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L'euro, un "enfant" de 20 ans qui doit encore gagner en maturité

L'euro, un "enfant" de 20 ans qui doit encore gagner en maturité
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À l'occasion des vingt ans de la monnaie européenne, cette édition de Real Economy se penche sur son passé, son présent et son avenir. Nous nous rendons en Bulgarie pour écouter les espoirs et les craintes d'un pays qui avance sur la voie de l'adhésion à la monnaie unique et adoptons une vue d'ensemble avec le président de l'eurogroupe Mário Centeno.

La monnaie unique a parcouru un long chemin depuis plusieurs décennies : elle qui n'était à l'origine qu'un rêve dans lequel peu croyaient a été au cœur des premières discussions sur l'union économique et monétaire dans les années 60, avant de devenir finalement, aujourd'hui, la devise de 340 millions d'Européens, mais aussi de 175 millions de personnes à travers le monde.

Mais au fait, que savez-vous de l'euro ? Voici un rappel des étapes essentielles de son histoire.

L'euro a débuté son périple en 1999 quand onze pays (Autriche, Belgique, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal et Espagne) ont fixé leur taux de change. La politique monétaire a été transférée à la Banque centrale européenne.

Trois ans plus tard, des pièces et des billets en euros sont entrés en circulation. Au fil des ans, huit autres pays (République de Chypre, Estonie, Grèce, Lettonie, Lituanie, Malte, Slovaquie et Slovénie) ont rejoint le club.

La deuxième décennie de l'euro a été largement assombrie par la crise. Cinq membres de la zone euro (Irlande, Espagne, Portugal, République de Chypre et Grèce) ont dû chercher de l'aide face aux spéculations grandissantes sur leur éventuelle sortie de la monnaie unique. Des mesures d'urgence ont été instaurées dont le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Et le besoin d'une Union bancaire s'est fait sentir pour prévenir l'apparition d'une nouvelle crise tandis que sept Etats membres de l'Union européenne (Croatie, République tchèque, Hongrie, Pologne, Roumanie, Suède et Bulgarie) sont sur les rangs pour rejoindre la zone euro quand ils répondront aux critères de convergence, des conditions et indicateurs économiques spécifiques définis en 1991 par le Traité de Maastricht.

La Bulgarie deviendra-t-elle le 20ème pays de la zone euro ?

L'été dernier, la Bulgarie a fait deux pas importants vers une accession à la zone euro.

Le pays a accepté d'adhérer au mécanisme de change l'ERM II, ainsi qu'à l'union bancaire. Les finances publiques bulgares sont saines, mais il reste certaines réformes à faire avant que le pays puisse rejoindre le club.

"L'adhésion de la Bulgarie au mécanisme de change et à l'union bancaire devraient être toutes deux effectives d'ici la fin de l'année," souligne notre reporter Guillaume Desjardins. "Il y aura ensuite une période d'attente obligatoire de deux ans minimum avant que les Bulgares puissent abandonner leurs levs au profit de l'euro," ajoute-t-il.

Mais au final, levs ou euros, qu'est-ce que cela change ? Nous avons posé la question à Nedelcho Nedelchev, PDG de Fibank. "Cela va accroître la confiance, ce qui conduira très probablement à de meilleures notations des banques qui pourront ainsi accéder à des financements moins coûteux," assure-t-il. "Bien sûr, le fait que la Banque centrale européenne supervise les plus grandes banques systémiques - en plus du régulateur bulgare renforcera aussi la confiance au sein du public et des partenaires des banques," estime-t-il.

"La Bulgarie est le quatrième pays parmi les 28 qui accordent le plus de confiance à l'Union européenne," fait remarquer notre journaliste. "Mais l'impatience commence à se faire ressentir et la peur du retour à l'hyperinflation que le pays a connu, il y a une vingtaine d'années a quelque peu refroidi les Bulgares vis-à-vis de la monnaie unique : ils ne sont désormais plus que 51% en faveur d'un abandon du lev en faveur de l'euro et même 47% à penser que cette nouvelle monnaie pénalisera l'économie bulgare," précise-t-il. Ces chiffres contrastent avec ceux de la zone euro où trois personnes sur quatre déclarent être satisfaites de leur monnaie.

