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Affaire Diack : la marathonienne Christelle Daunay veut donner un visage aux victimes

La Française Christelle Daunay sacrée championne d'Europe de marathon à Zurich le 16 août 2014
La Française Christelle Daunay sacrée championne d'Europe de marathon à Zurich le 16 août 2014 -
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FRANCK FIFE
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“Je ne veux pas être dans le même panier”. La marathonienne Christelle Daunay s’estime victime du système de corruption dans l’athlétisme qui a permis de couvrir le dopage en Russie. Alors que la justice française vient d’ordonner un procès, elle attend réparation et appelle les athlètes à se faire entendre.

Marathon de Chicago, octobre 2011. A l‘époque, la Russe Liliya Shobukhova, victorieuse de l‘épreuve, domine la discipline. “Avec elle on savait qu’on partait au mieux pour la seconde place”, se remémore Christelle Daunay, arrivée cinquième, puis reclassée quatrième.

Des doutes, la Française en avait parfois. “Mais je me disais elle est contrôlée comme les autres. On est censées faire confiance au système”.

Shobukhova sera suspendue en 2014. Bien plus tard que si le “système” avait fonctionné. Les trois experts missionnés par la fédération internationale d’athlétisme (IAAF) avaient relevé des anomalies dans son passeport biologique dès 2011, concluant au dopage sanguin. Le 7 décembre, l’un d’eux alertait même sur l’hypothèse d’un “usage massif” d’EPO, combiné à des autotransfusions. Mais comme plusieurs de ses compatriotes, Shobukhova était “protégée” par le sommet de l’IAAF, en échange de pots-de-vins et de contrats de sponsoring et droits télé plus généreux de la part des Russes.

Christelle Daunay a continué sa carrière. 4e puis 5e aux marathons de New York 2013 et 2015, elle a été sacrée championne d’Europe à Zurich en 2014. Aujourd’hui, celle qui avait mis sa profession de kinésithérapeute de côté ne regrette pas. “Mais je me suis fait voler des places par des filles qui n’ont pas respecté les règles, et c’est une injustice”, explique-t-elle lors d’un entretien avec l’AFP.

- Suspicion généralisée –

Son avocat Antoine Woimant n’a pas encore chiffré de préjudice en vue du procès où devront comparaître l’ancien patron de l’IAAF Lamine Diack, son conseiller de l‘époque Habib Cissé et le Dr Gabriel Dollé, qui dirigeait l’antidopage à l’IAAF. Mais dans sa demande de constitution de partie civile, acceptée par les juges d’instruction, il considère que ses résultats ont été “faussés”, avec des conséquences “irréversibles” sur ses primes de résultats et les montants de ses contrats de sponsoring et d’engagement.

Par sa démarche, Christelle Daunay, 44 ans, veut aussi montrer qu’elle n’est pas du mauvais côté. Les deux coureuses arrivées en tête des JO de Rio, en 2016, sont tombées depuis pour dopage à l’EPO. Et comme une histoire sans fin, elle voit maintenant son record de France (2 h 24 min 22 sec) menacé par la performance au dernier marathon de Paris de Clémence Calvin (2 h 23 min 41 sec). Un temps non homologué, dans l’attente de la procédure pour un refus de contrôle antidopage, trois semaines plus tôt au Maroc.

“Je me suis dit voilà, ma carrière est entre guillemets terminée, et je suis encore touchée par ces histoires (…) Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ça s’arrête?”, lâche Daunay.

La suspicion, elle aussi l’a vécue, même si une source dans l’antidopage confie à l’AFP qu’elle n’a jamais suscité d’alerte. “Toutes les performances sont mises en doute. Dès que vous faites un bon temps, vous entendez des allusions. Et aujourd’hui, c’est sur les réseaux sociaux”, raconte-t-elle.

“Il faut montrer aux jeunes que c’est possible de faire une belle carrière proprement”, poursuit-elle. “Mais il faut aussi que les athlètes se fassent entendre et expriment leur mécontentement d‘être tous mis dans le même panier”, ajoute-t-elle, en regrettant que sa démarche n’ait pas eu plus d‘écho et que la fédération française d’athlétisme ne lui ait pas apporté un franc soutien.

“Quand il y a un cas de dopage qui sort, on est attristé pour notre discipline. Mais après, il n’y a pas de lutte, notre voix n’est pas forcément entendue”, résume-t-elle.

Christelle Daunay reprend tout doucement la course à pied, après la naissance de sa fille en janvier. Avec l’espoir de disputer encore un marathon à l’automne 2020. Et en tout cas, “pour retrouver le goût de courir”.

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