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Jean Dujardin se prend (d'amour pour) une veste dans Le Daim

Jean Dujardin se prend (d'amour pour) une veste dans Le Daim
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Depuis son Oscar pour The Artist, Jean Dujardin enchaîne les rôles inattendus, montrant ainsi toute la palette de son talent. Dans Le Daim de l'inclassable Quentin Dupieux, il endosse les habits d'un homme en rupture qui ne trouvera de réconfort et d'amour qu'avec... sa veste en daim.

Le film est court (1h17), mais vous restera longtemps en mémoire. Soit Georges, un homme au volant de sa vieille Audi qui semble rouler sans but jusqu'à la fin de l'autoroute puis de la route, pour atteindre une maison reculée au milieu de montagnes hostiles que l'on devine être les Pyrénées. Le temps est maussade, entre gris et pluie, et la photographie surexposée nous nimbe d'un blanc cotonneux aux frontières de la réalité. Dans ce chalet, un vieil homme lui propose pour un prix exorbitant une veste en daim à franges, trop courte pour lui et parfaitement ridicule, dont il s'entiche immédiatement. Il lui offre aussi un caméscope, qui deviendra un "personnage" essentiel du film. Une histoire d'amour fétichiste commence, qui le fera basculer dans une folie douce, qui deviendra de plus en plus inquiétante et saignante...

On n'en attendait pas moins de Quentin Dupieux, connu aussi sous le pseudo de Mr. Oizo et qui, au début des années 2000, fut l'une figures emblématiques du mouvement électro de la "French Touch", en compagnie des Daft Punk, Sébastien Tellier, Kavinski ou encore Justice. Son clip de Flat Eric, peluche facétieuse et incontrôlable, tourna longtemps en boucle sur les playlists des chaînes musicales, avant qu'il ne passe définitivement à la réalisation. Plusieurs longs métrages viendront enrichir sa filmographie dont Steak, comédie déjantée avec le duo comique Eric et Ramzy, Rubber, l'histoire d'un pneu tueur, Réalité avec un Alain Chabat en réalisateur égaré à Hollywood qui cherche le cri le plus effrayant de l'histoire du cinéma, ou encore Au poste !, potacherie policière à laquelle se livre avec délectation Benoît Poelvoerde, plus décapant que jamais. Bref, du lourd et de l'absurde, mais qui fait émerger à chaque fois une sorte de monde parallèle où tout semble réel, voire crédible. Dupieux est aussi un artiste protéiforme puisqu'il signe généralement le scénario et la direction de la photographie de chacun de ses films. Un tour de force qui se répète encore dans ce Daim où se déploie toute la folie et la liberté d'un réalisateur qui n'hésite pas à embarquer le spectateur dans les méandres de son imagination débridée.

Il taille ici un costume à Dujardin qui lui va comme une paire de gants (ce sera d'ailleurs la dernière touche de sa panoplie). La mythomanie et l'obsession se dévoilent petit à petit, au détour d'un dialogue, d'une attitude, d'un froncement de sourcils dont l'acteur a le secret. Il réussit à rendre crédible l'improbable, épaulé admirablement par une Adèle Haenel qui, au fil de ses choix (on la découvrira bientôt dans La Jeune Fille en feu de Céline Sciamma, récompensé à Cannes), s'impose comme l'une des grandes actrices du cinéma français contemporain. Un autre personnage du film se révèle être le caméscope qui va enregistrer la lente dérive de Georges et devenir non seulement le témoin mais la justification même de ses actions de plus en plus incongrues. La fiction dépasse la réalité, mise en abyme de la schizophrénie patente du personnage. Un film dans le film peut naître alors, excroissance monstrueuse et récurrente dans le cinéma de Dupieux.

Entre errance dépressive, comédie burlesque, histoire d'amour et film gore, le cinéaste explore en peu de temps un large spectre dramatique, ayant le chic de débusquer aussi bien des ambiances crépusculaires que des gueules de cinéma, tous droits sortis d'un film des frères Coen. Dupieux est un auteur au sens strict du terme, ses films ne ressemblant à nuls autres, sans chercher de compromission pour rendre son propos plus policé et narrativement correct. Une intégrité qui fait la force et l'identité même de son cinéma : inclassable et saugrenu.