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Quelles compétences pour les emplois de demain ?

Quelles compétences pour les emplois de demain ?
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Aujourd'hui, les compétences sont en quelque sorte la monnaie en vigueur dans le monde du travail. Quels que soient les secteurs et les emplois, les actifs doivent sans cesse s'adapter pour répondre à de nouvelles exigences, notamment en raison des évolutions technologiques. C'est le thème de cette édition de Real Economy qui comporte un reportage dans une usine 4.0 du Havre et une interview d**e la Commissaire européenne Marianne Thyssen.**

En parallèle de l'éducation, les compétences représentent un élément essentiel pour l'avenir de nos sociétés et de nos économies. Celles dont vous disposez correspondent-elles aux besoins actuels ?

Notre reporter Fanny Gauret a rencontré au Havre (France) des travailleurs qui s'adaptent sans cesse pour répondre à de nouvelles exigences.

Elle s'est rendue dans une usine de fabrication de nacelles pour moteurs d'avions, illustration de l'industrie 4.0. Sur place, on utilise des technologies innovantes qui nous projettent dans l'usine du futur et par conséquent, les compétences des travailleurs évoluent avec l'arrivée du numérique.

D'ici 2022, le Forum économique mondial estime que plus de la moitié des employés devront se requalifier ou améliorer leurs compétences. Fabrice Bureaux s'est porté volontaire pour se former et cela a eu un impact sur sa journée de travail.

"Avant, on faisait cette opération-là manuellement : c'est une opération qui était très physique, très dure, qui nous prenait trois quarts [ndlr : d'une journée de travail]," explique l'opérateur de chaîne d'assemblage chez Safran Nacelles. "Et maintenant," ajoute-t-il, "on la fait en un quart avec le robot de perçage et c'est du boulot vraiment précis."

"Travailler sur les nouvelles technologies, ce n'est pas donné à tout le monde"

Les technologies numériques permettraient aux industriels à la pointe du numérique d'être plus performants en termes d'efficacité et de réduction de coûts. D'après une étude d'un cabinet de conseil sur les revenus attendus de l'investissement dans les technologies numériques 2018-2022, les champions du numérique pourraient prétendre à une hausse de recettes de 17% et à une baisse de coûts de 16%. Quant aux novices du numérique, ils peuvent s'attendre à une hausse de recettes de 10% et à une baisse de coûts de 11%.

L'enjeu est donc crucial pour la compétitivité des entreprises, mais aussi pour les travailleurs comme Mickael Lebaillif, apprenti ingénieur. "Travailler sur les nouvelles technologies, ce n'est pas donné à tout le monde," dit-il. "Je travaille justement sur deux domaines comme la réalité virtuelle et la réalité augmentée qui sont des domaines peu connus dans le domaine industriel," explique-t-il.

Nicolas Lepape, son tuteur, chef de projet Recherche et technologie, renchérit : "L'idée de ces nouveaux métiers est d'avoir un background d'ingénieur industriel - donc de gérer la mécanique, la production et autres -, mais à côté de cela, d'avoir de vraies compétences dans tous les domaines digitaux."

"Forcément," poursuit Mickael Lebaillif, "cela donne des clés parce qu'on est plus facilement employable puisqu'on connaît déjà ces technologies."

_"Cette transition se doit d'être positive et il faut la préparer" _

Si ce nouveau mode de travail permettra à cette entreprise de livrer 2000 nouveaux moteurs en trois ans contre quinze ans pour l'ancien modèle, l'automatisation des tâches par une machine ou un algorithme pose la question de l'évolution du rôle de l'humain au sein de l'entreprise.

"Cette transition se doit d'être positive et pour être positive, il faut la préparer," assure Cédric Halé, directeur des ressources humaines de l'entreprise. "L'usine du futur, c'est ça : c'est un outil industriel au service des équipes et tourné vers l'homme pour le concentrer sur sa valeur ajoutée et sur des tâches à forte valeur ajoutée. C'est bien cela qui va nous permettre de gagner en efficacité,d'être différenciants [ndlr : de nous différencier de nos concurrents] demain au niveau de nos activités."

Les nouvelles technologies évoluent sans cesse et rapidement. Comment s'assurer une adéquation entre la formation des travailleurs et les besoins du marché de demain ? A Lyon, Alban Guyot dirige une communauté de 19.000 employeurs qui travaillent sur ces questions.

Le directeur général de L'Entreprise du Futur nous en dit plus sur leurs démarches : "C'est l'une des grandes interrogations, on n'a pas encore trouvé toutes les réponses parce qu'il y a énormément de sujets en test dans les entreprises sur : en quoi la technologie va permettre de répondre à des sujets de proximité client, d'innovation, de développement international, de compréhension d’attentes clients, etc. Tous ces sujets qui émergent font naître potentiellement de nouveaux métiers," estime-t-il.

