L'Alliance de la presse d'information générale (Apig) demande que l'Autorité de la concurrence française oblige Google à « respecter les engagements pris en 2022 » dans le cadre d'un accord de compensation conclu avec les groupes de presse français.
Combat d'un David français contre un Goliath américain ? Espérons, avec la même issue.
Une fédération regroupant près de 300 journaux français a annoncé mardi avoir déposé plainte auprès de l'Autorité de la concurrence concernant les nouveaux résumés de résultats de recherche générés par l'IA de Google.
Il s'agit de la dernière offensive en date des entreprises de médias contre l'utilisation de leurs articles et autres contenus par le géant technologique américain, alors qu'elles font face à une baisse de leurs recettes publicitaires.
Google a lancé, fin juillet en France, ses « AI Overviews » (aperçus générés par IA), qui s'affichent au-dessus des liens classiques vers les résultats de recherche et compilent des informations provenant d'une grande variété de sources.
Les médias redoutent que cette fonctionnalité dissuade les internautes de cliquer sur leurs liens, après avoir déjà obtenu une réponse à leur question grâce à l'IA développée par le géant américain, ce qui les privera de leur trafic habituel et des revenus publicitaires associés.
Toutefois, l'APIG (Alliance de la presse d'information générale) souhaite que le régulateur français de la concurrence veille au « respect par Google des engagements pris en 2022 » dans le cadre d'un accord d'indemnisation conclu avec les groupes de médias français, car « le déploiement unilatéral de nouveaux usages des contenus de presse, sans autorisation préalable ni rémunération dédiée, méconnaît ces engagements ».
Le régulateur français de l'audiovisuel et du numérique, l'Arcom, a évalué « entre 33 % et 38 % la perte de trafic attribuable aux résumés générés par intelligence artificielle », souligne l'Apig.
L'information « a une valeur considérable », a déclaré dans un communiqué Marc Feuillée, président de l'APIG et directeur général du Figaro.
« Les éditeurs ne demandent pas d'arrêter l'innovation. Ils demandent que cette valeur soit partagée et que l'utilisation de leurs productions soit rémunérée, comme la loi l'exige », a indiqué l'association dans son communiqué.
« Les éditeurs sont disposés à alimenter et accompagner ces nouveaux usages, dans un cadre équilibré fondé sur une autorisation négociée et une rémunération à la mesure de la valeur que leurs contenus permettent de créer », assure l'APIG.
Elle a affirmé que Google avait mis en place ces nouveaux résumés par intelligence artificielle sans leur consentement, ce qui constituerait une violation de l'accord de 2022.
En France, Google a conclu en 2022 des accords avec 450 éditeurs de presse sur les « droits voisins » du droit d'auteur, qui permettent aux journaux, magazines ou agences de presse de se faire rémunérer lorsque leurs contenus sont utilisés par les géants du numérique.
L'Autorité de la concurrence avait déjà infligé à Google une amende de 250 millions d'euros (290 millions de dollars) en 2024 pour non-respect de certaines dispositions de cet accord.
Revenus de la presse en chute libre
De nombreux groupes de médias ont vu leurs revenus fondre au cours des deux dernières décennies, à mesure que la publicité se déplaçait vers le numérique, un secteur où les entreprises technologiques captent une part importante des bénéfices.
Les critiques estiment que les résumés par IA aggravent la situation en entraînant une baisse du trafic internet vers les articles de presse, de nombreux utilisateurs ne cliquant plus pour consulter la source originale de l'information.
Google soutient pour sa part que ces outils permettent aux internautes de poser des questions plus complexes et de découvrir de nouveaux contenus, tout en affirmant offrir aux éditeurs des moyens de contrôler la gestion de leurs contenus.
L'UE a annoncé, en décembre 2025, l'ouverture d'une enquête pour déterminer si Google a enfreint les règles de la concurrence en utilisant des contenus mis en ligne par des médias et d'autres éditeurs pour entraîner et fournir des services d'IA, sans verser de rémunération appropriée.