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A Gaza, ceux qui n'ont pas déjà fui rêvent de partir

Une vue du camp de réfugiés de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 26 février 2019
Une vue du camp de réfugiés de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 26 février 2019 -
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SAID KHATIB
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Au pied d’une décharge de Gaza, dans une maison au toit de tôle ouverte à tous les vents, seuls restent les femmes, les enfants et le patriarche. Dans la famille Zorab, tous les autres hommes ont émigré, faute d’avenir dans l’enclave palestinienne.

Les deux frères d’Angham Zorab ainsi que son mari ont pris le chemin de l’exil en juin 2014. “Il a vendu la maison et avec les 5.000 dollars, il est parti”, raconte la frêle jeune femme de 23 ans, au sujet de son époux.

“Ils ont pris la route des tunnels” pour quitter, en direction de l’Egypte, l’enclave palestinienne gouvernée par le mouvement islamiste Hamas et soumise à un strict blocus israélien.

Pendant des années, les Gazaouis ont emprunté ces boyaux percés sous la frontière égyptienne, rare voie de sortie de l’enclave. Puis ils embarquaient pour un périple dangereux, souvent via la Méditerranée, jusqu‘à l’Europe.

L’Egypte a ensuite détruit des centaines de tunnels et maintenu fermé quasiment en permanence le point de passage terrestre de Rafah.

Celui-ci n’a rouvert vraiment que l’an passé, à la faveur d’une amélioration des relations entre Le Caire et le Hamas. Chaque jour, plusieurs dizaines de Gazaouis sont désormais autorisés à le franchir pour sortir de l’enclave.

C’est par là qu’est passé le beau-frère d’Angham Zorab, le dernier de la famille à émigrer, l‘été dernier.

Son mari, lui, “est parti pour les mêmes raisons que tous les autres: le travail”, raconte Angham Zorab à l’AFP. “Il disait je vais construire un avenir à ma fille, à la famille“.

Gaza étouffe depuis plus de 10 ans sous un strict blocus terrestre, aérien et maritime imposé par Israël. L’Etat hébreu et le Hamas se sont livré trois guerres depuis 2008 et la trêve précaire semble régulièrement sur le point d‘être rompue.

- “Moi aussi” /p>

Sur la mince bande de terre coincée entre la mer Méditerranée, Israël et l’Egypte, 80% des deux millions d’habitants de Gaza sont tributaires de l’assistance internationale pour survivre.

Les deux frères d’Angham Zorab ont fini par atteindre la Suède et s’y sont établis. Son mari a cessé de donner des nouvelles et elle a finalement divorcé.

Désormais seule, sans ressources, elle vit avec sa fille de six ans chez ses parents. Montrant le corps de l’enfant couvert de boutons à cause de la décharge voisine, la jeune femme soupire: “Moi aussi, je voudrais émigrer”.

En face d’elle, sur une petite étagère en bois, trône l’objet le plus précieux de la modeste maison: le modem, alimenté par une batterie bricolée quand les nombreuses coupures d‘électricité plongent le quartier dans l’obscurité.

“Maintenant, je parle à mes fils tous les jours”, sourit la mère, Chamaa. “Les deux premières années, j’avais les yeux sans cesse emplis de larmes”.

L’argent que les fils envoient permet de faire tourner la maison: neuf personnes qui vivent dans quelques pièces presque nues, les matelas à même le sol.

Dans la famille, au moins une vingtaine d’hommes ont quitté l’enclave, et certains sont morts en route.

Selon des données compilées par l’ONU, l’an dernier, 61.000 personnes sont sorties de Gaza via Rafah et seules 37.000 sont revenues, soit un différentiel de 24.000.

Israël, de son côté, ne délivre de permis qu’au compte-gouttes, essentiellement à des malades et des marchands, selon l’ONG Gisha, qui oeuvre à la liberté de mouvement des Palestiniens.

La réouverture de Rafah a simplifié l‘émigration, juge Samir Zaqout, de l’organisation palestinienne de défense des droits humains Al Mezan.

Impossible de chiffrer précisément l’ampleur du phénomène, affirme-t-il, assis dans son bureau au centre de Gaza. Mais les raisons sont connues: chômage et pauvreté, salaires bas, manque de liberté d’expression, domination politique du Hamas, enfermement et impossibilité de voyager librement, selon lui.

“Dans le passé, l’idée d‘émigrer était considérée comme une trahison. Aujourd’hui c’est une fierté. Même ceux qui sont engagés en politique, dans la résistance (à Israël), se préparent à émigrer”, estime-t-il, affirmant que toutes les classes sociales ont les yeux tournés vers l‘étranger.

“Abdellah est décédé” –

Pourtant, s’ils avaient le choix, les Palestiniens resteraient à Gaza, qui “est si belle” sans blocus, soupire-t-il.

Abdellah Masri, 27 ans, pensait commencer sa vie en quittant Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Au terme d’un long parcours, il a échoué en Algérie, d’où il a embarqué pour l’Europe.

“Il m’a appelé, un mercredi. Il m’a dit: je m’en vais demain“, raconte Samar al-Masri, sa mère, assise dans son salon décoré des portraits de son fils aîné.

La première tentative échoue. Quand il lui annonce qu’il va retenter sa chance, “je l’ai mis en garde: Si tu as peur, ne pars pas!“, se rappelle la femme de 43 ans.

Sans nouvelles après la traversée, elle reçoit finalement un appel d’un numéro étranger.

“La personne m’a juste dit: Abdellah est décédé. Jusqu‘à maintenant, je ne sais pas qui était à l’autre bout du fil”, souffle-t-elle.

Nombre de Gazaouis connaissent un des leurs qui a perdu la vie en tentant l’exil.

Samar al-Masri essuie ses larmes: “Je suis en colère contre le gouvernement, contre Israël et contre tous ceux qui nous enferment ici. Ils nous prennent nos jeunes! Combien sont morts?”

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