Selon un commandant ukrainien des drones, Moscou cherche à presque tripler sa puissance de frappe, ce qui plaide, selon Kyiv, pour attaquer les usines de missiles russes et empêcher la Russie d'utiliser la Crimée comme base militaire.
L'armée russe est actuellement capable de tirer simultanément une salve de 77 missiles balistiques et prévoit de porter ce nombre à 200, selon Robert "Magyar" Brovdi, l'officier qui dirige les forces de drones ukrainiennes.
"Même si elle n'en tire que la moitié, tout cela viendra vers nous", a-t-il déclaré lundi à l'agence de presse Associated Press.
Cette mise en garde met en lumière l'une des plus grandes vulnérabilités de l'Ukraine – le manque de missiles intercepteurs pour les systèmes Patriot fabriqués aux États-Unis, le seul outil dans l'arsenal de Kyiv capable d'abattre des missiles balistiques.
Cette pénurie signifie que des dizaines de missiles tirés lors de bombardements massifs parviennent déjà à passer et frappent leurs cibles. Et comme Washington envoie des signaux contradictoires au sujet d'une éventuelle licence pour les missiles intercepteurs Patriot, les forces ukrainiennes doivent se tourner vers d'autres solutions.
Selon Brovdi, la seule façon de réduire ce nombre est de frapper toutes les installations impliquées dans leur production, ce qui explique les frappes de longue portée menées par l'Ukraine au cœur du territoire russe.
La campagne de l'Ukraine en Crimée
L'avertissement de Brovdi intervient dans le contexte de la campagne menée par l'Ukraine pour reprendre le contrôle de la Crimée et couper les lignes de communication terrestres russes.
Il affirme que ses unités pourraient frapper sept fois plus de cibles sur la péninsule si les financements occidentaux déjà promis leur parvenaient plus rapidement.
En l'état, il estime que l'équipement de ses forces ne représente que 14 % de ce qui serait nécessaire pour fonctionner à pleine capacité.
"Ce n'est pas que les capacités de production des fabricants ukrainiens ne nous permettent pas de produire les volumes nécessaires", a-t-il expliqué. "Le problème, assez banal, vient du financement qui n'arrive pas au bon moment : nos partenaires l'allouent, mais il arrive nettement plus lentement que prévu."
Depuis le début de l'offensive, fin juin, les forces ukrainiennes ont frappé des ponts ferroviaires, des dépôts de carburant et des infrastructures électriques, perturbant les lignes d'approvisionnement et détruisant plus de 300 éléments de la défense aérienne russe – systèmes sol-air, stations radar et équipements de guerre électronique – afin de dégager la voie aux drones.
Selon Brovdi, les renseignements ukrainiens indiquent que les autorités russes ont depuis ordonné le retrait des états-majors militaires et des services de sécurité de la péninsule, ainsi que l'évacuation discrète d'archives secrètes et d'œuvres d'art.
Moscou cherche de son côté à renforcer ses capacités de communication dans la péninsule. Brovdi affirme que la Russie déploie des systèmes de brouillage qui devraient dégrader en partie la connectivité via Starlink en Crimée. Elle construirait également son propre réseau de communication par satellite, ce qui représente selon lui "un risque pour la planète entière", car "une dictature aura accès à l'information partout dans le monde".