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Algérie : qui est Abdelkader Bensalah, nommé président par intérim ?

Abdelkader Bensalah, après avoir été nommé Président par intérim - 09/04/19
Abdelkader Bensalah, après avoir été nommé Président par intérim - 09/04/19 -
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REUTERS/Ramzi Boudina
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Abdelkader Bensalah a été nommé ce mardi président par intérim de la République algérienne en vertu de la constitution du pays. Cette nomination a été entérinée par le Parlement. Abdelkader Bensalah, qui était depuis 17 ans à la tête du Conseil de la Nation, assumera les fonctions de chef de l'Etat pendant 90 jours. Trois mois durant, le successeur d'Abdelaziz Bouteflika sera chargé d'organiser la prochaine élection présidentielle dans un climat de contestation. La désignation de ce pur produit du régime a d'ailleurs provoqué de nombreuses manifestations dans le pays.

Abdelkader Bensalah, un fidèle d'Abdelaziz Bouteflikahihio

Né le 24 novembre 1941 dans la région de Tlemcen, près de la frontière marocaine, Abdelkader Bensalah est un soutien de son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril suite à un mouvement de contestation massif.

Cacique du régime dominé par le Front de libération nationale (FLN) depuis l'indépendance en 1962, il est à la tête du Conseil de la Nation, la chambre haute du Parlement, depuis 2002, soit trois ans à peine après le début de la présidence Bouteflika.

Il a été ces dernières années le représentant en Algérie ou à l'étranger d'Abdelaziz Bouteflika, absent de la scène publique depuis un AVC en 2013. Il a ainsi occupé le siège de l'Algérie lors du sommet de la Ligue arabe à Tunis le 31 mars dernier.

Dans sa carrière, Abdelkader Bensalah, aujourd'hui âgé de 77 ans, a exercé les fonctions et les postes de député, ambassadeur, haut fonctionnaire ministériel, et sénateur. II a présidé les deux chambres du Parlement. Mais il n'a jamais été ministre.

Le président algérien par intérim est "un bon serviteur du système", selon un homme politique ayant travaillé avec lui, Cette même source attribue à la discrétion d'Abdelkader Bensalah, entretenue jusqu'à frôler l'effacement, sa longévité dans les allées du pouvoir.

"Se rendre utile au moment opportun, c'est ce qu'il sait faire, lui qui ne s'exprime que rarement sur des questions liées à la gestion des affaires de l'Etat", écrivait sur lui le quotidien algérien francophone El Watan en 2015.

De journaliste à chef d'Etat par intérim

Abdelkader Bensalah n'a pas 18 ans lorsqu'il rejoint les rangs de l'Armée de libération nationale (ALN), qui combat depuis 1954 l'armée coloniale française.

Lors de l'indépendance en 1962, il obtient une bourse et part étudier le droit à Damas, avant de rentrer en Algérie où il intègre en 1967 la rédaction du quotidien national arabophone El Chaab ("Le Peuple"), à une époque où l'Etat détient le monopole de la presse et des médias.

Jacky Naegelen/Pool/AFP
Abdelkader Bensalah, alors président de l’Assemblée nationale algérienne, reçu par le président de la République française Jacques Chirac à l’Elysée en 2001Jacky Naegelen/Pool/AFP

Après une carrière dans la presse d'Etat, notamment comme correspondant à l'étranger, il est élu député en 1977. Réélu à deux reprises, il préside pendant 10 ans la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée Populaire nationale (APN, chambre basse du Parlement algérien).

Il est ensuite nommé ambassadeur d'Algérie en Arabie saoudite de 1989 à 1993. Abdelkader Bensalah est ensuite porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

En 1994, il est élu à la tête du Conseil national de Transition (CNT), deuxième Parlement transitoire mis sur pied pour pallier l'absence d'Assemblée après l'interruption des législatives de 1991-1992, que s'apprêtaient à remporter le Front islamique du Salut (FIS).

Quatre ans plus tard, le Rassemblement national démocratique (RND) dont il a contrinué à la création, remporte les législatives, propulsant Abdelkader Bensalah, réélu député, à la présidence de l'APN.

AFP PHOTO / STR
Abdelkader Bensalah, à gauche d’Abdelaziz Bouteflika lors des obsèques de l’ancien président algérien Chadli Bendjedid à Alger en 2012AFP PHOTO / STR

En 2002, nommé par le chef de l'Etat, au titre du "tiers présidentiel" au Conseil de la Nation, il en prend la présidence. Depuis, il a été systématiquement réélu tous les trois ans à ce poste qui lui confère, selon la Constitution du pays, la charge de l'intérim en cas de décès, démission, ou "empêchement" du président du fait d'une maladie grave et durable. Comme en 2013, lorsque l'hypothèse d'un intérim était évoqué lors de la longue hospitalisation à Paris du président Bouteflika, victime d'un AVC.

Une polémique sur ses origines

Certains de ses détracteurs l'accusent d'être Marocain de naissance et d'avoir été naturalisé Algérien dans les années 1960, ce qui l'empêcherait d'assurer les fonctions présidentielles, même de façon intérimaire. Abdelkader Bensalah a toujours catégoriquement démenti cette accusation.

Une nomination accueillie aux cris de "Dégage Bensalah!"

Depuis la démission d'Abdelaziz Bouteflika, les Algériens réclament un processus de transition en excluant les hommes clés du régime, avec une attention toute particulière portée aux "3B", soit Abdelkader Bensalah, au président du Conseil constitutionnel Tayeb Belaïz et au premier ministre Noureddine Bedoui. Sitôt l'officialisation de la nomination d'Abdelkader Bensalah, des milliers d'étudiants sont descendus dans les rues des grandes villes du pays. A Alger, la foule a ainsi scandé "Dégage Bensalah!" et "Système dégage" devant la Grande poste dans le centre-ville.

Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour disperser les manifestants dans la capitale algérienne. Mais à Alger comme à Constantine, Oran ou Tizi Ouzou, la mobilisation se poursuit.