"Cela s'explique par les mauvaises expériences vécues par notre voisin : la Grèce, mais aussi l'Espagne, le Portugal et aujourd'hui, l'Italie qui est en difficulté : c'est ce qui alimente la méfiance au sein de la société bulgare," souligne Tsvetan Simeonov, président de la Chambre bulgare du commerce et de l'industrie.

L'adhésion à la zone euro devrait faciliter les exportations et les Bulgares sont déjà habitués à utiliser les euros à l'étranger et même parfois dans leur propre pays. Mais ils ont peur d'une potentielle augmentation abusive des prix au moment de la transition.

"La plupart de nos membres craignent que lorsque nous adopterons l'euro, les prix augmenteront fortement, mais il devrait aussi y avoir une hausse des salaires," reconnaît Lyuboslav Kostov, économiste à la Confédération des syndicats indépendants de Bulgarie. "En même temps, je ne crois pas que ça se passera comme ça car notre inflation est stable tout comme notre situation budgétaire et notre secteur bancaire, il n'y a aucun obstacle économique," assure-t-il.

Mário Centeno : "En tant que monnaie, l'euro est encore un enfant"

Pour évoquer les vingt dernières et les vingt prochaines années de la monnaie unique, nous nous sommes rendus au Parlement européen à Strasbourg pour rencontrer Mário Centeno. Ministre des Finances du Portugal depuis novembre 2015, il préside l'Eurogroupe depuis le 13 janvier 2018.

Sasha Vakulina, journaliste spécialiste de l'économie à euronews :

"Quelle a été l'importance de l'euro dans le processus d'intégration européenne ?"

Mário Centeno, président de l'Eurogroupe :

"L'euro est bien plus qu'une monnaie, il représente une part de l'identité européenne aujourd'hui. Il a apporté de la stabilité monétaire, il a amené de la croissance au cours des cinq dernières années. Il a été un élément très important de ce projet."

Sasha Vakulina :

"On peut dire les choses de deux manières : l'euro a déjà 20 ans ou alors, l'euro n'a que 20 ans."

Mário Centeno :

"En tant que monnaie, l'euro est encore un enfant. 20 ans, c'est un très jeune âge pour une institution aussi importante. Comme la plupart des choses conçues par l'homme, nous l'avons créé au départ, avec des inconvénients et des imperfections, mais pendant la crise, nous avons été capables de largement le consolider. Aujourd'hui, nous faisons face aux fluctuations conjoncturelles de nos économies avec une monnaie beaucoup plus forte."

Mário Centeno : "De grandes avancées dans la réduction des risques"

Sasha Vakulina :

"Parlons un peu plus du programme de réformes. Quels sont pour vous, les réformes et changements les plus urgents en termes de stabilité et de prospérité de l'euro ?"

Mário Centeno :

"Il y a deux principales réformes et un processus en cours que nous ne pouvons pas stopper. Ces deux réformes concernent le budget de la zone euro et le système européen d'assurance des dépôts qui est le troisième pilier de l'union bancaire.

Et le processus que nous ne pouvons pas stopper, c'est celui de la réduction des risques. Les pays membres de la zone euro bénéficient aujourd'hui d'un niveau de risque bien plus faible au sein de leurs secteurs bancaire et financier, mais aussi en termes de situation budgétaire."

Sasha Vakulina :

"L'euro en est à son 20ème anniversaire. Regardons vers l'avenir : à quoi vont ressembler selon vous, les 20 prochaines années de l'euro ?"

Mário Centeno :

"Je me dis que cette zone monétaire sera encore plus mature, que ses institutions seront encore plus solides et que le niveau d'intégration sera encore plus fort."

Sasha Vakulina :

"Enfin, nous vous avons demandé d'apporter un objet qui selon vous, symbolise les 20 ans de l'euro. Qu'est-ce que c'est ?"

Mário Centeno :

"C'est un ballon de rugby. Il n'est pas facile à manier, c'est pratiquement la même chose avec l'euro. Mais l'euro - comme une équipe de rugby - doit avancer en formant un bloc, il y a du fair-play et tous les joueurs comptent. C'est très dur de jouer au rugby avec un joueur en moins sur le terrain."