L'Algérie en ébullition : la contestation du président Bouteflika grossit

Capture d'écran manifestation anti-Bouteflika à Alger le 1/03/2019.
Capture d'écran manifestation anti-Bouteflika à Alger le 1/03/2019.
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L'Algérie est en pleine ébullition, comme jamais depuis une vingtaine d'années. La contestation, qui cible en premier lieu le président Abdelaziz Bouteflika, toujours absent du pays, a pris plus d'ampleur ce vendredi. Les observateurs des médias locaux et internationaux évoquent une foule imposante dans le centre d'Alger, et des manifestations importantes dans plusieurs autres grandes villes. Il est difficile d'estimer le nombre total de protestataires mais des sources de sécurité ont fait état de plusieurs dizaines de milliers d'Algériens descendus dans la rue.

La nouveauté dans cette mobilisation était aussi une plus grande détermination des manifestants, qui étaient de tous âges, les hommes comme les femmes. Les forces de l'ordre ont été débordées dans certains endroits. Elles ont utilisé des gaz lacrymogènes, notamment dans la capitale algérienne, pour essayer de bloquer des groupes... mais en vain. Le flot a fini par ouvrir des brèches dans les cordons de policiers, par exemple pour accéder à la Place du 1er Mai. Plusieurs cortèges de milliers de personnes ont en fait convergé petit à petit vers la Place de la Grande-Poste, centre symbolique d'Alger.

Une dizaine de jeunes manifestants blessés

C'est en fin de journée que des heurts ont éclaté entre des groupes de jeunes protestataires et des policiers anti-émeutes dans la capitale, en particulier non loin du siège de la présidence. Selon des médias algériens,une dizaine de jeunes gens ont été blessés par des coups de matraque, des éclats de grenades lacrymogènes, d'autres ont été intoxiqués par les gaz.

Plusieurs confrères algériens ont relaté certains incidents sur Twitter, comme Zahra Rahmouni :

Bouzid Ichalalene, du journal El Watan, a suivi toute la journée de manifestation :

Le vent de colère souffle sur plusieurs grandes villes

Le vaste rassemblement de la capitale était hérissé de drapeaux algériens et les slogans entendus dans la foule allaient de "Pacifiques !" à "Pouvoir assassin !", en passant par "On ne va pas s'arrêter !". Les manifestants en colère, qui refusent que Bouteflika postule pour un cinquième mandat successif à l'élection présidentielle prévue le 18 avril prochain, se sont également retrouvés en nombre à Oran,la deuxième ville du pays (photos ci-dessous), à Constantine, à Sétif, Bouira, Béjaïa, Annaba, Batna, Tiaret, Sidi Bel Abbès, Tizi Ouzou (vidéo ci-dessous)...

Le temps est désormais compté pour que le pouvoir algérien puisse officialiser la candidature d'Abdelaziz Bouteflika : il n'a que jusqu'à dimanche minuit pour la déposer devant le Conseil constitutionnel. Le président ne sera même peut-être pas rentré au pays. Aux dernières nouvelles, fortement diminué depuis son accident vasculaire cérébral en 2013, il est une nouvelle fois hospitalisé en Suisse, à Genève.