper au contrôle de l'UE sur la manière dont l'argent est dépensé, estime-t-on de source européenne, alors que des dizaines d'élus roumains ont été condamnés ces dernières années pour des fraudes aux fonds européens.

Le ministère de la Santé assure que la construction des quatre hôpitaux "demeure une priorité". Mais Vasile Barbu, président de l'Association des patients de Roumanie, n'y croit plus: "L'Etat ne construira jamais un hôpital régional parce qu'il n'est pas capable de gérer un tel projet."

Les infrastructures publiques du pays sont en piteux état et jamais la défiance des citoyens à l'égard de l'Etat n'a semblé aussi forte, sur fond de corruption endémique. Bucarest s'était battu pour obtenir de l'UE davantage de fonds de cohésion, jugeant insuffisants les 22,5 milliards d'euros prévus pour la période 2014-2020. Mais à deux ans de la fin de l'exercice financier, seuls 3,1 milliards ont été dépensés.

Des foyers pour les parents d'enfants atteints du cancer

Les volontaires de l'association MagiCAMP à Bucarest mettent les dernières touches à un immeuble qui hébergera les familles d'enfants soignés pour un cancer. "J'ai senti le désespoir des parents, leur fatigue après avoir dormi des mois durant sur un banc, voire à la gare", faute de pouvoir se payer l'hôtel, explique Melania Medeleanu, l'âme de MagiCAMP. Plus d'un million de Roumains et des centaines de sociétés ont donné de l'argent ou des matériaux de construction. "Si l'Etat avait fait son boulot, notre association n'aurait eu aucune raison d'exister", observe Melania Medeleanu.

La part du PIB roumain consacrée aux dépenses de santé représente moins d'un tiers de la moyenne des 28. Le pays affiche l'un des taux de survie au cancer parmi les plus bas d'Europe et une mortalité infantile deux fois supérieure à la moyenne européenne. Le pays, membre de l'Union européenne depuis 2007, miné par la corruption, affiche pourtant une croissance vigoureuse, à 7% de 2017.