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Notre film de la semaine : Zombi Child de Bertrand Bonello

Notre film de la semaine : Zombi Child de Bertrand Bonello
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Zombi Child de Bertrand Bonello

Sortie le 12 juin

Après Saint-Laurent, Bertrand Bonello montre une nouvelle fois son talent de grand formaliste, n’hésitant pas à jouer sur les contrastes des époques, des lieux et des conditions sociales. Zombi Child nous emmène de Saint-Denis à Haïti, entre récit initiatique, mythe vaudou et film politique, dans les pas de deux adolescentes, symbole d’une jeunesse en quête de sens et de sensations.

Les zombies sont à la mode. Entre le succès d’une série comme Walking Dead ou The Dead don’t Die de Jim Jarmush présenté en ouverture du Festival de Cannes, ces êtres morts-vivants sont le symbole d’une zone d’entre-deux, où toutes les fantasmagories et les peurs primales peuvent s’agglutiner. La grande réussite du film de Bonello est de replacer les zombies dans leur contexte historique, et de revenir aux racines du phénomène, qui s’entremêle inextricablement avec les rites vaudous. Le film s’inspire d’ailleurs de l’histoire (vraie) de Clairvius Narcisse. "Haïti, 1962. Un homme est ramené d'entre les morts pour être envoyé de force dans l'enfer des plantations de canne à sucre" sont d’ailleurs les toutes premières lignes du synopsis du film. Son histoire avait aussi inspiré un maître du genre, Wes Craven (Freddy, Les Griffes de la nuit Scream…) dans L’Emprise des ténèbres.

Mais avant de nous amener à Haïti, nous voici à Saint-Denis ; dans le pensionnat unique en son genre de la Légion d’Honneur, réservé aux enfants de ceux et celles qui ont reçu l’insigne distinction. Un lycée public mais qui a tous les atours des privilégiés de la République. Parmi les élèves, nous faisons la connaissance de Fanny qui a du mal à se remettre d’un chagrin d’amour. Elle fait partie d’une sororité, ces groupes composés exclusivement de femmes, très communs sur les campus anglo-saxons. Fanny se lie d’amitié par Mélissa qui la fascine par son côté mystérieux. Une fois intégré au groupe, elle va révéler son secret : elle est la descendante d’un esclave noir qui a subi une zombification après avoir été enterré vivant, et revenu des morts pour être mis en esclavagisme dans une plantation de canne à sucre. Les deux histoires vont commencer à s’entrechoquer…

Zombi Child fonctionne comme une machine à remonter le temps, et renvoie du coup à l’immortalité du zombie. Ce qui est passé ne s’efface pas, et l’intention de Bonello est bien de faire une œuvre mémorielle sur le passé esclavagiste de la France. N’est-ce pas Napoléon d’ailleurs qui rendit à nouveau l’esclavagisme légal au début du XIXème siècle à Haïti et dans toutes les possessions françaises, alors même qu’il crée le pensionnat de la Légion d’honneur ? La coïncidence n’est pas innocente, évidemment. A travers l’histoire de Mélissa et de ses ancêtres, c’est un retour aux sources qui s’opère, de la France vers les Caraïbes (et l’Afrique), et toutes les scènes tournées sur place donnent une authenticité non seulement aux rites que l’on découvre, mais aussi à cette histoire entre deux jeunes filles, deux continents, et deux époques.

Une réussite esthétique et narrative donc, qui inaugure une approche à la fois romantique, politique et métaphorique du film de zombie. Car ce qui ne meurt pas, c’est avant tout la mémoire, celle d’une domination et d’une emprise qui, elle, n’a rien de surnaturelle…