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Cecilia Malmström : "le commerce est une bonne chose..."

Cecilia Malmström : "le commerce est une bonne chose..."
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Dans The Global Conversation, la commissaire européenne chargée du commerce évoque les relations particulières avec les États-Unis et détaille des axes de travail précis avec la Chine et le Japon. A l'approche des élections, la Suédoise appelle les Européens à se mobiliser pour faire barrage aux extrêmes...

Elena Cavallone (euronews) :

"Cecilia Malmström, pensez-vous que l'Union Européenne puisse encore considérer les États-Unis comme un partenaire commercial fiable ?"

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Sachez que nous commerçons chaque seconde avec les États-Unis... Nous sommes des partenaires commerciaux. Il faudrait juste être capable de faciliter ces échanges. Nous avons des accords commerciaux avec le monde entier et il serait logique d'avoir une approche identique avec les États-Unis. Le commerce a beaucoup évolué depuis la signature du partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP), et il faudrait que nous puissions repartir sur des accords plus limités afin de retrouver une confiance mutuelle. Cela permettrait de faciliter les futurs échanges commerciaux et que tout le monde soit gagnant au final. C'est un scénario possible selon moi."

Elena Cavallone (euronews) :

"Les relations entre les Etats-Unis et l'Union Européenne semblaient normalisées, mais l'affaire entre Airbus et Boeing a ravivé les tensions. L'UE est prête à frapper les exportations américaines avec des tarifs de 12 milliards de dollars. Un différend vieux de 14 ans au sujet d'une aide d'État peut-il miner la trêve à laquelle deux partenaires sont parvenus en juillet ?"

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Nous espérons que nous n'aurons pas à nous imposer des droits de douane l'un à l'autre. Il s'agit en quelque sorte d'une voie parallèle parce que, comme vous l'avez dit, elle dure depuis 14 ans et fait l'objet de nombreuses enquêtes, et ces enquêtes ont révélé que l'Union Européenne et les États-Unis ont tous deux fait quelques erreurs. Nous avons donc le droit légal de nous imposer mutuellement des tarifs douaniers. Le mieux serait de ne pas le faire mais plutôt de nous asseoir ensemble et de nous dire : " Comment pouvons-nous gérer cela à l'avenir ? Comment pouvons-nous fixer des normes et des standards pour les subventions aux avions également vis à vis du reste du monde ? Et c'est ce que nous proposons aux États-Unis parce que nous pensons que ce serait très dommageable de s'imposer mutuellement des droits de douane. J'espère donc que nous pourrons nous asseoir et trouver une solution négociée."

Nous négocions un accord d'investissement, mais nous essayons aussi de dire à la Chine qu'elle doit respecter les règles internationales et les normes multilatérales.

Elena Cavallone (euronews) :

"L'Union Européenne cherche à renforcer sa coopération avec la Chine. L'UE doit-elle considérer Pékin comme un réel partenaire ou plutôt un rival systémique ?"

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Les deux à la fois. La Chine peut être un partenaire dans de nombreux domaines : nous coopérons par exemple sur certaines recherches, sur certaines questions environnementales. Nous essayons aussi de faciliter le commerce entre nous. Nous négocions un accord d'investissement, mais nous essayons aussi de dire à la Chine qu'elle doit respecter les règles internationales et les normes multilatérales. La façon dont ils subventionnent leurs propres entreprises fait du dumping sur les marchés internationaux, ce qui nuit aux producteurs et aux consommateurs partout dans le monde. J'espère donc que la Chine pourra assumer une plus grande responsabilité dans le renforcement et le respect des règles multilatérales..."

Elena Cavallone (euronews) :

"Restons à l'Est et parlons du Japon, avec lequel l'Union Européenne a conclu un accord de libre-échange. Il s'agit du plus grand accord commercial au monde : quel message envoie-t-il au reste de la planète ? "

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Cela envoie en premier lieu un message à l'Europe et au Japon en montrant notre envie de collaboration. Cet accord commercial prouve notre désir d'abolir les droits de douane, d'ouvrir nos marchés et de coopérer dans une variété de domaines. Cette collaboration est aussi une manière de dire au reste du monde notre volonté de nous opposer au protectionnisme. on souhaite travailler ensemble pour faciliter le commerce, améliorer les conditions des petites et moyennes entreprises et renforcer l'OMC et les autres organisations internationales. Cet accord de libre-échange constitue un message important en temps de protectionnisme."

