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Notre film de la semaine : Yves, le frigo qui gagne l'Eurovision !

Notre film de la semaine : Yves, le frigo qui gagne l'Eurovision !
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Yves, c'est l'histoire insensée sur le papier -mais pas si absurde sur l'écran- d'un frigo hyper connecté qui va gagner l'Eurovision et mettre au passage un sacré bazar dans la vie d'un rapper sans succès. Une comédie romantique, hautes en couleurs et rythmée : un véritable vent de fraîcheur pour l'été.

Il en fallait de l'imagination pour inventer une telle histoire... et pourtant pas si loin de la réalité. Yves, cela pourrait être un peu un "White Mirror", un pendant comique givré de la série britannique Black Mirror, qui anticipe ce que pourrait donner notre avenir proche (et même présent), si les machines prenaient de plus en plus d'importance et de pouvoir dans notre quotidien. Lorsque Jérem, rapper-glandeur-chomeur qui vient d'hériter du pavillon vintage de sa grand-mère, est abordée par la sculpturale So, sa vie va basculer. Il accepte de tester un nouveau frigo hyper connecté censé lui rendre la vie plus facile, et même à l'améliorer. Avec la promesse d'avoir le frigo rempli de tout ce qui lui plaît... Dont acte, le frigo est installé, et il s'appelle Yves, puisqu'il parle. Jérem peut lui commander directement son repas, le pied. Sauf qu'à la première commande, Yves n'a pas pris les bananes que lui a demandé son propriétaire. Bug ou acte volontaire ? On le saura très rapidement : Yves conseille à Jérem ne ne plus manger de bananes, car trop caloriques et non issus du commerce équitable. L'amour-haine entre Jérem et son frigo peut commencer...

Benoit Forgeard s'en donne à coeur joie. Pour Yves, son troisième long métrage qu'il a aussi écrit, il ose tout, et ça passe. Il y a derrière un scénario qui avance à toute allure et des dialogues astucieux qui font mouche.La réussite du film tient aussi à un casting quatre étoiles (comme les meilleurs frigo), avec William Lebghil (que l'on avait remarqué dans Première année aux côtés de Vincent Lacoste) en Jérem lunaire et intègre, Doria Tillier (ex-Miss Météo et compagne de Nicolas Bedos) en statisticienne cybernétique qui ne tarde pas à faire fondre la glace, Philippe Katherine (qui depuis Le Grand bain n'a plus à prouver son grand talent d'acteur) en manager mi-beauf mi-dandy plus vrai que nature, et enfin... Yves lui-même (voix Antoine Gouy) qui est de presque toutes les scènes, et par qui tout arrive...

La musique tient un rôle primordial dans Yves, et en est même l'un des principaux ressort dramatique. Jérem veut percer dans la culture hip hop, et Benoit Forgeard a choisi un beatmaker parisien et DJ très porté sur l'électronique, MiM, et un groupe plus gangsta rap venu de Grenoble, Tortoz, aux paroles incandescentes pour mettre l'imagination de Yves le frigo en surchauffe... jusqu'au point de pondre un hymne vainqueur à l'Eurovision.

Jerem - Carrément Rien À Branler

Il ne faut pas oublier dans la réussite de l'habit musical du film, Bertrand Burgalat, mythique fondateur du label indépendant, branché et irrévérencieux Tricatel, qui fait même une apparition de magistrat chargé de juger un procès -hilarant- où il s'agit de savoir à qui vont les royalties d'un morceau de musique : à l'artiste ou à la machine qui l'a produit ?

Yves n'est donc pas qu'un frigo. Il mouline et pirate nos connaissances à travers les connections illimitées d'internet pour agir directement sur nos vies. Yves, c'est un peu la version comique et filmée d'un livre de Stephen King, ou les machines prennent le pouvoir sur les hommes. Plus métaphoriquement, Yves est le reflet de nos émotions, un monolithe blanc doué de pensée, et qui en plus donne des glaçons et sert la bière à la température idéale. Le rêve... ou le cauchemar !

Yves est en tout cas l'une des meilleures comédies françaises de l'année, et qui avait parfaitement sa place à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes cette année. Benoit Forgeard fait preuve d'une imagination débordante, d'un sens de l'humour potache et d'un habillage djeun's et sexy qui n'enlève rien à une réflexion en filigrane sur la place de plus en plus grandes dans nos vies des données personnelles, des algorithmes et de l'intelligence assistée. Chassez l'artificiel, il revient au galop !

Yves de Benoit Forgeard (France, 1h47)

Sortie le 26 juin 2019.