Les chiffres européens et mondiaux de l'emploi

À l'échelle des 28 Etats membres de l'Union européenne, le taux de chômage s'élevait à 6,5% en février dernier. Un niveau particulièrement bas.

Pour autant, plus de 16 millions de personnes restent sans emploi.

Le monde du travail connaît un profond bouleversement sous l'effet de nouvelles forces : les évolutions technologiques, le changement climatique, les évolutions démographiques et la mondialisation.

190 millions de personnes sont au chômage dans le monde, 64,8 millions d'entre elles sont des jeunes. 300 millions de travailleurs vivent dans une extrême pauvreté, soit avec moins d'1,70 euros par jour.

Deux milliards de personnes gagnent leur vie grâce à l'économie informelle.

La hausse des salaires sur un an est passée de 2,4% en 2016 à 1,8% en 2017.

Les femmes touchent en moyenne, une rémunération inférieure de 20% à celles de leurs collègues masculins.

L'une des manières de répondre à ces défis, c'est la création d'emplois : 344 millions de nouveaux postes devraient être disponibles dans le monde d'ici 2030.

Marianne Thyssen : "On doit vraiment améliorer la formation de nos concitoyens"

À l'échelle européenne, évoquons ces défis avec la Commissaire pour l'emploi, les affaires sociales, les compétences et la mobilité des travailleurs, Marianne Thyssen.

Marianne Thyssen, Commissaire européenne pour l'emploi, les affaires sociales, les compétences et la mobilité des travailleurs :

"Je pense que l'un des principaux défis, ce sont les compétences des actifs. Près de 70 millions d'Européens ne disposent d'aucune compétence numérique de base. Et ce n'est pas une bonne chose. On constate que de nombreux emplois ne sont pas pourvus et on doit vraiment s'efforcer d'améliorer la formation de nos concitoyens et faire aussi en sorte que les compétences, l'éducation et la formation soient plus en adéquation avec le marché du travail. Le terme que j'utilise toujours pour parler des compétences, c'est l'employabilité. Ce n'est pas un gros mot. Il faut tenir compte du fait qu'à la fin de ses études, on doit pouvoir entrer sur le marché du travail et cette transition devrait être la plus douce possible."

"Parcours de renforcement des compétences"

Sasha Vakulina, euronews :

"Comment garantir que les citoyens européens acquièrent ces compétences et les acquièrent efficacement ?"

Marianne Thyssen :

"On doit demander à nos concitoyens de faire le point sur leurs compétences, de faire un effort bien entendu. On doit aussi leur demander d'être prêts à se former tout au long de leur vie professionnelle.

Je crois qu'on ne pourra pas garder comme principe dans les années à venir : 'Je vais à l'université ou dans d'autres écoles, j'ai mon diplôme et c'est bon !' Non. 'Je dois acquérir des compétences, les actualiser et en gagner de nouvelles et je devrais faire en sorte de me former tout au long de ma carrière.'

Mais du côté des gouvernements, des instances publiques, nous devons aussi faire notre part et garantir l'accès à des offres de formation adéquates.

Et c'est déjà ce que nous faisons dans le cadre de ce qu'on appelle les "Parcours de renforcement des compétences" : il est question de la formation des adultes, de leur donner une deuxième chance et à cet égard, nous demandons aux Etats membres de s'assurer que ces dispositifs donnent aux personnes la possibilité de gagner en compétences, d'avoir un bilan individuel et d'accéder à une offre de formation adaptée."

"Nous devons aussi exporter nos valeurs"

Sasha Vakulina :

"Et en exploitant tout le potentiel qu'il y a dans l'Union européenne, comment mieux tirer profit de la mondialisation et des chaînes d'approvisionnement mondiales ?"

Marianne Thyssen :

"Nous devons être prêts en tant qu'Européens à prendre l'initiative et à ne pas nous contenter d'exporter nos produits et nos services, nous devons aussi exporter nos valeurs. Je crois que beaucoup de gens dans le monde regardent l'Europe en se disant qu'ici, il y a une bonne qualité de vie. Et nous devons nous efforcer de la maintenir dans l'avenir. Donc, nous devons nous assurer que dans le cadre de nos accords commerciaux qui traitent des services, des produits et des chaînes de valeur mondiales, une partie concerne aussi la protection de l'environnement, l'emploi, la sécurité sociale, des conditions de travail dignes, etc."

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