Elena Cavallone (euronews) :

"Précisément, vous avez négocié de nombreux accords de libre-échange et certains d'entre eux ont alimenté les mouvements populistes et le protectionnisme. Comment défendre une politique de libre-échange pour ceux qui se sentent laissés pour compte par la mondialisation ? "

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Au cours de mon mandat, nous nous sommes beaucoup engagés auprès de ceux qui ont ressenti un manque de confiance dans les politiques commerciales ou une frustration générale face à la mondialisation. Aujourd'hui, le commerce est une bonne chose, il crée des emplois et il en crée beaucoup plus qu'il n'en fait disparaître. Mais nous avons essayé de nous engager auprès de ces gens, de les écouter, de publier pratiquement tout ce que nous faisons, de faire en sorte que nous soyons le négociateur commercial le plus transparent au monde. Je pense que nous avons vu moins de protestations contre le commerce ces dernières années parce que nous essayons de nous engager auprès des gens et de voir comment le commerce peut profiter aux petites entreprises."

"Nous devrions absolument écouter Greta Thunberg et les millions de jeunes qui manifestent et nous demandent d'en faire plus.

Elena Cavallone (euronews) :

"Un autre grand défi est le changement climatique. Dans votre pays d'origine, la Suède, la jeune militante Greta Thunberg appelle les politiciens à prendre des mesures pour lutter contre la crise climatique. Comment l'Union Européenne peut-elle veiller à ce que le commerce international soit compatible avec les défis du changement climatique et répondre aux préoccupations concernant l'avenir de l'Europe ?"

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Nous devrions absolument écouter Greta et les millions de jeunes qui manifestent et nous demandent d'en faire plus. Nous avons beaucoup fait dans l'Union Européenne, nous sommes le bloc environnemental le plus ambitieux du monde, mais nous pouvons faire beaucoup plus. Ce sera l'un des plus grands défis pour la future Commission, le Parlement, le Conseil. Il faut s'engager avec nos partenaires commerciaux pour assurer une collaboration au développement durable et rendre ainsi le commerce plus écologique, pour cela il faut que nous puissions coopérer en matière de recherche, que nous puissions trouver des transports plus écologiques pour les marchandises. Le commerce ne peut pas tout faire, mais il peut quand même faire sa part des choses. Ces dernières années, nous sommes beaucoup plus tournés vers l'environnement dans nos accords commerciaux et cela va continuer."

Elena Cavallone (euronews) :

"En regardant les prochaines élections européennes. Les sondages suggèrent que les partis d'extrême droite pourraient gagner des voix. Pensez-vous qu'ils représentent une menace pour le projet européen ?"

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Il est vrai que,nous allons sûrement voir arriver un plus grand nombre de députés d'extrême droite au Parlement européen. Ils ne seront pas majoritaires et ne seront probablement pas en mesure de s'entendre mais ils vont créer des difficultés dans le mécanisme et rendre plus difficile l'élaboration des lois. C'est une donné à surveiller et c'est pour cela que tous les Européens doivent voter massivement, même si à juste titre, ils pensent que le système n'est pas parfait."

Elena Cavallone (euronews) :

"Nous entendons toujours dire que les institutions européennes devraient être plus proches des citoyens qu'elles représentent. Une femme doit-elle enfin accéder à la présidence de l'une des institutions européennes ?"

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Absolument ! I Nous avons une haute représentante, Mme Federica Mogherini qui fait un travail formidable. Je pense qu'il faut maintenant une femme qu'une femme prenne la tête du Conseil européen ou de la Commission."

Elena Cavallone (euronews) :

"Et de votre côté, visez-vous un troisième portefeuille après avoir été en charge des affaires intérieures et du commerce ?"

Cecilia Malmström (commissaire européenne chargée du commerce) :

"Non, je ne suis pas candidate. Je vais même quitter la politique pour me lancer dans quelque chose de totalement différent..."