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Ken Loach livre un film puissant sur l'uberisation de notre société

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Sorry We Missed You, Ken Loach (1h40)

Sortie le 23 octobre

A 83 ans, Ken Loach est encore bien vert (et rouge), le fer de lance d’un cinéma politique et engagé qui n’a de cesse de pourfendre l’individualisme forcené et l’ultra-libéralisme dans une société britannique déliquescente à bien des égards. Avec aussi, toujours, une lueur d’espoir et beaucoup d’humanité…

L’avantage avec un film de Ken Loach est que l’on ne s’ennuie pas une seconde, grâce à un scénario très dynamique (co-signé Paul Laverty, son fidèle compagnon de route), un montage resserré, et que l’on sourit même plus d’une fois grâce à des dialogues acérés et des situations cocasses. Et ce, malgré des thématiques sociales qui tournent souvent autour de la paupérisation, le chômage, l’écroulement des services publics et la précarité grandissante. Car l’immense cinéaste britannique (2 Palmes d’or et plus de 40 films au compteur) a cette bonté vrillée au corps et cette proximité avec ses personnages qui nous donne à nous spectateurs, l’impression de faire partie de la famille des protagonistes de ces films.Sorry We Missed You ne fait pas défaut à cette ligne directrice quasi intangible des films de Ken Loach, comme auparavant I, Daniel Blake.

Nous voici plongé avec Ricky, Abby et leurs deux enfants à Newcastle, une ville du nord de l’Angleterre frappée comme le reste du Royaume par des emplois qui se raréfient. Avec l’uberisation en vogue des services, Rickie voit l’opportunité de se monter à son compte, d’acheter une camionnette et de devenir chauffeur-livreur, en sous-traitance d’une grosse compagnie de livraison à domicile. Si vous y voyez une analogie avec Amazon, c’est que vous avez l’esprit mal tourné ! Ricky va se retrouver son propre patron mais aussi, rapidement, son propre esclave, et sa vie de famille va partir à vau-l’eau. D’autant que sa femme Abby est, infirmière à domicile, travaille dur et doit prendre désormais les transports en commun pour pallier à la vente de la voiture qui a servi à acheter la camionnette de livraison.

Ce qui est à l’œuvre comme souvent chez Loach, c’est l’engrenage des situations qui dépassent et submergent peu à peu les individus, les familles ou une communauté. Le constat est terrible, et le cinéaste fait penser à un penseur d’alerte, fictionnalisant ce qui est en train de séparer les gens les uns des autres, poussant l’individu à s’isoler, à sa déshumaniser même, sans chercher dans le combat collectif des solutions plus humaines et permettant véritablement un « vivre ensemble ». Au-delà, le film ne verse pas dans la sinistrose, et c’est bien là où réside toute la force humble du cinéaste britannique.

Loin d’être lénifiant, Sorry We Missed You, est un film d’entomologiste qui nous montre les dysfonctionnements d’une société qui n’a de cesse de courir après la productivité et la rentabilité, broyant au passage toute dignité humanité de ceux qui ne peuvent pas ou plus tenir le rythme. Il sait néanmoins aussi capter les gestes simples d’amour familial, en portant un regard sobre, sans violon, mais souvent rageur et ô combien touchant d’intimité et de justesse sur cette famille malmenée. C’est un cinéma vif et lumineux qu’il nous offre, au plus près de ses personnages, filmés la plupart du temps caméra à l’épaule, comme pour mieux nous faire ressentir les soubresauts de leur vie, tout en continuant d’avancer. "Life must goes on…"

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